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ÉTATS GÉNÉRAUX DU TRAVAIL SOCIAL | 16/01/2015

L’angoisse des travailleurs sociaux se heurte à l’absence de réponse

par Stéphanie Marseille
travailleurs-sociaux-UNE Fred Bertrand

Début 2013, branle-bas de combat pour le travail social, sommé de préparer sa refondation ! Deux ans plus tard… les questions soulevées par les travailleurs sociaux semblent demeurer sans réponse.

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Le travail social en quête de sens

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Le 22 décembre 2014, l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés (Ones) lançait un cri d’alarme, sous forme de « manifeste du travail social ». En cause : le plan de 50 milliards de réduction des dépenses publiques du pacte de responsabilité. Pendant ce temps, la préparation des futurs États généraux du travail social continue. La controverse… aussi. « J’ai beaucoup entendu parler du questionnaire des EGTS, mais je ne l’ai jamais vu, entre autres parce que les employeurs ne le diffusent pas. En outre, pour ces EGTS, il était prévu que les salariés bénéficient de temps dégagé pour participer aux réunions qui n’ont pas lieu en soirée, mais en journée : ce n’est pas le cas », résume Benjamin Denis, assistant de travail social et secrétaire de la section 13 de l’Anas (Association nationale des assistants de service social). La crainte, chez les professionnels de terrain, est de voir le débat confisqué par les grandes associations adeptes des techniques du développement social, occultant les enjeux liés aux conditions de travail et à l’éthique des travailleurs sociaux.

Minimum vital

Quel lien le travailleur social peut-il créer avec un allocataire du RSA (revenu de solidarité active), à raison d’un entretien tous les six mois ? Quel accompagnement assurer, quand on est employé en CDD ou que les associations sont mises en concurrence par les appels d’offres ? « Les travailleurs sociaux sont le dernier guichet à recevoir toutes les demandes sans discrimination. Or, les demandeurs sont de plus en plus en difficulté et nos moyens se réduisent. On tente de préserver un minimum vital, mais le réseau avec lequel chaque travailleur social opère est en train de s’étioler », constate Danielle Dipoko, inspecteur de protection des personnes de la Loire. Elle relève aussi les contradictions entre les différentes lois en vigueur, sources de tensions : « On fait quoi avec les sans-droits, les sans-titres, les Roms ? Que se passent-ils pour les migrants non expulsables qui n’ont accès à rien ? La PMI offre un suivi médical des enfants, l’école accueille les enfants mais nous n’avons ni les moyens, ni le cadre pour intervenir, car l’État se désengage. » Pour Benjamin Denis, ce qui ressort au final des EGTS, « c’est l’impératif de diminuer le coût du travail social : on le sent bien avec la réforme des diplômes, qui propose un seul diplôme, avec des spécialisations ». « Le paradoxe est que, en trente ans, nous avons construit une clinique, une théorie et une pratique du travail social mais qu’il nous est aujourd’hui impossible de la mettre en pratique, faute de moyens », déplore Danielle Dipoko.

Au cœur des débats : la participation des usagers, les démarches collectives et le pouvoir d’agir des personnes accompagnées. Des notions empruntées, pour beaucoup, au développement social local. « C’est intéressant mais il ne faut jamais oublier qu’on ne peut pas se mettre à leur place. Par ailleurs, un individu témoigne de ce qu’il vit. Les travailleurs sociaux peuvent faire une synthèse de ce qu’ils constatent. Ce n’est pas antinomique », nuance Benjamin Denis. Haro, cependant, sur le mélange des genres : « la cohésion sociale tend à remplacer l’action sociale, et l’intervention sociale, le travail social… La finalité de la cohésion sociale est éloignée de celle de l’action sociale, on assiste à une dilution de cette dernière. La question est celle des moyens qu’on se donne pour construire la solidarité sociale », martèle Guy Decretet, éducateur spécialisé, membre du collectif des travailleurs sociaux de Haute-Corse.

Repolitiser le social

Professionnels de terrain et formateurs posent surtout la question du sens. « Comment refonder le travail social sans repasser par la case départ : comment la société entend-elle l’accompagnement des personnes en difficulté ? Nous devons réfléchir au type de société recherché » reprend Danielle Dipoko. Pour le collectif « Repolitiser l’action sociale », « nous sommes aujourd’hui en grave déficit de projet de société et en carence de délibération sur le projet commun ». S’il doit y avoir une refondation, « ce ne peut être qu’en faisant des questions sociales des questions de société », expliquent ses membres.

 Lire l’interview du collectif : « Il est urgent de mettre en discussion contradictoire la question sociale autour de ses enjeux politiques »

 

Qui sont les travailleurs sociaux ?

La question taraude les intéressés eux-mêmes. Assistants de travail social, éducateurs spécialisés, conseillers en économie sociale et familiale auraient tendance à circonscrire la définition aux professions -réglementées par le code de l’action sociale. Mais est-ce possible ? Il arrive à des bénévoles d’intervenir dans les accompagnements de personnes en difficulté. Il arrive aussi à des professionnels non diplômés du travail social de le faire. Sans compter des dispositifs comme la réussite éducative, qui implique l’accompagnement d’enfants et de leurs familles, qui se placent à la croisée de l’action sociale.

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