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HANDICAP | 24/11/2008

Patrimoine historique : le défi de l’accessibilité

par Catherine Maisonneuve

Trois mille cinq cents visiteurs pour la basilique de Saint-Denis, 16.000 pour l'Arc de triomphe, 19.000 pour le Panthéon : pour la première fois, une journée dédiée aux personnes handicapées a précédé, le 19 septembre 2008, les Journées du patrimoine.

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Les sept monuments nationaux titulaires du label Tourisme et Handicap pour un ou plusieurs handicaps (moteur, visuel, auditif et mental), mais aussi le château de Versailles et plusieurs autres monuments ou musées, partout en France, ont proposé des visites accessibles et/ou avec mise à disposition de dispositifs techniques spécifiques, maquettes tactiles, audioguides ou visioguides.

Le prix Musée pour tous

Ce jour-là, Christine Albanel, ministre de la Culture, a remis le prix Musée pour tous 2008 au musée d’histoire de Nantes (Loire-Atlantique) et au musée Ernest-Cognacq de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), pour leur accessibilité aux per­sonnes handicapées. Tous deux sont abrités par des monuments classés -le château des Ducs de Bretagne et l’Hôtel de Clerjotte-, tous deux ont fait l’objet d’importants travaux de rénovation par leur commune propriétaire. Une remise de prix qui intervient alors qu’élus, associations et professionnels de la culture accusent l’Etat de délaisser ses trésors du passé. Le sujet sera-t-il débattu au Conseil des collectivités pour le développement culturel, réactivé l’été dernier ? Dans un entretien accordé à la «Lettre d’échanges» de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, Jacques Pélissard, président de l’Association des maires de France, estime que c’est au sein de ce conseil que «doit être privilégié le dia­logue entre l’Etat et les collectivités lo­cales, notamment au regard de l’impact de la révision générale des politiques publiques.»

Des maires schizophrènes

Sur le terrain, les maires deviennent schizophrènes: fiers de monuments souvent emblématiques, ils n’ont pas toujours les moyens de leur conservation. Prêts à appliquer le principe de l’ac­cessibilité généralisée, ils sont pris en étau par les ­contraintes juridicotechniques de leur préservation. Qui valent pour tout le bâti dans un périmètre de 500 mètres, aussi bien pour une ville aux ­allures de carte postale, membre du réseau Villes et Pays d’art et d’histoire, que pour la banlieue dont la mairie est installée dans un ancien hôtel particulier ou la petite commune rurale à l’église classée. Au point que certains élus redoutent de nouveaux classements. L’architecte des années 30-50, André Lurçat, a été célébré par plusieurs expositions. Mais beaucoup ­croisent les doigts pour que ses constructions, nombreuses dans les banlieues ouvrières, ne soient pas classées.

Alors l’application de la loi sur le handicap? Les contradictions se tra­duisent par des discussions ­souvent âpres au sein des commissions consultatives départemen­tales de sécurité et d’accessibilité, chargées d’examiner les demandes de dérogation. Trop tôt pour dire si elles se résolvent.

PROJECTEUR : «Aller à la va-vite serait risquer l’irrémédiable»

Frédéric Auclair, président de l’Association nationale des architectes des bâtiments de France

«La mission des architectes des bâtiments de France (ABF) est de transmettre les monuments historiques aux générations futures et de toujours faire du sur-mesure, du cas par cas. La loi « handicap » est la loi, et nous sommes très attentifs à prendre en compte les difficultés de certains de nos concitoyens, qui peuvent être les nôtres demain. Mais cette loi est encore jeune et, dans la pratique, on s’aperçoit que l’on ne réussit pas à trouver de solutions architecturales à l’échelle du monument lui-même: on a créé des portails au XVe siècle sur des églises du XIIe, saura-t-on en créer d’accessibles pour le XXIe siècle ? Notre société y est-elle prête ? Prenons l’exemple de l’Arc de triomphe: des travaux pour que l’actuel ascenseur desserve la terrasse modifieraient le monument en profondeur. Or, il existe des solutions pour restituer la vue d’en haut à ceux qui ne peuvent y accéder, avec des adaptations muséographiques comme l’utilisation de caméras, par exemple.

