Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Hébergement | 07/05/2014

Le printemps difficile des sans-abris

par Géraldine Langlois
Centre d'hébergement d'urgence P. Marais

La fin de l'hiver ne marque pas la fin des difficultés pour les personnes sans-abri, bien au contraire. En dehors des lieux d'hébergement qui viennent de fermer, elles doivent reprendre tout à zéro et leurs conditions de vie se dégradent dangereusement. La Fnars s'insurge sur cette gestion saisonnière de l'hébergement d'urgence.

La fermeture, le plus souvent fin mars, voire fin avril, des places d’hébergement d’urgence ouvertes pendant la période hivernale, replonge les personnes sans domicile dans la recherche, souvent vaine, d’un lieu pour passer la nuit. La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) vient de tirer la sonnette d’alarme sur la situation des personnes qui viennent d’être remises à la rue. Elles sont 300 à Lyon, à s’être ajoutées aux 550 personnes qui contactent le 115 chaque soir. Elles sont 300 de plus à Bordeaux, autant à Toulouse, 280 à Marseille… Or durant cet hiver 2013-2014, 61 % des appels aux 115 n’aboutissaient déjà pas sur un hébergement, dénonce par ailleurs la Fnars. Des chiffres qui cachent autant de situations humaines douloureuses.

A Lille, 136 personnes isolées (120 hommes et 16 femmes) ont dû quitter leur hébergement hivernal le 31 mars. Et le 30 avril, ce sont les places accordées aux familles qui ont été fermées : 70 à Lille, et 90 dans le reste de la métropole. Ces dernières ont en effet « bénéficié » d’une prolongation d’un mois. Mais au bout du compte, « il n’y a pas de places à leur proposer », regrette Sébastien Cavitte, chef de service à l’accueil de jour Famille accueil insertion écoute (Fare), à Lille.

Qu’il s’agisse de personnes isolées ou de familles, certaines se retrouvent désormais hébergées pour quelques jours chez des connaissances ou de la famille. Les autres dorment dans des conditions indignes : dans une voiture, une camionnette, une veille caravane, une bouche de métro, voire dehors. Seules deux familles ont pu rester dans une chambre d’hôtel du fait de l’état de santé de l’un de leurs membres et de l’ancienneté de leur demande de logement – présentée en 2007 ! Fait inédit, une dizaine de familles, soit une cinquantaine de personnes, auraient refusé de quitter l’hébergement que gérait une association pendant la « veille saisonnière ». Elles y résidaient encore, semble-t-il, le 6 mai. Mais pour combien de temps ?

« Gâchis »

Pour Eric Delhaye, vice-président de la Fnars Lille-métropole, directeur du Fare et président du Samu social lillois, « c’est un incroyable gâchis humain ». Ces solutions d’hébergement hivernal ne répondent pas à tous les besoins, notamment parce que certaines personnes et familles doivent être éloignées pendant la saison froide de leur lieu de vie habituel pour des raisons de disponibilités de places. Cela rompt par exemple les parcours scolaires des enfants, et les prises en charges médicales des adultes. Mais elles offrent à tous, cependant, un abri et un répit, un moment de sécurité et de repos, souligne Sébastien Cavitte. Lorsque les places hivernales ferment, « ils doivent tout reprendre à zéro », ajoute-t-il… « Il faut un plan Marshall de l’hébergement, martèle Eric Delhaye, avec une ouverture massive de places, qui instaure un nouveau pacte social. »

Au niveau national, la Fnars demande de manière urgente un moratoire immédiat sur les fermetures de centres quand les personnes ne trouvent aucune autre solution et la mobilisation par les préfets du parc de logements privés et sociaux disponible. Elle réclame aussi l’adoption d’une loi de programmation de logements « très sociaux » et de places d’hébergement pérennes là où les besoins sont les plus grands afin de « rompre avec la gestion saisonnière de la grande exclusion inefficace et coûteuse pour la société ».

Le contenu de cet article est temporairement déverrouillé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>