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HANDICAP | 24/11/2008

Seine-Saint-Denis : traiter le « polyhandicap » avec une politique communale spécifique

par Catherine Maisonneuve

Pantin (Seine-Saint-Denis) l'annonce avec fierté: elle est la première ville d'Ile-de-France (hors Paris) à avoir signé, le 29 septembre 2008, une convention de partenariat avec le Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP). A la clé, une subvention de 192.700 euros sur trois ans. Objectifs: passer de 3,98% d'agents handicapés à 6%, mais aussi sensibiliser et former l'ensemble du personnel communal.

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Avec 1.800 agents, la mairie est le premier employeur de la ville. Pionnière, Pantin figure aussi parmi les pre­mières à disposer d’un rapport annuel de la commission communale pour l’accessibilité: en mai 2008, le conseil municipal a approuvé 4 diagnostics accessibilité menés sur 97 bâtiments communaux, 100 commerces, 22 km de voirie (sur 46) et les transports desservant la com­mune. Avec une addition plutôt salée: 10 millions d’euros de travaux.

Organiser les solidarités

Comme Pantin, de nombreuses banlieues se sont résolument engagées dans la mise en œuvre d’une politique communale en direction des personnes handicapées. Certaines ont d’ailleurs signé une charte Ville-Handicap. L’habitude d’organiser les solidarités. Mais, face à la loi handicap, leurs traits communs s’accusent : pauvreté et stigmatisation de la population, «  boulet   » des erreurs urbanistiques des années soixante, habitat dégradé, délinquance. Le constat est bien connu. Quand un ascenseur tombe en panne dans une tour en déshérence, ­l’habitant handicapé est doublement condamné. Reclus parmi les exclus. Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois (93), président de l’Association des maires Ville et banlieue de France raconte comment, dans le quartier de La Forestière, une bande de sept jeunes majeurs, connus et reconnus, sèment la terreur, rac­kettent et «terrorisent même des handicapés».

Mission impossible

Certaines banlieues s’en sortent, à l’image du Blanc-Mesnil (1) et d’Epinay-sur-Seine  (2). Pour les autres, «le débat est à porter», écrit Claude Dilain : «Com­ment peut-on espérer des villes qui ne bénéficient d’aucune recette - population peu imposable, peu d’entreprises implantées sur nos territoires donc peu de taxe professionnelle - qu’elles assurent leur mission de service public, à savoir les écoles, les gymnases, les bibliothèques, la voirie. de la même façon que les autres villes ?» En l’absence de recettes structu­relles, ces banlieues qui ne vivent que des dotations de l’Etat s’inquiètent de la réforme de la dotation de solidarité ur­baine (DSU) prévue au projet de budget 2009.
L’accessibilité passe probablement par la rénovation urbaine. Pour l’existant, les banlieues parent au plus pressé. Les échéances de la loi? Mission impossible. Les financements ne sont pas seuls en cause: délais des appels, manque d’efforts des concessionnaires -EDF, France Télécom- et, parfois, demandes contradictoires des habitants. Et des élus.

PROJECTEUR : «Aider les élus et mutualiser les bonnes pratiques»

Entretien avec Josette Saidani, membre du réseau Handicap Villes 93

 

Comment est né le réseau Handicap Villes 93?

Il s’est créé à l’initiative de responsables de missions handicap -ou de structures dédiées- de sept communes de Seine-Saint-Denis: Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Epinay-sur-Seine, Pantin, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis. D’autres villes l’ont rejoint, Tremblay-en-France, Montreuil, Clichy-sous-Bois, et nous comptons en accueillir d’autres du département.

Quels sont ses objectifs?

En matière d’accessibilité, il nous faut inventer mais aussi «faire avec» les moyens dont les communes disposent: le réseau nous permet de mettre en commun nos réflexions et nos expériences et nous nous efforçons de mutualiser nos bonnes pratiques. Il est aussi un relais pour les villes, le conseil général, les services de l’Etat, les associations et tous les partenaires concernés par le handicap.

Existe-t-il une spécificité de l’accessibilité dans les banlieues ?

Ici, les banlieues ont en commun le cumul des handicaps sociaux et économiques. Elles sont héritières de bâtiments et logements de médiocre qualité, voire dégradée, d’une voirie à repenser ou à rénover: les efforts à réaliser sont colossaux en matière d’accessibilité, au-dessus de leurs moyens en raison de la faiblesse de leurs ressources et de la baisse des dotations de l’Etat. Mais, en tant qu’experts, nous pouvons être force de propositions au moment des arbitrages, pour que les décideurs communaux ne baissent pas les bras alors que la loi est là, avec ses échéances.

Le Blanc-Mesnil concentre ses efforts sur le neuf

Mission ville handicap créée en 2002, diagnostic accessibilité entamé en 2004, charte Ville-Handicap signée en 2006, commission communale d’accessibilité mise en place en 2007. Le Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) a «bon» sur toute la ligne: 180 km de trottoirs ont été cartographiés par tronçons, entre deux passages piétons, grâce à un logiciel élaboré en interne (prix Action, innovation accessibilité 2005). «Nous avons beaucoup de rouge, déplore Frédérique Cousin, directrice de la mission ville handicap: la tâche est lourde et, pour passer au bleu et au vert, le manque de moyens nous contraint à un saupoudrage de petits travaux réalisés par les services techniques.»

Cent cinq établissements recevant du public (ERP) communaux ont aussi été en grande partie diagnostiqués, dont 18 écoles maternelles et 15 écoles primaires «pour la plupart construites au début des années soixante, et dont les dépenses d’entretien frisent l’insupportable, commente Yveline Levêque, directrice générale adjointe à la solidarité. Et la commune, pas spécialement endettée, mais avec peu de ressources -50% de la population ne paient pas de taxe d’habitation-, vient de faire un bond démographique (+10%), pour l’essentiel migratoire». Les échéances de la loi? «Elles ne sont pas réalistes, résume Phetmany Tanseri, adjointe au maire à la santé et aux personnes handicapées. Nous devons concentrer nos efforts sur le neuf, rénovation et construction, car nous ne pourrons pas financer la mise aux normes de l’existant».

Epinay-sur-Seine : utiliser le levier de la rénovation urbaine

A Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), l’accessibilité a été prise en compte avant la loi, dans le cadre d’un grand projet urbain (GPU) visant à corriger les erreurs urbanistiques du centre-ville, qui entremêlait dalles et coursives séparées de la rue. «Les travaux entamés dans les années 90 ont consisté à ramener l’accès aux bâtiments et aux logements au niveau du sol naturel», explique le maire, Hervé Chevreau.

Par ailleurs, quatre quartiers représentant 65% de la population -le centre-ville, Les Presles, Orgemont et le 77, avenue d’Enghien-, font l’objet d’un programme de rénovation urbaine (PRU)  «Les équipements publics de proximité (médiathèque, centres socioculturels, écoles.) sont concernés tout comme le logement, les espaces extérieurs et le commerce, explique le maire. En ce qui concerne les 85 établissements recevant du public (ERP) existants, nous venons d’achever notre diagnostic, ce qui va nous permettre une programmation de travaux.» Priorité étant donnée à la mairie elle-même, logée dans l’ancien château de Madame d’Epinay (XVIIIe siècle). Par ailleurs, en 2005, la commune a créé la mission handicap ville, nouveau service municipal, qui a réalisé une première étude auprès des professionnels et des associations afin de définir les besoins des personnes handicapées et de proposer des actions dans le cadre d’un programme pluriannuel. Et elle a mis en place une commission communale pour l’accessibilité, maintenue en 2008 pour les compétences non transférées à l’intercommunalité.

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