La Gazette Santé Social - Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

SANTÉ | 06/11/2015
L’animation territoriale a le vent en poupe
par David Picot
réunion © Robert Kneschke-Fotolia.com

Des postes d’animateurs territoriaux sont financés par l'agence régionale de santé des Pays de la Loire pour coordonner et rassembler les acteurs concernés par la santé au niveau local. Un métier de lien.

Email Email

Le métier d’animateur de projet de santé de territoire (ou selon les appellations du contrat local de santé (CLS)) est né avec les enjeux de territorialisation de la santé qui ont pris leur essor en France avec la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) de 2009. C’est justement la multiplicité des intervenants du secteur médicosocial qui a justifié la création de cette fonction spécifique d’animation et de coordination de proximité.

Animer des groupes de travail

À Craon (Mayenne), le poste a été créé en 2012. Julie Girard, elle, a été recrutée par la communauté de communes du Pays de Craon avec un profil, « non pas de spécialiste de la santé mais de chargé de projet de développement territorial ». Et pour cause, « nous sommes vraiment dans la démarche de projets : identifier les besoins et les problématiques, associer les objectifs, réfléchir à des actions et animer des groupes de travail ». Et ce, autour des quatre axes prioritaires du CLS : conduites addictives santé mentale, parcours de santé des personnes âgées, démocratie participative en santé et ­prévention-promotion de la santé. Pour ce dernier axe, l’accent est mis cette année sur l’aspect alimentation-activité physique. « Nous avons établi des groupes de travail selon les âges de la vie », enchaîne-t-elle. Par exemple, pour la jeunesse, l’idée est de créer un outil pédagogique pour permettre aux enfants et adolescents de connaître les différentes catégories d’aliments. Et pour cela, je mets en place des actions auprès des professionnels de santé, d’une part. Et du grand public, d’autre part ».

Animer, coordonner, rassembler… l’animatrice se trouve au cœur du dispositif de santé local. Avec d’un côté, des acteurs potentiellement nombreux et de divers horizons à rassembler (professionnels libéraux, institutions, élus et usagers), de l’autre, des projets à animer et à coordonner. Et au-dessus, une hiérarchie à qui rendre des comptes. Les élus bien sûr et la directrice générale des services (DGS), la communauté de communes ne comportant pas de service santé. « Je les consulte une fois par mois pour des questions ou des points de blocage. Ces rendez-vous réguliers sont importants pour moi », poursuit Julie Girard qui se tourne tout aussi régulièrement vers l’agence régionale de santé (ARS). « Mon poste est financé dans le cadre du CLS, contractualisé entre l’ARS et la communauté de communes. Je rends compte à l’ARS par l’intermédiaire du comité de pilotage du CLS. Au-delà, j’essaie d’instaurer une vraie relation de confiance avec cette institution. Je la tiens donc informée de tout ce que nous faisons avec des envois d’invitations pour tel ou tel événement, des points d’étape réguliers, etc. »

 

Une plus-value en termes d’émergence de projets

Dès 2002, bien avant la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) de 2009 qui a consolidé le processus, des initiatives d’animation territoriale de santé naissaient en Bretagne. Une évaluation a été réalisée en 2012 par le conseil régional et l’ARS. Les conclusions ont fait état d’une plus-value en termes d’émergence de projets dans le champ de la promotion de la santé. Ce travail avait aussi pointé l’isolement et le manque de visibilité des animateurs ainsi que la difficulté de concilier les attentes régionales et locales. Aujourd’hui, le dispositif est l’objet d’une convention tripartite entre la région, l’ARS et le territoire. Et douze animateurs exercent dans les cinq départements bretons.

 

Veiller aux intérêts du territoire

Pléthore d’acteurs et de projets obligent, Julie Girard admet « passer beaucoup de temps en réunion et donc à établir des comptes rendus. Trop pour faire avancer toutes les actions ? C’est tout l’enjeu d’être capable de maintenir les coopérations établies, de travailler en lien étroit avec la coordinatrice du Pôle santé, de veiller à ce que les bons partenaires soient autour de la table et de faire de la concertation. Face à cette diversité d’acteurs, mon rôle est d’établir du lien et de toujours veiller aux intérêts du territoire, fixés dans le CLS ». Une façon polie de signifier aux partenaires qu’ils ne doivent pas non plus utiliser cet espace pour faire avancer leurs intérêts. « L’enjeu est de faire avancer le territoire. Et donc la cause des patients ». Ces derniers constituent d’ailleurs des partenaires à part entière pour l’animatrice. Fin 2014, un comité citoyen en santé a été mis en place sur le territoire. Contrairement aux associations d’usagers, « ils ne se mobilisent pas  »contre » une maladie mais pour mettre en place des actions de prévention », précise Julie Girard qui anime aussi ce comité.

L’animatrice tient à ces rencontres et à ces espaces de réflexion derrière lesquels elle court parfois. « Ils sont importants pour faire des recherches et être force de proposition ». Une approche que promeut également l’élu en charge de la santé au sein de la communauté de communes, le maire de Cossé-le-Vivien (Mayenne), Christophe Langouët, lui aussi très attaché au travail de terrain. « Au-delà des problèmes de démographie médicale ici ou là dans les territoires et d’accès aux soins, il est très important d’insister sur la prévention », explique-t-il. « Et ce lien tissé entre les acteurs ainsi que les différentes actions conduites auprès d’eux constituent de bons moyens de faire passer des messages concrets ».

Animateur de santé, métier d’avenir

L’évaluation du travail conduit actuellement par l’animatrice sera effectuée en 2017 sous l’impulsion de l’ARS. L’élu admet toutefois que la « prévention est difficilement chiffrable ». À court terme en tout cas. C’est pourquoi, ce travail sera basé dans un premier temps, d’une part, sur l’évaluation de la dynamique des usagers à travers par exemple, les populations cibles, le nombre de groupes de travail composés, de réunions effectuées et encore d’actions conduites. Et, d’autre part, sur celle de la coordination des acteurs médicosociaux, notamment.

Mais ce métier et les messages qu’il porte apparaissent bien dans la ligne des attentes gouvernementales, matérialisées dans le projet de loi de santé 2015. Le renforcement de la prévention constitue en effet un axe fort du texte, au même titre que l’animation territoriale conduite par les ARS. Chargé de concourir à la réalisation des objectifs du projet régional de santé, le futur service territorial de santé au public aura pour objet, « par une meilleure coordination des acteurs intéressés, l’amélioration et la protection de l’état de santé de la population ainsi que la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé ». Et l’animateur de santé se trouvera bien sûr au cœur de toute cette dynamique. Ce qui fait dire à Christophe Langouët que nous sommes là, « en présence d’un métier d’avenir ».

 

 

« Ce métier se précise » – Véronique Baudry, chargée de projet ARS Mayenne

« Dans le département de la Mayenne, trois animatrices de projet de santé de territoire sont en place. « Nous n’avons que cinq ans de recul sur notre territoire », explique Véronique Baudry, chargée de projet à la délégation de l’ARS de la Mayenne. « Ce métier se précise, s’affirme au fil du temps et ce n’est pas parce que ces postes sont récents qu’ils sont fragiles ». La perspective de formations continues est même évoquée. Sous l’impulsion des contrats locaux de santé, « ce métier a permis aux collectivités d’aborder des champs et des compétences en matière de prévention et de promotion de la santé, qu’elles n’avaient pas auparavant. Sur le terrain, cela permet de favoriser la coordination entre les acteurs, de bien savoir qui fait quoi et, au final, de mieux répondre aux besoins des usagers. »

Approfondir le sujet

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>