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Documentaire | 20/01/2016

Le monde des Sourds raconté au cinéma

par Isabelle Raynaud
Javancerai-vers-toi-avec-les-yeux-dun-sourd-UNE Epicentre Films

Ce mercredi 20 janvier 2016 sort dans quelques (trop rares) salles le documentaire « J’avancerai vers toi avec les yeux d’un Sourd » de Laetitia Carton, une plongée parmi les sourds pour faire découvrir aux entendants un monde à part, « inconnu et fascinant ».

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En France en 2016, 13 classes permettent à des enfants de 3 à 11 ans de suivre une scolarité en langue des signes (LSF), quatre collèges, quatre lycées. L’apprentissage de l’oralité pour les enfants sourds reste la norme dans notre pays. C’est contre cet état de fait que se bat, à travers le documentaire « J’avancerai vers toi avec les yeux d’un Sourd », la réalisatrice Laetitia Carton. L’idée lui est venue il y a douze ans en parlant avec un ami, Vincent, sourd, décédé depuis. C’est à lui qu’elle raconte la situation des personnes sourdes en France aujourd’hui, les carences dans l’éducation, les difficultés d’intégration. « Je lui donne aujourd’hui des nouvelles de son pays, ce monde inconnu et fascinant, celui d’un peuple qui lutte pour défendre sa culture et son identité », explique-t-elle.

Pensé en 2003 et tourné à partir de 2007, ce documentaire permet de suivre des parcours de vie, notamment d’enfants. « Je voulais à tout prix filmer les enfants dans les classes bilingues. C’était au cœur du film, explique la réalisatrice. On les voit s’épanouir dans cette langue. Ils sont différents de ceux qu’on croise dans Le Pays des sourds de Nicolas Philibert qui répètent à longueur de journée des syllabes, avec un casque sur les oreilles. Certes, ils arrivent à parler mais à quel prix ! »

Car le documentaire est assumé comme militant par Laetitia Carton qui veut une véritable reconnaissance de la langue des signes et de la culture qui s’est construite autour d’elle. « Mon film peut être violent pour les parents qui ont choisi la méthode orale pour leurs enfants. Je ne suis pas contre l’implant et l’appareillage, du moment que c’est un choix de l’enfant ou de l’adulte mais surtout qu’il a reçu la langue des signes avant tout. »

« Depuis l’arrivée de l’implant cochléaire et la loi de 2005 sur le handicap, on propose aux parents l’intégration scolaire pour leurs enfants. Autrement dit, qu’ils évoluent dans une classe avec des entendants où ils sont inévitablement isolés. » Le documentaire présente ainsi le cas d’un enfant, en maternelle, qui devient violent envers ses camarades : il a bien un traducteur de l’Education nationale mais seulement une heure par jour, le reste du temps il ne comprend pas les autres élèves et ne parvient pas à se faire comprendre donc frappe. Ses parents, sourds également, font le choix pour lui et ses plus jeunes sœurs de déménager et de s’installer à proximité d’une des rares écoles bilingues. Une opportunité qui n’est pas donné à tous… Aujourd’hui, 80% des sourds sont illettrés en France.

Le résultat est un documentaire passionnant mais effrayant quand on voit le retard pris dans le développement de l’éducation en LSF et les vies brisées par l’oralisation à tout pris.

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  1. L’implant cochléaire est très bien, MAIS il est INDISPENSABLE que l’enfant apprenne en même temps à signer tout comme sa famille d’ailleurs. Pour l’enfant implanté, la langue parlée sera comme une langue étrangère, il se fatiguera plus vite, ne comprendra pas tout, mais ça lui permettra tout de même d’échanger avec beaucoup plus de monde que s’il n’avait pas la possibilité d’entendre avec son implant. Je crois que l’ouverture doit venir des entendants et aussi des sourds, mais il y a du chemin à faire.

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