Dépendance | 22/01/2016
Les Français privilégient le maintien à domicile et un financement mixte
par Nathalie Levray
personne âgée-maintien à domicile-spasad © Ocskay Bence-Fotolia.com

Les Français sont conscients de l’enjeu lié à la perte d’autonomie, sans en tirer forcément toutes les leçons. Ils privilégient un financement conjuguant une prise en charge publique garantie par un recours sur succession, et une assurance collective complémentaire dépendance. A l’occasion du 8e débat Autonomie organisé à Paris le 21 janvier 2016 par l’OCIRP, ces enseignements, tirés du baromètre Autonomie 2016 OCIRP - Le Monde - France Info, ont été confrontés aux avancées de la toute récente loi pour l'adaptation de la société au vieillissement. Ils dessinent peut-être une ébauche de la prise en charge future de la dépendance. Mais pour Laurence Rossignol, la réponse à la création d’un cinquième risque « renvoie au débat démocratique et politique à ouvrir dans la perspective des élections présidentielles »

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La perte d’autonomie intéresse presque 8 personnes sur 10 ayant répondu au baromètre 2016 OCIRP, Le Monde et France Info. Ils sont autant à estimer nécessaire de se prémunir contre le risque, sans toutefois passer à l’acte pour 74,2 % d’entre eux. Jean-Francois Ropelewski, directeur marketing d’AG2R La Mondiale, le confirme : « l’assurance dépendance n’a pas trouvé sa place ».

Seuls 5 millions et demi de contrats sont actuellement souscrits. Ce n’était donc finalement pas un mauvais calcul de cantonner la loi pour l’adaptation de la société au vieillissement (LASV) au maintien des personnes âgées chez elles. Il sort largement en tête des réponses possibles à la perte d’autonomie, avec 77 % des personnes sondées qui y sont favorables.

Le coût de la prise en charge est ignoré par plus de 6 personnes sur 10

L’entrée en vigueur de la loi pour l’adaptation de la société au vieillissement – Laurence Rossignol a affirmé que les décrets d’application de la loi seraient « sa priorité » afin que les dispositions applicables en 2016 puissent effectivement l’être – intervient toutefois sans apporter de réponse globale aux conséquences financières de la perte d’autonomie, que les Français semblent mal connaître.

Le coût de la prise en charge d’une personne dépendante est ignoré par plus de six participants au baromètre sur dix. Dans le même temps, 64 % des personnes interrogées souhaitent voir diminuer le reste à charge en établissement, partie de réforme abandonnée en raison de son coût (1,5 milliard € par an).

De moins en moins de personnes pense possible que la personne dépendante soit aidée par la famille

La loi prévoit le renforcement possible de l’engagement financier auprès des bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie - une heure supplémentaire accordée par jour ou par semaine selon le degré de dépendance. Elle fait surtout reposer le pari du domicile sur les aidants familiaux, alors que de moins en moins de personnes pense possible que la personne dépendante soit aidée par la famille (67,9 % en 2008 contre 50 % aujourd’hui).

La prévention, notamment grâce aux objets connectés, pourrait par contre jouer un rôle dans le maintien au domicile pour un peu plus de la moitié des personnes interrogées (51,8 %), voire en diminuer le coût.

Le recours sur succession plutôt qu’un nouvel impôt

Sollicités pour donner leur avis sur des options de financement de la dépendance, les personnes ayant répondu au baromètre placent en tête le recours sur succession (à 55,6 %) et, à quasi égalité, la création d’une nouvelle journée de solidarité (52,4 %) et la souscription d’une assurance complémentaire de la solidarité nationale (52,2 %).

Le recours à l’épargne n’est toutefois pas exclu pour 48,9 % d’entre elles alors qu’une nouvelle imposition ou cotisation sociale emportent peu les suffrages, respectivement à 25,7 % et 13,9 %. Les personnes interrogées ne veulent toutefois pas être seules à prendre en charge les conséquences financières de la perte d’autonomie.

Un financement mixte régime obligatoire-régime complémentaire comme pour la santé

Ils sont un peu plus de 6 sur 10 à souhaiter un système de couverture à deux piliers, à l’image de l’assurance santé : un régime obligatoire géré par l’État couplé à un régime complémentaire financé par les individus. Faut-il dès lors revenir à l’idée du 5e risque de protection sociale ? Pour Laurence Rossignol, la réponse « renvoie au débat démocratique et politique à ouvrir dans la perspective des élections présidentielles ».

La question, ardue et ingrate, motive peu les politiques et le contexte économique rend toujours plus difficile, à l’égard des électeurs, la mobilisation d’une solidarité supplémentaire. Le caractère collectif de l’assurance complémentaire à la solidarité nationale, qui pourrait être souscrite dans le cadre de l’entreprise, est plébiscité par presque 7 personnes interrogées sur 10.

Le coût de la perte de l’autonomie est à relativiser

La perte de l’autonomie est un enjeu de la société de demain. Démographique, avec un tiers de la population totale âgée de plus de 60 ans, une part de la population âgée de plus de 85 ans plus que triplée à 5 millions en 2060 et une espérance de vie allongée. Sociétal, pour vivre l’intergénérationnel de façon harmonieuse avec moins d’un quart de jeunes de moins de vingt ans en 2030 et presque deux millions et demi de personnes dépendantes.

Mais est-il financier ? Selon l’Irdes, la dépendance des personnes âgées représente une dépense publique totale de 21 milliards € en 2008. Le reste à charge pour les personnes et leur famille serait de l’ordre de 7 milliards €. Un coût à relativiser : Philippe Crevel, économiste, souligne qu’à l’horizon 2060 les dépenses liées à la perte d’autonomie représenteront 1,77 du PIB pour la part publique et 0,81 pour la part des ménages. La solidarité nationale ne pourrait-elle pas l’absorber ?

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