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PRATIQUES PROFESSIONNELLES | 19/05/2011
Laïcité : A l’hôpital, le choc des incultures
par Rouja Lazarova

Le principe de laïcité dans les établissements de santé est bien défini, des problèmes demeurent, surtout par méconnaissance des religions.

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Pratiques professionnelles et laïcité : comprendre les enjeux, refuser l'instrumentalisation

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Ici, un mari refuse que sa ­femme soit examinée par un ­homme médecin. Là, une famille veut effectuer une toilette mortuaire dans la chambre d’un patient. Ailleurs, une personne hospitalisée souhaite pratiquer le Ramadan alors qu’elle n’est pas en état physique de jeûner. Interdits alimentaires, prières et bien d’autres demandes liées à la ­religion sont souvent difficiles à prendre en compte à l’hôpital, d’autant que le personnel connaît mal les limites légales.

En outre, les soignants rompent parfois avec la laïcité, de manière volontaire ou parce qu’ils se trouvent déstabilisés par des croyants pointilleux. Heureusement, «ces situations un peu extrêmes ne constituent pas le quotidien» des établissements de soins, précise Isabelle Lévy, formatrice spécialiste de la laïcité à l’hôpital.

Incompréhensions

«Le problème vient à la fois du personnel, qui n’est pas toujours informé des pratiques religieuses, et des patients qui, à force de mettre en avant leurs croyances, finissent par refuser les soins», remarque-t-elle. L’ensemble des religions reconnaît­ pourtant aux fidèles le droit de déroger aux rites leur intégrité physique est mise en danger. «Il y a parfois des incompréhensions réciproque», considère Pierre ­Le Coz, philosophe et coordinateur de l’espace éthique de l’Assistance publique­ – Hôpitaux de Marseille (AP-HM). L’enjeu est donc selon lui de «mieux comprendre le système de représentation ou le mode de pensée des personnes malades».

Le manque d’informations et de culture religieuse est généralement la cause des infractions au principe de laïcité. Médecins et infirmiers agissent alors comme ils l’entendent. Des salles de réunion sont même utilisées pour faire du prosélytisme «De plus en plus de soignants pratiquent leur religion au travail, parfois couverts par leurs collègues», constate aus Isabelle Lévy. Des salles de réunion sont même utilisées pour faire du prosélytisme. Autre difficulté, les patients peuvent avancer des interprétations erronées de leur propre religion, entraînant des soignants de bonne foi dans leur erreur. Par ailleurs, les interdits alimentaires ne seraient pas non plus toujours respectés, malgré des équipements adaptés en cuisine.

Prévention

Plus grave, d’après ­Isabelle Lévy, certains professionnels recherchent la provocation : les confrontations entre un homme et une femme seraient parfois engendrées volontairement, alors que des soignants du même sexe que le patient croyant seraient­ disponibles. Un choix incompréhensible, qui engendre parfois le départ de certaines patientes des services sans avoir été examinées. A l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris­ (AP-HP), Marc Dupont, adjoint au directeur des affaires juri­diques, reconnaît avoir «eu un peu peur ces dernières années des difficultés concernant les récusations de soignants», mais «notre réaction ferme dès le départ» a permis d’éviter la persistance du problème.

L’AP-HP s’est semble-t-il montrée assez active pour éviter les entorses au principe de laïcité. Les règles ­légales ont notamment été réinscrites dans la version 2007 du règlement intérieur. Elles sont aussi rappelées lors des formations sur les droits des patients effectuées par le service juridique et sur des affiches. «Nous avons fait beaucoup de prévention et nous sommes globalement tranquilles à ce sujet», indique Marc Dupont.

Pour le personnel, au delà de la formation, «la discussion peut régler les trois quarts des problèmes», estime Pierre Le Coz, de l’AP-HM. Mais «les patients doivent aussi être sensibilisés aux valeurs qui régissent l’hôpital, et notamment à la neutralité du service public. Il faut légitimer la personne dans sa demande puis lui expliquer les règles en vigueur», ajoute-t-il. Il faut légitimer la personne dans sa demande puis lui expliquer les règles en vigueur Pour prévenir les différends, le développement du service d’accueil dans les établissements de santé pourrait permettre de mieux prendre en compte les besoins des usagers et d’expliquer en amont les limites à ne pas dépasser. Malheureusement, ce dialogue est souvent négligé, ­faute de temps.

Pourtant, le problème ne pourra pas être éludé, car «il y a un retour du religieux. La laïcité est malmenée et certains courants veulent s’engouffrer dans la brèche», signale Pierre­ Le Coz. La situation se dégrade à l’hôpital et les formateurs sur la laïcité perdent courage, alors que «beaucoup d’institutions ou de patients remettent en cause la loi», déplore Isabelle Lévy. Certains médecins toléreraient même des pratiques vaudous et circonciraient sans raison médicale. D’autres acceptent les réfections d’hymen pour permettre à de jeunes femmes musulmanes de faire valoir leur virginité avant le mariage.

Réagir

Des soignants constatent parfois de telles dérives et n’en parlent pas, sans savoir qu’ils se font complices de l’infraction. Une excision doit en effet en principe être signalée aux autorités judiciaires. Aucun cas de ce genre n’est connu de l’adjoint au directeur des affaires juridiques de l’AP-HP. Tant que durera ce silence autour des pratiques religieuses à l’hôpital et que les cadres ne réagiront pas, les droits des patients ne seront pas respectés et le principe de laïcité restera malmené.

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