Les échéances de la loi sont là, mais il ne faut pas aller à la va-vite, ce serait risquer l’irrémédiable. Le temps du monument n’est pas le temps du politique. Pour le moment, nous sommes dans l’entre-deux des adaptations à la marge: suppressions de marches par rampes ou dos-d’âne, rehausse de trottoirs. Les commissions consultatives départementales de sécurité et d’accessibilité sont des lieux d’échanges intéressants: les ABF sont amenés à mieux comprendre la réalité que portent les associations, et les associations, les motifs de certains

Sélestat : la vieille ville accessible aux personnes à mobilité réduite

Jour de marché à Sélestat (20.000 hab., Bas-Rhin). Dans une rue piétonne de la vieille ville, se mêlant aux chalands, un homme pousse le fauteuil roulant d’une femme âgée: «Au moins, on voit le résultat de nos efforts», sourit Charles Léopold, conseiller municipal délégué, chargé de la politique du handicap. Souvent, ce sont des élus eux-mêmes handicapés ou parents d’enfants handicapés qui font avancer leur cause à l’échelon communal. «J’ai d’abord été de l’autre côté de la table, et c’est en tant que représentant de l’Association des paralysés de France (APF) que j’ai signé avec Sélestat, en 1995, l’une des toutes premières chartes Ville-Handicap de France», confie ce cadre de France Télécom, lui-même en fauteuil roulant.

Avec 35 monuments protégés, Sélestat dispose d’un patrimoine historique exceptionnel. La vieille ville se revendique surtout de la Renaissance mais recèle aussi des fleurons qui vont du Moyen Age, avec l’église romane Sainte-Foy, jusqu’au début du XXe siècle, avec le château d’eau imité de Deventer aux Pays-Bas.

Au fil des années, les rues y deviennent piétonnes et accessibles aux personnes à mobilité réduite: leur niveau a été rehaussé pour rattraper au moins la première des marches d’accès à certains monuments et petits commerces, avec petits dos-d’âne pour la suivante. Les pavés de grès rose assurent une cohérence à la fois esthétique et fonctionnelle, en évitant les trépidations et blocages des roues de fauteuil roulant. et de poussette. Le dernier grand chantier, en lisière du centre historique, celui du «Neja Waj», le «chemin neuf» qui mène à l’Ill, a organisé une cohabitation intelligente entre voitures et piétons, handicapés ou non. «Il s’agit d’une artère très attractive, explique Charles Léopold : nous avons remplacé les escaliers-gradins du square Ehm par une pente dallée menant à une halle modulable destinée à accueillir concerts ou expositions. Là aussi, nous avons rendu accessibles les commerces ayant une ou deux marches, par des pentes intégrées dans le trottoir, ce qu’aucun texte n’impose aux communes.» Le tout, sous l’œil vigilant de l’architecte des bâtiments de France.

Le prix de l’exemplarité

Quels sont les projets ? Couronnée d’un Trophée Apajh en 2007 pour l’ensemble de sa politique du handicap -tourisme, transports, logements, travail-, Sélestat a préempté une maison mitoyenne de l’hôtel de ville pour y installer un ascenseur. La municipalité affiche un taux d’emploi de 4,81 % d’agents handicapés. «Le gouvernement devrait donner lui-même l’exemple en recrutant 6 % de ses ministres parmi les personnes handicapées», ironise Charles Léopold.

Au cœur du centre ancien, dans l’îlot dit des Canards, la commune a mis à disposition du Nouveau Logis de l’Est, organisme HLM, des bâtisses en quasi ruines pour y construire 14 logements dont 8 adaptés, avec l’offre innovante d’un service d’auxiliaires de vie 24h/24. La barre est haute : le bailleur social doit conserver l’existant- dont l’intérêt architectural ne saute pas aux yeux- et respecter les normes HQE. Des travaux à 2.200 euros le mètre carré. Le prix de l’exemplarité.

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