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Travail social | 08/07/2016

Pour renforcer la transmission des valeurs républicaines, le rapport Thierry mise sur les professionnels

par Sophie Le Gall
Cerveau-Engrenages-Radicalisation-UNE © Pict_rider-Fotolia.com

À l'occasion de l'installation, jeudi 7 juillet 2016, du Haut Conseil du travail social, qui remplace le Conseil supérieur du travail social, Michel Thierry, vice-président sortant du CSTS et inspecteur général des affaires sociales, a remis son rapport « Valeurs républicaines, laïcité et prévention des dérives radicales dans le champ du travail social ». Ce rapport d'orientations, qui estime peu opportune l’adoption de nouvelles dispositions législatives, propose en revanche d'étoffer le bagage des travailleurs sociaux en s'appuyant sur une pédagogie concrète et en appelle à une charte de la laïcité concertée et bâtie par les professionnels eux-mêmes.

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Lutte contre la radicalisation des jeunes : les travailleurs sociaux en première ligne

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Dans leur lettre de mission à Michel Thierry, vice-président sortant du Conseil supérieur du travail social (CSTS), la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, et la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville, soulignaient que si les travailleurs sociaux « sont parfaitement conscients de leur rôle dans la transmission des valeurs républicaines », ils sont confrontés à des phénomènes de radicalisation « qui interrogent leurs pratiques » et dont il est nécessaire que « l’appareil de formation se saisisse ».

Le groupe de travail présidé par Michel Thierry, composé de membres du CSTS, d’experts, notamment des universitaires désignés par l’Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis), et de représentants d’administrations concernées, s’est ainsi concentré sur l’actualisation de la formation initiale.

Développer une pédagogie concrète

Le « défi central » à relever, souligne le rapport, est celui d’une pédagogie « très concrète », « largement construite sur l’alternance théorie/pratique », afin de mettre de futurs professionnels plus à l’aise pour affronter des questions difficiles, « dans un tissu social qui se délite ». Il s’agirait, notamment, de renforcer l’enseignement de l’interculturel, de l’immigration et du droit des étrangers.

Les centres de formation aux métiers du social peuvent aussi être des « écoles d’engagement », estime l’auteur du rapport, qui propose d’encourager « les projets juniors concrétisant la gestion d’actions de solidarité », au cours de la formation, par les étudiants eux-mêmes.

Un module obligatoire de formation à la laïcité

Le rapport propose la mise en place d’un module « obligatoire » de formation sur la laïcité intégrant une approche anthropologique du fait religieux (sans entrer dans le contenu des religions), le développement de formations portant sur les questions de laïcité dans la gestion des ressources humaines ainsi que la mise en place de référents spécialisés sur les questions d’éthique et de déontologie dans les structures, notamment au sein des collectivités.

Éviter toute stigmatisation

Le rapport souligne que « l’appréciation d’un risque de basculement (vers la radicalisation) ne peut se concevoir qu’en recourant à une méthode reposant sur un faisceau d’indices », qui vise à éviter toute stigmatisation, telle que celle proposée par le Comité interministériel de prévention de la délinquance.

Par ailleurs, il propose de s’appuyer sur les modes d’action collective « pouvant recréer un sentiment d’appartenance et la volonté de faire des projets, en s’appuyant sur les familles prêtes à coopérer sur des enjeux de scolarisation et d’insertion des enfants », en prenant soin d’y associer les jeunes filles, souvent première victimes d’isolement social.

De la même façon, la lutte contre le complotisme passe, estime l’auteur, par des actions multiformes et multimédia de sensibilisation et d’animation auprès des jeunes, « portant tout autant sur les sujets politiques […] que sur les loisirs, la création et la convivialité ».

Une charte de la laïcité bâtie par les professionnels eux-mêmes

Même s’il existe déjà de nombreuses chartes ayant trait à la laïcité, la situation reste « floue », souligne le rapport, notamment « en raison de la prépondérance de la gestion associative, qui rend malaisée une définition suffisamment homogène d’un élément essentiel de la laïcité qu’est le principe de neutralité ».

Michel Thierry estime « peu opportune », l’intervention de nouvelles dispositions législatives et plaide pour une charte « largement concertée, largement bâtie par les professionnels eux-mêmes ». Cette démarche serait « la démonstration que les travailleurs sociaux peuvent traiter par eux-mêmes de l’irruption du fait religieux et des problèmes qu’elle pose sans renier leur éthique professionnelle ».

Par ailleurs, Michel Thierry alerte, à plusieurs reprises, sur l’affaiblissement « paradoxal », dans la crise que traverse la France, de la prévention spécialisée, tendance qui « justifierait à elle seule un rapport d’analyse ».

Les recommandations opérationnelles du feu Conseil supérieur du travail social

Lors de sa dernière réunion, en décembre 2015, le CSTS (devenu le Haut Conseil au travail social), a diffusé un avis, « La Laïcité, un principe fondamental du travail social », une série de recommandations opérationnelles visant à épauler les travailleurs sociaux dans leurs pratiques. Cet avis invite à mieux apprécier le principe de laïcité, rappelle le principe de neutralité, consistant à « observer, étudier objectivement et respecter, sans porter de jugement de valeur », ainsi que le principe d’impartialité, au nom de l’égalité de traitement, et enfin, l’interdiction de tout prosélytisme.

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  1. …Tiens tiens …. subitement, « on » réaliserait l’importance des travailleurs sociaux ,et « on » se préoccuperait de reconnaître , puis de développper leurs compétences ????

  2. Or de question
    Encore un moyen de nous responsabiliser alors que depuis des années on reclame une revalorisation de nos diplomes et des salaires qui tirent vers le bas
    Ras le bol !

    Nos salaires sont pris en otage dans des conventions 55/66 qui ne tiennent absolu ment pas compte du travail enorme qu on accomplis chaque jour !

    Aphp ecole a fermé et de nombreuses autres ecoles de formation sont en déficit budgétaire.

    Ce metier est dur et epuisant
    Rien pour nous !

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