[ENTRETIEN] LOGEMENT | 02/02/2016
« De nombreux dispositifs prônent l’accompagnement social mais personne ne le finance »
par Sophie Le Gall
Sans domicile fixe - Paris © Production-Perig-Fotolia.com

La Fnars a présenté les 26 et 27 janvier 2016 son « Pacte pour l'accès au logement des sans-abri ». Florent Guéguen, son directeur, détaille les mesures prioritaires alors que les dispositifs publics ne parviennent pas à répondre aux besoins des populations à la rue.

Email Email

© Fnars Florent Guéguen, directeur général de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale

La Fnars a présenté un « Pacte pour l’accès au logement des sans-abri » (1). Parmi la quarantaine de propositions, quelles sont les mesures prioritaires ?

Pour garantir l’accès à un chez soi, digne et pérenne, la priorité est d’en finir avec la gestion au thermomètre. Nous le répétons chaque année, mais au 31 mars 2016, il y aura encore beaucoup de personnes à la rue. Nous n’avons pas encore d’engagement ferme du ministère du Logement sur ce point. Par ailleurs, nous réaffirmons la nécessité d’adopter une loi de programmation pluriannuelle d’hébergement et de logements très sociaux, fondée sur des diagnostics territoriaux des besoins. L’expérience prouve que la démarche du « logement d’abord », fonctionne, même pour des personnes que l’on pensait très éloignées de la réinsertion sociale. Concernant le maintien dans le logement, nous sommes très déçus du dispositif Visale (nouvelle garantie des risques locatifs), qui est loin d’être à la hauteur des besoins. Nous en demandons la révision. Enfin, point essentiel, l’accompagnement social, pour assurer le passage de la rue au logement. De nombreux dispositifs publics prônent l’accompagnement social – il est un des points clés du récent plan d’action en faveur du travail social –, mais personne ne le finance ! Pas une seule ligne budgétaire ne lui est dédiée ! Il y a bien le Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement (FNAVDL), mais qui repose sur les condamnations de l’État quand il ne respecte pas la loi Dalo. On est très loin d’une véritable ambition… Et, du côté des départements, il y a le Fonds de solidarité pour le logement (FSL), qui passe de plus en plus souvent à la trappe dans cette période budgétairement contrainte.

Le bilan du plan de réduction des nuitées hôtelières est-il satisfaisant ?

Si on observe bien une réduction de la progression du recours aux nuitées hôtelières – + 27 % en 2014 contre + 24 % en 2015, avec 40 000 personnes concernées –, elle est tellement lente, qu’il faudra au moins une dizaine d’années pour renverser réellement la tendance ! Il n’est pas compréhensible que dans certains territoires, par exemple le Calvados, où la situation du logement n’est pas tendue, on ait encore recours à l’hôtel. Cette orientation est toujours perçue à tort comme une solution pratique. Sortons de la logique urgentiste et réaffirmons que l’objectif de l’hébergement, c’est le logement !

Quel est l’impact de l’accueil des migrants sur l’hébergement ?

Les places créées ces derniers mois pour accueillir des migrants, notamment ceux sortant du campement de Calais, ne sont pas gérées par le 115 ni par les services intégrés d’accueil et d’intégration (SIAO). En imposant cette organisation, le ministère de l’Intérieur a opposé les publics et a créé une filière prioritaire. Ce n’est pas tenable ni pour les personnes concernées – il est impossible pour un homme isolé en Ile-de-France de trouver une place s’il n’est pas un migrant –, ni pour les travailleurs sociaux. Nous savons que certaines de ces places ne sont pas occupées, nombre de migrants ne souhaitant pas rester sur le territoire français, et les SIAO comme le 115 ne peuvent pas en disposer. Face à cette situation ubuesque, nous tenons à réaffirmer le principe d’égalité sociale.

Note (01)

26 et 27 janvier 2016, Paris. - Retourner au texte

Références

Son parcours : 

  • Florent Guéguen a été conseiller social du précédent maire de Paris, Bertrand Delanoë, avant de prendre, en octobre 2012, le poste de directeur général de la Fnars.
  • La Fnars propose également une enquête réalisée dans dix-huit départements qui dresse un état des lieux de l'urgence sociale.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>