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Travail social | 16/01/2015
« On a enfermé les travailleurs sociaux dans des logiques de gestion de dispositifs et on leur reproche en même temps de ne pas travailler en mode projet »
par Stéphanie Marseille
Genevieve-Besson-UNE DR

Geneviève Besson, directrice d’études, chargée de l’évaluation et de la prospective sociales au conseil général de l’Eure, est auteur du livre « Au cœur du social départemental ». Elle décrit les différentes composantes du travail social et revient sur les raisons du malaise auquel les professionnels sont confrontés.

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Le travail social en quête de sens

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La préparation des États généraux du travail social (EGTS) fait circuler plusieurs termes, qui semblent, parfois, être utilisés les uns pour les autres. Pourriez-vous préciser ce que sont : l’accompagnement social, l’intervention sociale, le travail social, le développement social et leurs liens entre eux ?

Dit rapidement, l’accompagnement social est un outil et une modalité d’intervention. Le travail social fait référence aux trois professions historiques, élargies aux quatorze professions citées aujourd’hui par le ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Avec la multiplication et la complexification des problèmes sociaux, les métiers se sont effectivement diversifiés, chacun représentant une approche et une technique particulières. Dans les années 1970, alors que le travail social faisait l’objet de nombreuses critiques, ce vocable a réuni plusieurs métiers sociaux différents autour de ce qui a constitué une même identité collective.

Aujourd’hui, pour les métiers les moins qualifiés, revendiquer l’appartenance au travail social revêt une forme de reconnaissance. Le champ de l’intervention sociale s’avère plus large que celui du travail social, il comprend d’autres modes d’intervention et des frontières plus poreuses. D’une façon globale, le travail social regroupe les métiers relationnels d’aide à la personne ou aux groupes, en référence à des valeurs et une éthique précises enseignées en formation initiale et soutenues dans la pratique. Les qualifications des métiers du travail social sont certifiées par des diplômes nationaux.

Le développement social s’avère moins aisé à définir, bien qu’il soit particulièrement évoqué. Il représente un héritage de pratiques ascendantes venues de milieux urbains ou ruraux marginalisés par rapport à la croissance, et visant à ce que les habitants deviennent acteurs de leur propre vie ainsi que du développement de leur territoire. Il représente une aspiration à conjuguer quatre éléments : le partenariat, la participation des usagers/citoyens, l’ancrage sur le territoire et une approche globale, transversale, qui considère l’individu dans toutes ses dimensions. Le travail social est l’un des contributeurs, parmi d’autres, du développement social local. En proximité avec les publics en difficulté généralement peu habitués à prendre la parole dans des collectifs, il représente un soutien pour permettre aux personnes d’acquérir une meilleure estime d’elles-mêmes et la confiance nécessaires pour s’exprimer en tant qu’acteur pleinement légitime au sein de l’espace public. N’oublions pas que le social représente l’un des trois piliers du développement durable…

Quelles sont les origines du malaise que l’on perçoit aujourd’hui chez les travailleurs sociaux ?

Le malaise est ancien et structurel (comme l’a souligné Michel Autès, c’est la difficulté de travailler à la fois l’intégration des normes et l’émancipation), mais du terrain, monte aujourd’hui une dénonciation des sectorialités et du poids des procédures. Depuis l’instauration des dispositifs et l’impératif de gestion administrative qui en découle, les travailleurs sociaux sont mobilisés par d’autres tâches au détriment de leur vocation première qui est celle de l’approche globale et la relation aux publics en difficulté. Le paradoxe actuel est qu’on a enfermé les travailleurs sociaux dans des logiques de gestion de dispositifs et qu’on leur reproche en même temps de ne pas travailler en mode projet, voire de ne pas rendre suffisamment lisible ce qu’ils produisent. On doute même de leur efficacité car on n’a pas su évaluer et reconnaître le coût social évité grâce à leur action. Mais du point de vue efficacité, les travailleurs sociaux ne peuvent résoudre à eux seuls le manque de cohésion sociale de la société parce qu’ils n’en maîtrisent pas tous les leviers ! Par ailleurs, la rationalisation actuelle (des budgets, des modes de management) et la pression de la demande sociale les privent du temps nécessaire pour élaborer des réponses innovantes aux besoins des personnes en difficulté. Le manque relatif de moyens et une certaine impuissance peuvent susciter du découragement, un sentiment de dévalorisation, du burn-out. Les travailleurs sociaux expriment aussi un besoin de reconnaissance, en termes de formation, de diplômes et de salaires, ainsi qu’une possibilité d’initiatives propres.

