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Grand âge | 15/05/2014

Vu d’ailleurs : le Japon, à la pointe d’une politique incitative globale

par Emilie Lay

Confronté au vieillissement accéléré de sa population, le pays mène une politique proactive, axée sur la communication, des hausses de salaire, ainsi que... des « robots de soins ».

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Grand âge : des idées pour recruter

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Au Japon, le temps presse. Alors qu’en 2010, la part des personnes âgées de plus de 80 ans atteignait 6,4 % de la population (contre près de 5 % en France), elle devrait s’élever à 8 % en 2015 et à 16,5 % en 2050, estime le National Institute of Population and Social Security Research. La réflexion sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes y est donc relativement ancienne.

Assurance dépendance

Dès 2000, le pays a mis en place, parallèlement à l’assurance maladie, un système généralisé d’assurance dépendance. Destinée aux personnes âgées de plus de 65 ans, celle-ci couvre 90 % des soins de longue durée, à domicile ou en établissement.

La politique japonaise favorise le maintien à domicile. Pilier de ce système, le métier de « soodan-in » (gestionnaire de soins à domicile), en expansion, consiste à coordonner le parcours de santé de la personne âgée. D’autres professions se sont développées : les « kaigoshi », ou travailleurs du soin, sont un peu moins qualifiés que les aides-soignants français, et exercent tant à domicile qu’en établissement pour personnes âgées.

En 2011, le Japon comptait 1,3 million de ces professionnels, selon le ministère de la santé, du travail et du bien-être ; mais les besoins explosent. « Leur nombre a triplé, entre 2000 et 2012. Et nous aurons besoin d’environ un million de professionnels supplémentaires d’ici 2025 », indique Shinsuke Murano, premier secrétaire à l’ambassade du Japon à Paris, détaché du ministère de la santé.

L’Etat a donc impulsé une série de mesures incitatives. Des campagnes de communication ont été déployées dans les médias. Un « Jour du soin » se tient chaque 11 novembre, depuis 2008, pour valoriser ces métiers : « Les municipalités organisent des séminaires de sensibilisation pour tous les publics et des réunions d’information dans les écoles qui forment aux métiers médicaux », détaille Shinsuke Murano.

Mais le Japon peine, lui aussi, à conserver les salariés. « En 2009, 21 % des personnes quittaient ces professions, contre 16 % dans les autres secteurs d’activité. » Depuis 2012, les subventions attribuées aux établissements et aux services d’aide et de soins à domicile sont donc proportionnelles à l’effort fourni pour augmenter les salaires et soulager la pénibilité du travail.

En coopération avec des entreprises privées, le gouvernement développe même des « robots de soins », telle une combinaison cybernétique augmentant les capacités physiques, et donc l’autonomie de la personne âgée qui la revêt. Dans les établissements, de telles acquisitions sont encouragées. « Une prime de 3 millions de yens environ [soit 21 278 euros, ndlr] peut être attribuée à une structure qui s’en procure », conclut Shinsuke Murano.

 

« La présence d’hommes peut avoir des conséquences sur l’image de la profession »

Héléna Hirata (1), sociologue, directrice de recherche émérite au CNRS

« Au Japon aussi, les métiers liés aux soins sont très féminins ; cependant, dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées, environ 35 % des personnes qui occupent ces fonctions sont des hommes. Leur présence peut avoir des conséquences sur l’image de la profession. Tout ce qui est exercé par les hommes est davantage valorisé. Les directeurs d’institution expliquent cette présence masculine par la crise financière de 2008, qui a durement frappé le pays. Le gouvernement a proposé aux chômeurs de suivre des cours gratuits pour devenir « travailleurs du soin », avec un emploi à la clé. Il a mené une politique fortement incitative et massive pour que les personnes s’investissent dans le secteur. Le rapport positif à ces métiers vient également d’une expérience familiale. Plusieurs personnes m’ont raconté avoir vécu avec leurs grands-parents pendant leur jeunesse. Certaines ont dû s’en -occuper, cela a eu des conséquences sur leur choix. »

 

Note (01)

Auteure de « Le travail du care pour les personnes âgées au Japon », Informations sociales n° 168, 6 / 2011. - Retourner au texte

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