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Intégration | 18/05/2016
Un service civique pour sortir du bidonville
par Christelle Destombes
intégration-UNE © Vege-Fotolia

Des jeunes Roms en service civique à l’association les Enfants du canal interviennent dans les bidonvilles d’Ile-de-France au service de l’inclusion des Roms. Et de leur propre intégration.

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Roms : l’accueil en échec

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Quelques jeunes Roms invitent des passants de la place Edmond-Michelet à venir chambouler les préjugés, à l’occasion de la journée internationale des Roms le 8 avril 2016. L’action correspond à l’un des axes du service civique Romcivic, imaginé par les Enfants du canal (1) : « faire évoluer les représentations sur les Roms, combattre les préjugés », les deux autres axes étant : « soutenir les actions des familles et des associations pour l’inclusion des Roms » et « participer à des actions d’intérêt général, formatrices et citoyennes ».

Des pairs aidants

« L’idée germe quand nous avons vu que la circulaire d’août 2012 ne changeait rien à ce qui empêche les Roumains et les Bulgares de travailler », commente Christophe Louis, directeur des Enfants du canal (2). « Notre association engageait déjà des volontaires en service civique pour intervenir auprès des sans-abri. Les textes prévoient que tout communautaire européen peut effectuer un service civique, nous avons donc monté un programme d’action dans les bidonvilles, avec des jeunes Roumains, ­Bulgares et Français ». Depuis 2013, chaque année, vingt-cinq jeunes repérés par les associations partenaires participent au programme pour aider leurs pairs.

Formés pendant quinze jours aux bases de l’animation et du travail social, ils ont ensuite pour mission d’accompagner physiquement les personnes vivant en bidonvilles, dans toutes leurs démarches. À quatre ou cinq et toujours en binôme lors d’accompagnement à un ­rendez-vous, ils aident à la traduction, effectuent un travail d’animation et de préscolarisation auprès des enfants, assistent les bénévoles du Secours catholique, de MDM, de l’École dans la rue, etc. qui pallient sur le terrain l’inaction de l’État. Ils développent également les conditions d’hygiène dans les camps, notamment avec une laverie mobile.

Posture professionnelle

Parallèlement, les jeunes Roms sont accompagnés par une intervenante sociale dans leurs propres démarches d’accès aux droits : domiciliation, accès au logement et à l’emploi grâce aux partenariats développés avec la mission locale, l’AP-HP et la mairie de Paris… « Nous les préparons à acquérir une posture professionnelle de base. Le service civique est une passerelle : quand ces jeunes arrivent, ils ne connaissent pas les codes, ils sont inemployables. Au bout d’un an, ils sont en capacité d’entrer dans l’entreprise. Nous mettons tout en œuvre, en les formant à la citoyenneté, au vivre ensemble… », précise Christophe Louis. Tous les vendredis, les partenaires associatifs du projet viennent en effet les former, qui à l’éducation à la santé ou à l’égalité des sexes (planning familial, Crips), qui au secourisme, etc.

Soutenus par une maîtrise d’ouvrage urbaine et sociale, les Enfants du canal espèrent multiplier par deux le nombre de bénéficiaires. « C’est un beau challenge pour ces jeunes, nous avons un modèle pour les intégrer », souligne ­Christophe Louis.

DRÉlisa Riano, coordinatrice du projet

« Le principe, c’est qu’ils n’interviennent pas en tant que travailleurs sociaux »

« Je coordonne l’activité avec une animatrice socio-­éducative et une intervenante sociale qui accompagnent les jeunes afin que le service civique leur serve de tremplin pour sortir du bidonville. Le principe, c’est qu’ils n’interviennent pas en tant que travailleurs sociaux ; ce sont des volontaires. Leur responsabilité est limitée, toute décision d’accompagnement est supervisée par les bénévoles des associations présentes sur le terrain. Nous avons pris cette décision pour les protéger afin qu’ils ne soient pas assaillis de demandes, ni qu’on leur reproche l’échec d’une démarche. Ce sont des relais, pas des décisionnaires. Nous obtenons des résultats et nous les voyons évoluer : ils arrivent à parler de leur engagement, de ce qu’ils veulent pour eux-mêmes. Ils s’ancrent dans le temps, se projettent. Ce n’est pas évident quand on a adopté des mécanismes de survie et d’immédiateté pendant toute sa vie de s’ancrer dans quelque chose de durable et constructif. »

Note (01)

Contact : Les Enfants du canal, lesenfantsducanal@orange.fr, 01 43 21 72 42. - Retourner au texte

Note (02)

Partenaires : DRIHL, Dihal, région et département, Fondation de France, Fondation Abbé-Pierre, Open Society Foundations. - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 80 jeunes accueillis depuis 2013.
  • Sur les 40 sortis les 2 premières années, 17 ont accédé à l’emploi, 6 sont en formation rémunérée. En 2016, 30 jeunes ont été accueillis dont 19 Roumains, 3 Bulgares, 8 Français.
  • 24 heures de travail par semaine, pendant 10 mois pour une rémunération de 467 euros mensuels.

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