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[Tribune] Journée nationale des aidants | 06/10/2015
8 millions d’aidants, 8 millions de situations singulières !
par Auteur Associé
Handicap-aide-accompagnant UNE PublicDomainPictures / Pixabay CC

La France compte 8 millions d’aidants dont les deux tiers sont des femmes. Personnage non professionnel, il vient en aide à une personne dépendante de son entourage pour des activités de la vie quotidienne. La Journée Nationale des Aidants donne l’occasion de se pencher sur certains des aspects psychologiques de ce que vivent ces personnes.

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Tribune de Marc Ferrero, psychologue clinicien, référent National du café des Aidants PRO BTP(1)

Aujourd’hui, les aidants constituent une population « invisible ». Elle recouvre des réalités très différentes selon la cellule familiale, le statut social, l’histoire des partenaires, celle de la maladie, sa gravité. 8 millions de personnes entraînent 8 millions de situations singulières ! Cette aide est elle-même protéiforme : depuis les soins quotidiens en passant par le soutien psychologique, la coordination de tous les intervenants professionnels, la vigilance constance, la communication et les activités domestiques…

De nouveaux horizons sociologiques

L’aidant quel qu’il soit est d’abord confronté aux nouveaux horizons sociologiques : familles reconfigurées, disparition de la famille multigénérationnelle, poussée des solitudes, contraintes budgétaires qui augmentent la vulnérabilité des aidants et des aidés. Et ce, d’autant les situations des personnes en cause sont impensées par notre société ; un seul exemple permettra de comprendre cette analyse : le fait de vivre longtemps avec une maladie qui ne guérit pas tout en encourageant le maintien à domicile de la personne malade est un facteur d’épuisement pour l’aidant doublé du sentiment que cela ne finira jamais…

Une relation éventuellement conflictuelle avec les professionnels médicaux et paramédicaux

Le second élément est la nature de la relation qui s’instaure entre l’aidant et les professionnels médicaux et paramédicaux de proximité faites quelquefois d’incompréhension, de rivalités ou d’agressivité plus ou moins larvée et passées sous silence. Cette relation conflictuelle qui ne dit pas son nom fait penser au conflit de loyauté cher au psychiatre hongrois Börzömenyi-Nagy à propos des relations parents-enfants en cas de divorce. En effet, comme l’enfant devient l’objet affectif de ses deux parents, l’aidé peut devenir l’enjeu de l’aidant que ce soit à travers les divers soignants, l’environnement social ou amical mais aussi pour les deux familles dont chaque protagoniste pense qu’il est le mieux à même de pouvoir répondre aux besoins de l’aidé…

Un long travail psychique parsemé de sentiments de culpabilité, de réparation ou encore de sacrifice de soi

Certes, la question se pose toujours de savoir quelles sont les motivations à aider et chacun a sa réponse mais aider est un choix contraint car rien ne prépare à une telle disposition tant la vie en couple, la maternité, la paternité sont constamment vus sous un aspect hédoniste et joyeux et non pas de frustration ou de renoncement. C’est un long travail psychique parsemé d’abord de sentiments de culpabilité, de réparation ou encore de sacrifice de soi qui va jalonner le parcours de l’aidant. Et il arrive que l’aidant ne le soit pas ! Il lui faut un équilibre psychique sans trop de faille pour faire face aux efforts à fournir, à la déficience qui s‘aggrave et à la dégradation physique qui s’instaure. Et un aidant peut donc être maltraitant devant la lourdeur de la prise en charge, l’isolement ou le découragement. C’est alors que les aides sont les bienvenues et il est évidemment préférable qu’elles débutent avec l’instauration de la maladie ou du handicap.

Des conflits identitaires où les générations s’inversent ou se perdent

Dans ce maëlstrom de sentiments diffus ou perçus, de nouvelles identités naissent et quelquefois à l’insu des uns et des autres. Quand une fille se trouve parentifiée en changeant les vêtements sa mère, quand un père ne reconnaît plus ses enfants, quand un homme ne voit plus dans son épouse qu’une malade en phase terminale ou réciproquement, la relation ainsi nouée entraîne des conflits identitaires où les générations s’inversent ou se perdent. Les liens d’accordage se distendent, se modifient et les risques de maltraitance augmentent.

Différencier le lien qui unit deux personnes de la relation qui s’en suit

Les professionnels psychistes seront alors attentifs à différencier le lien qui unit deux personnes de la relation qui s’en suit. Autant un lien est intangible, autant une relation se construit, évolue, se bonifie, se dégrade, se reconstruit, en un mot fluctue. Le lien fonde notre identité, la relation construit notre rapport à l’humain.

Note (01)

marc.ferrero@probtp.com - Retourner au texte

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