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[OPINION] SOCIAL | 26/06/2015
Travail social : « Mobiliser la politique sociale comme un atout et un investissement», Cyprien Avenel
par Auteur Associé
Cyprien Avenel, sociologue DR

Après la loi Maptam (modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles et la loi relative à la délimitation des régions, la loi "Notre" (portant nouvelle organisation territoriale de la République), dernier volet de la réforme territoriale, va être examiné en deuxième lecture le 29 juin à l'Assemblée nationale. Le secteur social, s’il semble a priori peu impacté, doit s’interroger sur les effets de la réforme sur son champ d’action. Des mutations profondes dans les manières de penser et de conduire l’action publique sont en cours. Elles doivent conduire à sortir d’une approche institutionnelle de répartition des compétences pour prendre en compte la dimension territoriale et transversale des projets. Nous avons recueilli, à ce sujet, le sentiment du sociologue Cyprien Avenel.

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Après la mise en place des métropoles avec la loi Maptam (janvier 2014) et la refonte de la carte régionale, le projet de loi « Notre » (arbitrages finaux en juillet) pose à nouveau la question du devenir des compétences sociales sur les territoires. Finalement, la suppression du conseil départemental n’est plus à l’ordre du jour. On assiste au contraire à la réaffirmation du rôle de l’actuel chef de file en matière de politiques de solidarité, même si des incertitudes demeurent, et que des évolutions seront de toute façon à l’œuvre. Une fois encore, on remarquera l’étonnante capacité du département à transformer ce qui serait son handicap (l’échelon intermédiaire de trop) en un avantage et levier incontournable au service des politiques de solidarité.

Capacités d’articulation du développement territorial

La réussite de la décentralisation repose moins sur l’organigramme des différents niveaux territoriaux (région/département/intercommunalité/ville), que sur les capacités d’articulation du développement territorial et du développement social, dans une approche durable. Comme le montre l’affirmation des métropoles, les évolutions nécessaires sont le plus souvent pensées en priorité sur le mode du développement économique et de l’attractivité urbaine ; ce qui est parfaitement compréhensible, mais cela induit en même temps le risque d’une approche très « réparatrice » et curative de la politique sociale, renvoyée au seul traitement des difficultés. Or, une nouvelle étape de la décentralisation consisterait à mobiliser la politique sociale comme un instrument dynamique de construction du bien commun local, un atout et un investissement, au moment où les enjeux criants de cohésion sociale remettent profondément en cause les postures traditionnelles.

Vers une logique de développement social

Se demander comment faire en sorte que la réforme des territoires soit une opportunité pour redonner du souffle à la décentralisation demande alors de situer le raisonnement moins dans la logique de redistribution des compétences que dans la logique d’élaboration progressive d’une nouvelle réponse sociale, adaptée aux besoins sociaux d’aujourd’hui : la volonté d’orienter la politique d’action sociale vers une logique de développement social, plus préventive, participative et inclusive (1). Cette analyse implique une conception stratégique de la politique sociale appelée à investir les enjeux de cohésion sociale et d’investissement humain, à l’échelle des territoires, au cœur du projet économique et urbain. Cela signifie d’impulser le passage d’une approche spécifique de l’action sociale, ciblée sur les populations identifiées comme les plus vulnérables, à une approche plus transversale, non seulement corrective et réparatrice mais également plus préventive et « capacitante ».

Projet social de territoire

Mais, autant le dire, il s’agit d’un chantier d’ampleur face à l’empilement des dispositifs, le morcellement des responsabilités et la nécessité d’efficience dans une période caractérisée par la raréfaction des ressources. De telle sorte que la nécessité de sortir des politiques publiques dites en « silos » et de faire le choix d’un « choc de simplification » pour les politiques de solidarité constitue une priorité, afin de libérer l’initiative et d’établir les conditions de coopération des acteurs locaux autour d’un projet social de territoire. Cela implique de réaffirmer l’élaboration en amont d’un diagnostic territorial partagé, non seulement pour en faire un outil de connaissance, mais davantage un outil de culture commune, de rassemblement des acteurs autour d’une ambition commune. De même, la décentralisation restera inaboutie si elle n’implique pas la démocratie locale, la contribution des citoyens, notamment les plus démunis, des associations et des entreprises. L’objectif de départ de la décentralisation était de rapprocher le décideur des citoyens. Cet objectif est devenu celui de rapprocher les citoyens des décideurs et des institutions.

Note (01)

Rapport « Développement social et travail social collectif », EGTS, février 2015. - Retourner au texte

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