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Santé | 03/06/2016
Des éducateurs sportifs pour les malades chroniques
par David Picot
Laurent-Priss_educateur-sportif © J.Cl.Koch/Eurométropole Strasbourg

En lien avec des médecins, les éducateurs sport-santé proposent des séances à des patients en affection de longue durée. Une trentaine de villes se sont déjà lancées, et, en application de la loi Santé, un décret est attendu pour fin 2016.

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« Aujourd’hui, j’ai davantage l’impression d’être un acteur de la santé que du sport ». Laurent Priss (1) a toujours cette petite hésitation lorsqu’on l’interroge sur son activité professionnelle.

Sur le plan administratif, cet Alsacien de 54 ans est éducateur territorial des activités physiques et sportives (Etaps). Il est rattaché au service de la vie sportive de la mairie de Strasbourg (Bas-Rhin).

Sport sur ordonnance

Maître-nageur avant d’encadrer des techniciens au sein d’équipements sportifs, il a longtemps exercé cette fonction dans sa forme la plus classique. Sa carrière a toutefois basculé fin 2012. À cette époque, la ville lance son fameux dispositif de prescription de sport sur ordonnance. Laurent Priss devient alors le premier éducateur sport-santé. Il ne côtoie plus des hommes et femmes en recherche d’une pratique de loisir mais des malades chroniques engagés dans une démarche bénéfique pour leur santé. Un changement radical qui fait appel à des compétences spécifiques.

Aujourd’hui, l’expérimentation strasbourgeoise (2) est dupliquée dans une trentaine de villes françaises. Laurent Priss compte donc de plus en plus de confrères. Sans oublier toutes celles et ceux qui exercent dans des associations sportives sur des créneaux dédiés aux publics dits « à besoins particuliers » (diabétiques, hypertendus, patients, en surpoids…), dans le cadre du Plan national sport-santé-bien-être (SSBE).

Des formations sont bien apparues pour transformer des éducateurs sportifs en éducateurs sport-santé. Mais comme le glisse Laurent Priss, « il nous manque un cadre uniforme ». Lequel est justement en train d’être dessiné dans les discussions autour de la loi de santé du 26 janvier 2016.

Sous la pression du ministère des Sports, l’article L1172-1 a en effet reconnu le dispositif de sport-santé sur ordonnance. Par ce texte, le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à « la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical de patients en affection de longue durée (ALD) ». Soit, à l’échelle du pays, un potentiel de… 10 millions de personnes ! Il ne reste plus que le décret d’application, prévu fin 2016. Le fameux « cadre » décrit par Laurent Priss. Très attendu, il précisera notamment le niveau de formation requis et les compétences nécessaires aux éducateurs.

Lire aussi : Mettre en place le dispositif « Sport sur ordonnance »

Cerner le mode de vie et la motivation de la personne

L’Alsacien a bien bénéficié de quelques formations spécifiques ici ou là pour appréhender les spécificités des publics et l’adaptation des activités. Pour le reste, sa mue du sport vers le sport-santé s’est réalisée en douceur, sur fond d’empirisme avec un brin de savoir être, une dose d’empathie et une goutte de résilience. Sans compter que « je lis beaucoup d’études sur le sujet, ce qui me fait aussi progresser en anglais », sourit-il.

Ses « bénéficiaires », comme il les appelle, lui sont envoyés par les médecins, qui déterminent les critères d’inclusion au programme. À savoir : un surpoids, un diabète, une hypertension artérielle ou une maladie cardiovasculaire stabilisés ou un cancer en rémission. L’éducateur les reçoit dans son bureau du Stade de la Meineau. « La première fois, l’entretien s’étale facilement sur une heure voire une heure et demie », poursuit-il. « L’enjeu est d’appréhender la problématique de santé, les éventuelles maladies ou handicaps associés et plus généralement de bien cerner la personne, au niveau de son mode de vie et de sa motivation ».

Lire aussi : Lutte contre l’obésité : pourquoi les médecins prescrivent du sport à Biarritz

Adapter les exercices sportifs

Ensuite, il dresse « l’ordonnance » avec ses « principes actifs », en référence aux activités physiques proposées : notamment de l’aquagym, du rameur, de la préparation physique générale (PPG), du taï-chi, du qi gong et bientôt peut-être du stand up paddle en piscine, etc., à travers des cours collectifs.

