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Insertion | 10/06/2016
Si l’accueil des Roms est possible à Gardanne, c’est possible ailleurs
par Christelle Destombes
Caravane-UNE © Aleksey_Stemmer-Fotolia

Depuis 2012, la municipalité de Gardanne a mis à disposition un terrain pour accueillir une centaine de Roms. Une solution transitoire pour travailler sur leur insertion.

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Roms : l’accueil en échec

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Lorsqu’en septembre 2012, Gardanne (Bouches-du-Rhône) a vu débarquer douze familles roms expulsées d’un bidonville de Marseille, la première réaction n’a pas été des plus chaleureuses…

Un petit groupe de citoyens presse alors le maire, Roger Meï (PCF) d’autoriser ces familles à demeurer sur le territoire communal, au Puits Z, sur le carreau d’un ancien puits de mine.

Charte de bonne conduite

La ville met à disposition des mobile-homes et caravanes récupérés notamment par la fondation Abbé-Pierre, viabilise le terrain et fournit eau, toilettes et électricité.

Une présence médicale est assurée par les services de la PMI et de Médecins du monde. En contrepartie, une charte de bonne conduite doit être signée par les familles. Elle prévoit le respect de la législation, l’interdiction de la mendicité sur le territoire, le respect des installations : « La chose principale qu’on demandait, c’est que les enfants soient scolarisés. Le maire est un ancien instituteur… », explique Georges Felouzis, directeur du CCAS.

Une assistante sociale est recrutée à temps plein en janvier 2013, pour accompagner les quelque 90 personnes dans leurs démarches d’accès aux droits, de scolarisation des enfants, de suivi médical, etc.

Le collectif associatif et la mairie travaillent de concert. « Au début, les rumeurs les plus folles ont circulé. Les Roms avaient mangé le chameau d’un cirque, les cambriolages se succédaient, etc. alors que la police ne constatait aucune recrudescence de criminalité », assure Didier Bonnel, coprésident du Collectif Roms de Gardanne (1).

Collectif Roms de Gardanne

Il s’est constitué en association loi 1901. Il rassemble 200 adhérents et sympathisants d’origines diverses (Attac, LDH, Secours catholique, Rencontres tsiganes, Aumônerie des gens du voyage, etc.) et une quarantaine de bénévoles sur le terrain.
Il a développé comme axes spécifiques la scolarisation des enfants, les questions sanitaires et sociales, la sécurité, l’accès à l’emploi et au logement.

 

Les choses se sont apaisées, car tout le monde a respecté sa part du contrat. « Nous avons travaillé à leur insertion pour que le bidonville disparaisse… Il était clair dès le départ que l’hébergement au Puits Z ne pouvait pas être considéré comme une solution pérenne. Nous avons trouvé, non sans difficulté, des emplois pas toujours bien payés, mais il faut procéder par étapes : emploi signifie ouverture de droits, allocations diverses et possibilité d’accéder au logement ».

Pas sûr de réussir

En avril 2016, il reste trente-trois personnes au Puits Z. Les deux tiers ont quitté le site via des dispositifs d’intégration, deux familles ont intégré un programme européen, une famille est partie dans un petit village en Lozère, où les attendaient une maison, un emploi, et un maire ravi de pouvoir conserver son école… Deux jeunes couples ont intégré un logement en résidence sociale, une famille est retournée en ­Roumanie, etc.

Reste à trouver une solution pour celles, les moins faciles à intégrer, toujours au Puits Z. « Le maire n’enverra pas les bulldozers, mais nous ne sommes pas sûrs de tout réussir dans les mois qui restent », témoigne Didier Bonnel.

En attendant, pendant quatre ans, les familles ont été protégées, les enfants scolarisés et les personnes autonomisées. Le 11 juin, une fête est prévue pour affirmer que « si c’est possible à Gardanne, c’est possible ailleurs »…

© Christian PirozzelliGeorges Felouzis, directeur du CCAS

« Si tout le monde s’y met, on ne parlera plus des Roms en France dans cinq ans »

« C’est une forme de bidonville, organisé certes, mais qui n’a jamais été pensé pour être pérenne… Nous n’avons pas construit de village d’insertion, et le maire a un projet industriel pour le site (une ressourcerie). Nous n’avions pas de moyens financiers, même si la préfète à l’égalité des chances nous a aidés (services techniques et financement).
Nous n’avons rien obtenu de l’Europe en revanche alors que les dossiers exigent énormément de temps et d’énergie. Je n’ai pas de conseiller technique dédié aux demandes de financement, ceux qui travaillaient sur le sujet étaient dans l’accompagnement sur le terrain !
Je regrette qu’il n’y ait pas plus de volonté publique : les mairies ont tous les moyens techniques à leur disposition. Avec un coût annuel de 100 000 euros (électricité, eau, cantine gratuite, achat de matériel, benne, salaire de l’assistante sociale et du médiateur), l’accompagnement coûte moins cher que les expulsions et les frais d’avocat…
Si tout le monde s’y met, on ne parlera plus des Roms en France dans cinq ans. »

Note (01)

Contact : contact@coll-roms-gardanne.org - Retourner au texte

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