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[Tribune] Social | 17/06/2016
De l’utilité des CCAS – Nathalie de Lacoste, directrice du CCAS de Livry-Gargan
par La Rédaction
Nathalie-de-Lacoste_ccas-livry-gargan-UNE © CCAS Livry-Gargan

Alors que s’ouvrent les 39es rencontres de l’ANCCAS à Amiens « Du doux rêve aux dures réalités » et alors que la réforme territoriale interroge profondément le cadre des centres communaux d’action sociale, Nathalie de Lacoste, directrice du CCAS de Livry-Gargan, entend montrer que cette structure est un maillon essentiel du travail social au plus proche des citoyens. Et invite les responsables politiques à ne pas le négliger.

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On entend souvent dire des CCAS (centres communaux d’action sociale) qu’ils servent juste à organiser le repas des anciens et distribuer quelques aides dont on voit mal la pertinence. Et d’ajouter que le social coûte cher, qu’il relève du département, et qu’à bien y réfléchir, on ne peut rien faire pour les pauvres, que leur situation ne changera jamais…

Certes, il existe des exemples pour chacune de ces situations, mais combien de contre-exemples, combien de personnes qui se sont relevées, combien d’enfants sauvés de situations dramatiques, combien de personnes devenues dépendantes prises en charge grâce à l’intervention d’un travailleur social au sein d’un service départemental ou d’un CCAS ?

Il est plus facile de clamer que le social ne sert à rien, que de se demander comment le rendre plus efficace dans son accompagnement et ses pratiques.

Accompagnement de la personne fragilisée

Le travail social a pour objectif d’accompagner la personne ou la famille fragilisée pendant un moment de son parcours de vie, pour l’aider à sortir de la situation difficile dans laquelle elle se trouve et lui permettre de retrouver son autonomie. Bien sûr, certaines personnes, certaines familles ne parviendront pas à entrer dans un tel processus.

Le sens du travail social sera alors de stabiliser leur situation et de mettre en place les conditions optimales pour assurer à chacun le respect de sa dignité humaine.

Parce qu’il se fait au contact des personnes, le travail social est avant tout de terrain et local. De par sa proximité avec les populations, le CCAS participe pleinement de cette dynamique. Finalement, à quoi sert un CCAS ?

Ce que dit le droit à propos du CCAS

L’article L123-5 du code de l’action sociale et des familles (CASF) dispose que le CCAS :

  • anime une action générale de prévention et de développement social dans la commune, en liaison étroite avec les institutions publiques et privées ;
  • peut intervenir sous forme de prestations remboursables ou non remboursables ;
  • participe à l’instruction des demandes d’aide sociale. Il transmet les demandes dont l’instruction incombe à une autre autorité ;
  • peut créer et gérer les établissements et services sociaux et médicosociaux ;
  • peut, le cas échéant, exercer les compétences que le département a confiées à la commune.

L’article R123-1 du CASF ajoute que les CCAS procèdent annuellement à une analyse des besoins sociaux de l’ensemble de la population qui relève d’eux, et notamment ceux des familles, des jeunes et des personnes âgées, handicapées ou en difficulté.

Ces éléments factuels décrivent des missions, mais ils ne donnent pas une vision globale du rôle des CCAS. Ils ne disent pas le sens et le cœur de leur action.

L’accueil

Le cœur de métier du CCAS est avant tout d’accueillir. Le CCAS est le lieu de rencontre entre les personnes en difficulté d’une commune, et leurs élus. Les agents publics en assurent la médiation.

Pour que le CCAS remplisse ce rôle de contact, des conditions optimales doivent être réunies :

  • un personnel formé et soutenu ;
  • des locaux adaptés ;
  • des outils pour faciliter la gestion.

Ainsi les agents de premier accueil, souvent exposés à des situations lourdes psychologiquement ou difficiles à gérer, doivent être l’objet de toutes les attentions. Ils ont besoin d’un encadrement de terrain au quotidien, pour les soutenir.

De plus, les dispositifs sociaux et les aides sont très divers. Au milieu de cela, la mission des agents est de discerner la demande réelle des personnes qui viennent au CCAS pour bien les orienter. Il est donc nécessaire de les former pour qu’ils acquièrent une posture professionnelle et une bonne connaissance des dispositifs et des acteurs sur le territoire. On privilégiera les formations :

  • à l’accueil (écoute, empathie, patience, prise de recul, gestion des émotions, gestion du stress, gestion de l’agressivité…) ;
  • à la connaissance des dispositifs sociaux (RSA, FSE, FSL, CAF, CPAM, MDPH…) et des aides ;
  • à la connaissance des acteurs du territoire (associations, hébergement…) ;
  • aux outils informatiques et aux process de gestion.

La qualité de l’accueil donnera tout son sens au CCAS.

Le diagnostic social

Le second métier du CCAS est de diagnostiquer la demande. L’agent de premier accueil doit évaluer si la situation nécessite une information, une réorientation vers un autre service, l’instruction d’un dossier de demande, ou un entretien plus approfondi.