Une refondation du travail social est-elle aujourd’hui nécessaire ?

Refonder n’est peut-être pas le mot exact. Il s’agit surtout de réaffirmer le sens des missions du travail social dans la société d’aujourd’hui et de développer les pratiques nécessaires à la cohésion sociale et à l’intégration des publics marginalisés. Ces publics, ce sont parfois des classes d’âge (jeunes sans emploi et sans repères, personnes âgées isolées), des territoires enclavés (ruraux ou urbains) ou bien des situations particulières (personnes en situation de handicap, femmes isolées…).

Le travail social constitue – entre autres – un bras armé de la lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale : c’est dans les services de la polyvalence de secteur qu’affluent les personnes en difficulté, dont la précarité et la vulnérabilité ne cessent d’augmenter. Les États généraux du travail social sont vraiment les bienvenus, car il est nécessaire de faire un arrêt sur image et redonner du souffle aux travailleurs sociaux, de leur envoyer un signe, en encourageant le renouvellement des pratiques pour qu’elles s’ouvrent également à la participation des « usagers » et aux démarches locales de développement social. J’en attends une réflexion approfondie sur le sens du travail social aujourd’hui, sur ce qui le limite, sur ce qu’il est nécessaire de faire bouger pour dépasser l’épuisement et la bureaucratisation régnante. Les États généraux peuvent contribuer à libérer la capacité créatrice des travailleurs sociaux parce qu’elle existe. Elle est juste entravée.

Les États généraux mettent le pouvoir d’agir des personnes accompagnées en avant. Cela peut-il renouveler les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux ?

Bien sûr et cela est tout à fait nécessaire ! Mais il faut tout d’abord reconnaître qu’il ne s’agit pas là d’une coutume française et que cela peut être déstabilisant pour les travailleurs sociaux habitués à mettre en œuvre des dispositifs pas spécifiquement conçus dans cet esprit (le contrat du RSA est-il réellement symétrique pour les deux parties quand on évoque souvent une injonction à l’autonomie ?). Inclure les « usagers » dans les politiques, dispositifs et actions qui les concernent induit un changement de posture. On reproche schématiquement au travailleur social de savoir, à la place du bénéficiaire, ce qui est bon pour lui alors que l’expertise expérientielle de la personne concernée est aussi essentielle pour l’efficacité attendue de ce qui sera entrepris. Toute l’ambition du travail social revient pourtant à faire bouger les choses pour une personne en difficulté, ce qui est impossible sans sa réelle adhésion, sans son investissement. C’est le noeud-même de la relation tissée entre le travailleur social et la personne accompagnée. Il reste cependant un gros travail à faire pour amener les travailleurs sociaux à adopter les pratiques liées au pouvoir d’agir. Cela passe par de la formation mais aussi par un soutien institutionnel car le développement du pouvoir d’agir représente toujours certains risques que l’on ne peut assumer seul…

Les travailleurs sociaux pratiquent-ils une éthique particulière ?

C’est le travail social qui est particulier. L’éthique est au fondement du travail social. Il ne s’agit pas d’appliquer de façon mécanique lois et orientations. Les travailleurs sociaux travaillent sur de l’humain avec des situations toujours singulières. Ils ont à analyser et à évaluer les situations en se méfiant de leurs propres représentations. Avant d’émettre des préconisations, le travailleur social se demandera toujours comment prendre en compte à la fois la personne, ses contraintes, ses aspirations, sa dignité, le cadre législatif existant et les conséquences des décisions qui seront prises. L’éthique, pour le travailleur social, c’est un peu un dialogue avec soi-même (mais que l’on peut accompagner) quant aux meilleures décisions à prendre dans le respect de la personne concernée et le respect des règles du « vivre ensemble ».

 

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  1. (L’éthique, pour le travailleur social, c’est un peu un dialogue avec soi-même (mais que l’on peut accompagner) quant aux meilleures décisions à prendre dans le respect de la personne concernée et le respect des règles du « vivre ensemble ».)

    Que dire lorsque une aide-soignante démissionne alors qu’elle avait trouvé sa vocation et quand elle est confronté à cela :

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