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Prisons | 02/05/2014

Accompagner la dépendance, même derrière les barreaux

par Emilie Lay
Prison cunaplus - Fotolia.com

Une enquête sur la perte d’autonomie en milieu carcéral a été réalisée, en 2012, par la Direction de l’administration pénitentiaire. Celle-ci envisage plusieurs mesures pour faciliter l’accès aux droits et la prise en charge de ces détenus. Présentation de l’étude, en exclusivité.

Evaluer la prise en charge de la dépendance en prison : c’est l’objectif de l’enquête menée par la Direction de l’administration pénitentiaire, en 2012, auprès des personnels pénitentiaires des 191 établissements du pays. « Depuis deux ans, nous avons fait de ce sujet un véritable élément de politique publique. C’était aussi une préoccupation des personnels pénitentiaires, démunis », indique Serge Canape, chef du bureau des politiques sociales et d’insertion de cette administration.

Selon cette enquête, qui n’a pas encore été publiée, 329 détenus en situation de handicap moteur ou sensoriel étaient recensés au 1er janvier 2013. D’autre part, 2 409 détenus étaient âgés de plus de 60 ans, dont 115 en perte d’autonomie. « Il s’agit d’une population fragile, au regard des conditions de détention. Et ces personnes sont plus susceptibles d’être exposées au racket ou à la violence de la part des codétenus. »

En dehors de la liberté, les détenus disposent des mêmes droits que la population générale. Pourtant, l’accès aux prestations liées à la perte d’autonomie demeure ardu. En cause notamment, des services pénitentiaires d’insertion et de probation surchargés. De plus « le droit social et médico-social est complexe », rappelle Serge Canape. Or, depuis la réforme statutaire du métier de conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, entrée en vigueur en 2011, ces professionnels sont peu formés en matière de travail social.

Guide pratique

La Direction de l’administration pénitentiaire prévoit donc d’éditer un guide pratique sur l’état du droit. Celui-ci devrait être publié sur le site du ministère de la Justice d’ici la fin de l’année. « Nous souhaitons aussi que des permanences avec, notamment, des travailleurs sociaux [des conseils généraux], soient créées dans les établissements », poursuit le chef du bureau.

Par ailleurs, des codétenus doivent souvent faire office d’auxiliaires de vie. La Direction de l’administration pénitentiaire projette donc d’élaborer des conventions avec des services d’aide à domicile. Cependant, le milieu carcéral peut effrayer. « Ces freins pourraient être levés par de la sensibilisation. Il faut aussi former les intervenants à la connaissance du fonctionnement carcéral », plaide François Bès, responsable « santé » à l’Observatoire international des prisons.

Enfin, la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades prévoit la sortie anticipée des personnes condamnées présentant « un état de santé durablement incompatible avec leur maintien en détention ». Mais son application se heurte à la difficulté à trouver des places en Ehpad. « Nous expérimentons donc, avec la Croix-Rouge, une boîte aux lettres électronique unique d’envoi des dossiers de demande d’admission. Nous espérons réunir un jour toutes les fédérations gestionnaires d’Ehpad autour de ce dispositif », poursuit Serge Canape.

Malgré le constat d’un fort vieillissement de la population carcérale, le projet de loi « Autonomie » qui devait initialement être présenté le 9 avril ne s’est pas emparé de ces questions. Une preuve supplémentaire que « les détenus ne sont pas tenus pour des citoyens comme les autres », déplore François Bès.

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