Ainsi l’accueil comprend un premier niveau de diagnostic. Le second niveau d’analyse s’effectuera par un travailleur social (par exemple CESF) qui déterminera une orientation plus précise.

L’instruction des demandes d’aides

Le troisième métier du CCAS est d’instruire les dossiers d’aides, qu’elles soient légales ou facultatives.

Dans cette logique d’accueil et de porte d’entrée, le CCAS peut avoir une activité d’instructeur de dossier au service des administrés, et se positionner ainsi comme le principal centre de proximité d’« administration sociale ». Il deviendrait alors logique que le champ d’action du CCAS s’élargisse et qu’il instruise des dossiers pour le compte de la CPAM, de la CAF, de la CNAV, etc.

Le CCAS attribue aussi directement des aides facultatives à sa population. Ces aides peuvent être coûteuses. Souvent, elles sont considérées comme un outil central des CCAS, mais ce n’est peut-être pas l’action la plus pertinente. Il convient que ces aides demeurent facultatives, donc ponctuelles et plutôt liées à l’urgence des situations.

L’observation

La connaissance de la population et de ses besoins est le quatrième métier du CCAS.

Faire de l’accueil le cœur de métier du CCAS n’est pas neutre. Cela donne une connaissance de terrain de la population, qui pourra être croisée avec la connaissance statistique issue de l’analyse des besoins sociaux et de l’observatoire social.

Rapprocher les données statistiques et les données d’accueil, aussi bien quantitatives que qualitatives, permet de mieux définir et dimensionner la politique sociale de la commune.

Ces analyses faciliteront notamment la coordination des acteurs du territoire ou l’installation de nouveaux acteurs pertinents, en fonction des besoins identifiés. Ce lien avec les autres protagonistes de l’action sociale passe par des réunions, des échanges de pratiques, des structures de coordination.

Bien entendu, les services sociaux de secteur en font partie. Mais la coordination elle-même peut être portée par le CCAS.

En effet, le CCAS n’est pas une institution qui agit en lieu et place des organismes existant sur un territoire : il a pour mission de faciliter leur activité ou leur installation en fonction des besoins perçus.

C’est la raison pour laquelle l’accueil est primordial, qu’il doit être de proximité et de qualité, car il alimente la vision de la politique sociale.

Un outil politique à ne pas négliger

Les CCAS possèdent aujourd’hui cinq missions propres :

  • l’accueil social ;
  • le diagnostic social de 1re ligne et l’orientation vers l’accompagnement plus spécialisé ;
  • l’instruction de dossier, donc l’accès aux droits ;
  • l’observation des évolutions de la population sur le territoire et l’analyse de ses besoins ;
  • la mise en place de réponses opérationnelles aux besoins sociaux de la population et la coordination locale des acteurs.

Le CCAS est un établissement public précieux pour connaître et toucher la frange la plus vulnérable de la population du territoire. Bien utilisé, il peut être intéressant pour alimenter la politique sociale de la ville, efficace dans l’aide aux personnes fragilisées, et finalement pas si coûteux. C’est un outil que les responsables locaux ne devraient pas négliger…

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  1. Merci pour cet article, qui tombe à point alors qu’à la fois certaines communes disent vouloir arrêter leur CCAS (un exemple repéré dans le 35) et que l’Etat central veut leur donner un nouveau rôle.
    Dommage que ne soit pas évoqué l’avantage d’un CA comportant une petite moitié de membres de la scoiété civile, ce qui en fait une véritable commission extramunicipale, et même plus, puisqu’il s’agit d’un Etablissement public

  2. Oui vous avez raison. La composition du CA des CCAS peut contribuer à en faire un outil souple, participatif et donc adapté à chaque territoire. C’en est la force.

  3. Bonjour,

    Moi-même Directrice d’un CCAS d’une ville de 20 000 habitants, je partage tout à fait cette analyse.
    En effet, l’accueil physique inconditionnel qu’offre le CCAS aux habitants d’un territoire est essentiel. Il devient très précieux dans un contexte ou l’accès aux droits est morcelé avec les gestions « en tuyaux d’orgues » que nous connaissons. Il demeure un lieu ou le lien reste humanisé à l’heure ou de plus de services sont gérés par des plates-formes téléphoniques ou via l’informatique.
    La question du lien social prend tout son sens à travers l’activité de cet établissement public administratif dont le législateur, dans sa grande sagesse, a voulu garantir une certaine indépendance en le dotant d’un Conseil d’administration mixte.
    On souhaite mettre en place aujourd’hui des politiques sociales territorialisées, le CCAS en est un acteur incontournable voir-même parfois le coordonnateur du fait de la grande connaissance et maîtrise de son territoire d’intervention.

  4. Votre article très intéressant ne parle que peu de la relation des CCAS avec le Département qui est chef de file de l’action sociale. Ce serait intéressant de voir quelles sont les articulations, coordinations et mutualisation entre ces deux institutions au niveau local…

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