« Au-delà de l’aspect purement technique, un éducateur sport-santé doit aussi savoir faire vivre ses cours pour ne pas lasser les participants », enchaîne-t-il. « Nous devons également nous assurer que la personne assimile bien l’exercice, ce qui peut être compliqué en présence de douleurs associées ou de co-maladies. Dans ce cas, bien sûr, il convient d’être en mesure d’adapter l’exercice ».

Sans oublier l’aspect coaching. « Aussi bien lors des entretiens que des cours, nous devons sans arrêt motiver les patients qui étaient totalement sédentaires. À nous donc de trouver les ressorts pour qu’ils s’accrochent et commencent à percevoir les améliorations ».

Assigné dans le contrat local de santé (CLS), l’objectif est « de remettre en route le patient, de l’accompagner et de le rendre autonome », décrit Laurent Priss, fier « d’exercer un métier très valorisant de par le retour que nous avons des gens ».

Lire aussi : Activité physique sur ordonnance : du sport plutôt 
que des médicaments

Un reste à charge de 20 à 100 euros par personne

Sur la période 2015-2020, le budget annuel global du dispositif sport-santé sur ordonnance à Strasbourg s’élève à 241 150 euros. Intégré dans le contrat local de santé (CLS), il est principalement financé par la ville (149 950 euros – 62 %), l’agence régionale de santé (41 200 euros - 17 %), le régime local d’assurance-maladie (20 000 euros – 8 %) et la direction régionale de la jeunesse des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS – 12 000 euros – 4 %). « Il faut compter entre 200 et 250 euros par patient intégré », évalue le Dr Alexandre Feltz, adjoint à la santé. « Avec un reste à charge entre 20 et 100 euros, par personne, selon les revenus ». Depuis novembre 2012, près de 1 100 personnes ont bénéficié de cette expérimentation.

Sensibilité sociale

Compte tenu du nombre de personnes potentiellement concernées en France (10 millions), « c’est surtout un métier d’avenir », enchaîne le Dr Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé publique et initiateur de ce dispositif. L’occasion pour lui de dresser le portrait-robot de l’éducateur santé-sport qu’il aimerait voir émerger des discussions ministérielles : « sur le plan de la personnalité, c’est quelqu’un qui a une forte sensibilité sociale. Il doit être à l’écoute. Sur le plan technique, j’en distinguerai de deux types : d’une part, des professionnels avec un niveau universitaire (Master 1 ou 2) orienté APA-S (pour activité physique adaptée et santé) pour établir les protocoles en lien avec le médecin généraliste. Et, d’autre part, des animateurs disposant du brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS) Sport-santé pour réaliser les cours ».

Quant au pilotage, il devra revenir, selon lui, au service des sports. « Toutes les villes n’ont pas de service santé. Il serait délicat d’alourdir les schémas pour des collectivités qui seront déjà en première ligne en matière de financement des programmes », conclut le Dr Feltz. Lequel rêve toutefois de services sport-santé dans toutes les mairies. De cette façon, Laurent Priss n’hésiterait plus sur sa profession…

 

© ARS Bretagne Hélène Kurz, chargée de mission ARS Bretagne

« Nous attendons beaucoup du décret d’application »

« Depuis mai 2015, l’agence régionale de santé (ARS) de Bretagne propose aux clubs sportifs et autres associations (de patients…) qui s’engagent à développer une offre à disposition des malades chroniques, de signer une charte sport-santé-bien-être. « Étant donné la spécificité des publics ciblés, nous avons créé des formations pour les professionnels qui encadrent les séances », explique Hélène Kurz, chargé de mission au sein de l’ARS. « Mais nous attendons beaucoup du décret d’application de la loi santé pour clarifier la situation et donner un cadre au niveau national ». À ce jour, 45 structures adhèrent au principe et 210 éducateurs ont été formés. L’ARS s’efforce également d’inciter les médecins à prescrire de l’activité physique et à diriger les patients vers les signataires de la charte. »

Note (01)

54 ans, fait partie des quatre éducateurs sport-santé du dispositif de sport sur ordonnance à Strasbourg. Il est aussi expert auprès de la Haute Autorité de santé (HAS), qui élabore les recommandations sur la prescription médicale d’activité physique chez un malade chronique. Titulaire d’une maîtrise Staps, il était auparavant maître-nageur-sauveteur (MNS). - Retourner au texte

Note (02)

Service promotion de la santé et de la personne (mairie de Strasbourg) : 03 68 98 51 22. - Retourner au texte

Approfondir le sujet

« Retrouver sa liberté de mouvement », J-F. Toussaint, 2008, PNAPS-Plan national de prévention par l’activité physique, ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.

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