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SOCIAL | 06/11/2015

Mobilité sociale : les inégalités demeurent selon les départements

par Eric Larpin
étudiants-élèves-ascension sociale © Zinkevych-Fotolia.com

En France, l’ascenseur social fonctionne, mais de façon très inégale selon les territoires. Une étude inédite de France Stratégie, publiée le 6 novembre et intitulée la Géographie de l’ascension sociale, démontre ce que l’on pouvait intuitivement deviner, à savoir que les possibilités d’ascension sociale pour les enfants d’ouvriers ou d’employés ne se ressemblent pas d’un département à l’autre. Les différences évoquées par la note de France stratégie semblent provenir plus d’un accès inégal aux études supérieures que de l’attractivité économique des territoires.

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Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie, le rappelle, « nous sommes dans un contexte d’augmentation globale de la mobilité ascendante et des taux de diplômés du supérieur, depuis deux générations, mais il n’y a pas un rattrapage suffisant des zones défavorisées. L’inégalité géographique persiste, alors que les politiques publiques cherchent depuis des années à unifier l’accès de tous à l’école et à promouvoir l’égalité des chances. »

Les possibilités d’ascension sociale vont du simple au double

Selon les départements, les possibilités d’ascension sociale (accéder à des fonctions de cadres ou de professions intermédiaires) vont du simple au double. « Nous avons calculé des indicateurs de mobilité sociale, avec les critères de la catégorie socioprofessionnelle actuelle des enfants d’ouvriers ou d’employés et de leur département de naissance. On aboutit ainsi à des taux de mobilité sociale inférieurs à 30 % en Picardie, Nord-Pas-de-Calais et Poitou-Charentes, opposés à des taux proches des 50 % en Ile-de-France, Bretagne et Midi-Pyrénées. Certains départements, comme la Creuse ou l’Indre voient même ce taux descendre sous les 25 % », détaille Clément Dherbécourt, auteur de l’étude.

Les préconisations ciblent d’abord l’accès à l’enseignement supérieur

La raison de ces différences notables ? Avant tout : l’accès inégal à l’enseignement supérieur. Car, malgré les initiatives correctrices que peuvent prendre les collectivités locales (aides aux associations, soutien à la VAE, aides pour l’apprentissage, etc.), c’est bien le diplôme du supérieur qui continue de favoriser l’ascension sociale. En conséquence, les préconisations de France Stratégie ciblent d’abord l’accès à l’enseignement supérieur : améliorer l’offre de logements sociaux dans les régions bien dotées en établissements universitaires pour y accueillir les enfants des classes populaires ; rééquilibrer régionalement les dépenses par élève dans le primaire et le secondaire ; augmenter l’accès au supérieur dans les régions moins favorisées (politique de bourses et de places réservées en classes préparatoires) et lutter contre le cloisonnement académique régional.

Des chances de réussite sociale très hétérogènes selon le lieu où l’on grandit

Cette première étude, est inspirée par une récente (2014) analyse américaine de l’American Economic review « Is the United States still a land of opportunity ? », par Chetty, Hendren, Kline et Saez, qui montrent que « à revenu des parents donné, deux individus ont des chances de réussite sociale très hétérogènes, selon le lieu où ils ont grandi ». Dans certains comtés, la mobilité est plus grande que dans les pays de forte mobilité sociale (comme la Suède) alors que dans d’autres comtés, elle est inférieure à celle des pays en développement. Elle pourrait être suivie par d’autres travaux de France Stratégie pour interroger les politiques publiques.

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