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PRATIQUES PROFESSIONNELLES | 19/05/2011

Laïcité : l’identité religieuse assumée de la Fondation d’Auteuil

par Rouja Lazarova

L'un des principaux acteurs en matière de protection de l'enfance est une oeuvre ecclésiale.

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Pratiques professionnelles et laïcité : comprendre les enjeux, refuser l'instrumentalisation

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Un mur haut et épais entoure la maison d’enfants à caractère social (Mecs) Saint-Esprit à Orly (Val-de-Marne) et à quelques dizaines de mètres, une grille infranchissable et automatisée protège des regards la Mecs Jean XXIII, toutes deux gérées par la Fondation d’Auteuil. Ce retrait du monde extérieur relève moins de la nécessité du travail éducatif que de l’héritage ecclésial de l’institution. L’ensemble architectural de la congrégation du Saint-Esprit reflète l’austérité monacale.

Liberté de conscience

L’établissement, habilité en tant que Mecs il y a cinq ans, remplit pourtant une mission de service public. Il accueille 83 enfants relevant de l’aide sociale à l’enfance, âgés de 5 à 12 ans. A ce titre, il est financé par le conseil général selon un prix de journée de 171 euros par enfant.

Régi par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, l’établissement doit garantir «l’exercice des droits et libertés individuels», dont la liberté de culte et de conscience. Or en matière de protection de l’enfance, cette liberté relève de l’autorité parentale. «Nous sommes très vigilants sur l’accord des parents avant de faire entrer un enfant à la chapelle. C’est en cela que nous garantissons la laïcité de nos établissements», explique Valérie Löchen, directrice de la veille et de la stratégie au siège de la fondation, dans le 16e arrondissement de Paris.

Le directeur de la Mecs Saint-Esprit, Jean-Christophe Caner, assure : «Quand il y a du porc, nous proposons un autre plat, et nous sommes particulièrement attentifs à la santé des enfants en période de Ramadan.» Selon lui, environ 30% des enfants accueillis viennent d’une famille musulmane et 18% d’une famille catholique avérée, ayant demandé le catéchisme. Les autres se disent indifférentes à la religion.

Les quarante éducateurs reflètent cette diversité, avec une petite dizaine de catholiques pratiquants et autant de musulmans. «Nous recrutons le personnel en fonction de son professionnalisme, et non de ses convictions religieuses» «Nous recrutons le personnel en fonction de son professionnalisme, et non de ses convictions religieuses», affirme Jean-Christophe Caner. Dans les années 70, la Fondation d’Auteuil a entamé un mouvement de laïcisation et de professionnalisation de son personnel, s’adaptant aux évolutions du secteur social. Cependant, parmi les cadres de direction, la laïcité est toute relative. Le directeur de la Mecs Saint-Esprit, par exemple, a une formation de théologien et a passé une dizaine d’années au Secours catholique. Il est actuellement en formation à l’Ecole de santé publique pour obtenir la qualification exigée par la loi du 2 janvier 2002 pour diriger un établissement social et médico-social.

Un projet pastoral

Valérie Löchen explique : «A la différence des éducateurs, les cadres dirigeants reçoivent une lettre de mission pour le projet pastoral de leur établissement.» Ce projet pastoral consiste entre autres à éveiller la dimension spirituelle de l’enfant. «Nous discutons des questions existentielles, indique Jean-Christophe Caner. Par exemple, quand le père de l’un de nos enfants est décédé, nous avons expliqué ce que croient les chrétiens sur la mort.» Un animateur en pastorale est d’ailleurs embauché en plus de l’aumônier qui vient pour les fêtes catholiques et des grandes occasions de la vie de l’école. Comme la plupart des établissements de la fondation, la Mecs Saint-Esprit est couplée à une école primaire, établissement privé sous contrat d’association avec l’Etat, régi par la loi «Debré» du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l’Etat et les établissements d’enseignement privés.

«Notre double identité est clairement affirmée. Elle est connue et acceptée par ceux qui viennent travailler chez nous», affirme Valérie Löchen. Les enfants et leur famille, cependant, ont-ils vraiment le choix, dans un contexte de manque de places d’accueil dans le secteur de la protection de l’enfance ?

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