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HANDICAP et sexualité | 11/02/2015
En Suisse, les personnes handicapées peuvent recourir à des assistants sexuels
par Christelle Destombes

En Suisse, où la prostitution est légale, les assistants sexuels ne posent pas de souci particulier : ni diabolisés, ni canonisés…

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Handicap et sexualité : la déontologie face au besoin d’aimer

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«Nous avons suivi le vent du Nord », a coutume de dire Catherine Agthe-Diserens, sexopédagogue, formatrice pour adultes et présidente de l’association SEHP (Sexualité et handicaps pluriels), qui a formé les premiers assistants sexuels en Suisse romande. Si le Danemark a été pionnier en Europe en permettant l’accès à l’accompagnement sexuel dans les années 1980, suivi par d’autres ­(Hollande, Allemagne, Autriche), c’est en Suisse romande que deux formations ont été mises en place.

« La Suisse alémanique nous a précédés en 2003. Avant 2009, en Suisse romande, certaines travailleuses du sexe accueillaient des personnes en situation de handicap qui souhaitaient ces contacts. Avec l’assistance sexuelle, le SEHP prône une sélection, une formation et une supervision », souligne Catherine Agthe-Diserens.

 

Assistants certifiés

Dix assistants sexuels ont été certifiés par le SEHP en 2009, après 300 heures de formation (ateliers pratiques, connaissances de handicaps, psychologie…). En 2014, une seconde formation a été dispensée aux travailleuses du sexe désireuses de se former. « L’assistance sexuelle est une réponse parmi d’autres, la plupart des personnes handicapées souhaitant un compagnonnage. Mettre son corps sensuellement et sexuellement à disposition du corps de l’autre, moyennant rémunération, correspond à la définition juridique de la prostitution », explique Catherine Agthe-Diserens.

En Suisse, pays protectionniste (prostitution légale), l’assistance sexuelle se déroule en bonne intelligence. De plus, « les prostituées se sentent valorisées par cette implication. Elles n’avaient jamais reçu d’attestation avant de suivre notre formation. Pour elles, c’est une promotion », note Mme Agthe-Diserens.

 

Implication intime

Les travailleuses du sexe formées sont mises en relation avec les bénéficiaires via le SEHP, et interviennent parfois dans l’institution, un confort par rapport à l’univers de la rue. La prestation en assistance sexuelle coûte 150 CHF (environ 150 euros) pour une heure. « Cette implication intime est d’une grande délicatesse, d’une certaine complexité aussi et elle exige un véritable savoir être », commente Catherine Agthe-Diserens.

La prestation, réservée aux majeurs, inclut divers gestes, adaptés à chaque demande (caresses, corps à corps, masturbations, voire pénétrations…).

Le SEHP recommande des séances pas trop rapprochées, pour ne pas risquer l’attachement et la dépendance affective. Et fixe des limites pour le large champ des handicaps psychiques, très complexes. Son credo : « un peu plus de mieux-être là où il est attendu et de manière adaptée à chaque réalité ».

 

« C’est un don et un contre-don ; il n’est pas possible de donner seulement »

Le premier élan était empathique ; j’ai toujours été à l’écoute des personnes handicapées. Je me suis demandé ce qu’il existait pour eux en matière de sexualité ! J’ai suivi la formation avec le SEHP mais c’est une activité accessoire. Il y a de la demande et je suis heureuse de pouvoir y répondre ! C’est un travail qui demande beaucoup d’énergie, de force physique – il faut porter les corps handicapés –, et mentale. Pendant une heure, vous êtes entièrement au service de l’autre, avec attention et responsabilité. C’est un don et un contre-don ; il n’est pas possible de donner seulement. L’échange est stimulant, ça demande de la créativité… Je ne suis pas là pour mon plaisir, mais ça me fait plaisir de faire plaisir. Après tout, je suis une belle femme, je suis célibataire, je ne suis pas rebutée par une limitation physique et j’aime que mon corps puisse servir à quelque chose. Si j’étais en chaise roulante un jour, j’aimerais bien pouvoir appeler un bel homme, spécialement formé…

Camille, assistante sexuelle suisse

 

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