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Management | 17/10/2014

Les personnels de CCAS : l’épée de Damoclès démographique

par Catherine Maisonneuve
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123 000 agents de la fonction publique territoriale travaillent au sein des centres communaux ou intercommunaux d’action sociale (CCAS/CIAS). Un sur deux va partir à la retraite d’ici cinq ans.

L’Unccas a proposé un partenariat original à l’Institut national des études territoriales (Inet) avec pour objectif de dresser un panorama des ressources humaines (RH) des CCAS/CIAS. Six élèves administrateurs territoriaux (devenus administrateurs entre temps) ont donc été chargés de mener une étude qualitative fondée sur 54 entretiens menés au sein de 15 CCAS de France Métropolitaine et d’outre-mer. Angers, Bar-le-Duc, Bazas, Grenoble, Nouméa, Vitré… l’échantillon avait été construit par l’Unccas pour être représentatif des « grands » CCAS urbains, et « petits » CCAS ruraux.
Il s’agissait aussi « de mesurer à travers la parole des agents de ces structures la maturité de leur fonction RH », note l’introduction du rapport titré « Le personnel au sein des CCAS/CIAS : profil des agents et spécificités de l’environnement de travail ». Une parole très vivante et impliquée, mais aussi révélatrice d’inquiétudes communes.

Un rapport en trois volets

Publié mi-octobre, ce rapport de 120 pages s’articule en trois grands volets :

  1. La grande variété des environnements professionnels des CCAS a pour dénominateur commun une identité forte des métiers de l’action sociale
  2. Face à la nouvelle donne sociale, les métiers connaissent des évolutions déterminantes entre adaptation et tension
  3. Les leviers mobilisés par les CCAS pour s’adapter aux évolutions de leur environnement

Cinq filières et plus de trente métiers

Le 16 octobre, à Nice, les résultats de ce travail mené entre août 2013 et avril 2014 ont servi d’appui au débat du congrès de l’Unccas sur « Les métiers du CCAS au cœur du développement social durable ».

Plus de trente métiers sont répartis dans cinq filières :

  1. Sociale : 42 588 agents titulaires et non titulaires
  2. Médico-sociale et médicotechnique : 24 107
  3. Technique : 20 872
  4. Administrative : 18 345
  5. Animation : 3 514

Qu’est-ce qui les unit ?

La question centrale est : qu’est-ce qui unit le conseiller socio-éducatif et l’auxiliaire de puériculture, l’agent social et l’adjoint territorial d’animation, l’infirmière et l’agent spécialisé des écoles maternelles… ?
«D’abord la forte motivation individuelle, répond Jean-Paul Roux, membre du bureau de l’Unccas et coordonnateur de l’étude : cela compte pour beaucoup dans la valeur ajoutée apportée par le CCAS dans l’accompagnement de nos concitoyens les plus fragiles. Mais il importe que cette valeur ajoutée soit pleinement reconnue et valorisée ». Le terme « humaniste » traverse les entretiens réalisés par les élèves-administrateurs.

En écho, Denis Guilhomat, parle de « valeurs communes » : pour le président de l’Anccas, ce sont elles qui « font tenir » : « Certes, nous sommes au creux de la vague, la situation économique et sociale est dégradée, mais en 30 ans de carrière, j’en ai connu des hauts et des bas ! En revanche, l’expression de développement durable ne me va pas : elle suppose « penser loin », or, sur le terrain, et c’est regrettable, les agents des CCAS sont plus des pompiers que des visionnaires, ils sont confrontés à des situations d’urgence, ils sont contraints d’être dans la réparation et non dans la construction ».

Un tiraillement qui traverse le travail social depuis longtemps maintenant – « ce n’est pas l’urgence vs le durable, mais l’urgence dans le durable », a rétorqué, à la tribune du congrès, Gérard Sanvicens, animateur des états généraux du travail social en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Un agent sur deux à renouveler

Mais tous les questionnements professionnels, éthiques, déontologiques… risquent d’être balayés par une autre urgence, démographique, celle-là : le vieillissement des agents des CCAS. Un sur deux va partir à la retraite d’ici cinq ans. Et sans même attendre, les préoccupations sont déjà là. De la salle, Florence Ronsoux s’en est fait l’écho : venue de la DRH de Toulon, elle est directrice générale du CCAS de la ville depuis 2011, et a pointé « l’usure professionnelle » liée au vieillissement et à l’allongement des carrières.
Pour elle, la montée en intensité des risques psycho-sociaux dans les métiers du social est une réalité de terrain.

Beaucoup plus qu’ailleurs : « Les RH doit relever le véritable défi qu’est la gestion des fins de carrière ». En anticipant, par exemple, les reconversions professionnelles. Sinon, au bout, c’est le reclassement ou la mise en retraite pour invalidité, voire, en théorie, le licenciement pour inaptitude (« nous ne le faisons jamais, bien évidemment ») : des solutions toujours douloureuses « surtout venant d’un CCAS dont la vocation est sociale»… Florence Ronsoux prend l’exemple d’aides-soignantes en Ehpad qui ont plus de 60 ans.

Et le début de carrière pourrait très vite poser aussi problème. Question de timing. La réflexion sur la formation des travailleurs sociaux, l’éventuelle réduction du nombre de diplômes et donc de métiers, la création d’un tronc commun avec spécialisations, etc. n’a pas encore « produit » de projet de réforme concrète. Donc, les prochains recrutements se feront après des cursus pas encore « réingéniés ».
Mais Jean-Paul Roux se montre optimiste : « l’ alternance a l’avantage de donner de la souplesse et de la réactivité aux formations et je reprendrais l’expression qu’utilisent les entreprises : les CCAS ne recrutent pas des produits finis ».

Poitiers : une opération de prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) au sein du service petite enfance

C’est une première : l’un des lauréats de l’édition 2014 des Prix de l’innovation sociale locale, le centre communal d’action sociale de la ville de Poitiers (2e prix), a été récompensé pour une action en direction de ses propres agents et non de tel ou tel public en difficulté.
Il s’agit de son opération « Attention fragile » de prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) au sein du service petite enfance – 12 crèches collectives, 5 crèches familiales, 2 relais d’assistantes maternelles et 2 lieux d’accueil enfants-parents.
217 agents sont concernés, infirmières puéricultrices directrices de structures, éducatrices de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture.
Lancé en octobre 2012 pour lutter contre l’augmentation de l’absentéisme pour TMS (1600 arrêts de travail en 2013), le dispositif s’articule autour de trois axes : organisation du travail, accompagnement des équipes, matériels et équipements ergonomiques, travaux sur les bâtiments. « Attention fragile » a obtenu un programme de financement du Fonds national de prévention.

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