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Social | 23/09/2016
L’Odas invite les départements à refonder leurs modes d’intervention sociale
par Audrey Minart
aide_sociale-travail_social-UNE © Fotofabrika-Fotolia.com

Inspiré d’une recherche-action menée avec dix-huit départements et d’une étude, l’Observatoire national de l’action sociale vient de rendre un rapport sur le développement social et la nécessaire adaptation des modes d’intervention sociale. Il insiste sur l’importance d’une approche transversale des besoins, sur la territorialisation, et sur la nécessité d’une bonne observation qui doit devenir une priorité départementale. Autant de points qui nécessitent de redéfinir le rôle des professionnels dont seulement 6% du temps est aujourd’hui consacré aux actions collectives.

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Dans un contexte où les dépenses liées aux allocations (RSA, APA, etc.) représentent 46 % des dépenses nettes d’action sociale, contre 13 % il y a trente ans, de moins en moins de crédits sont alloués aux innovations sociales.

Le risque, pour l’Observatoire national de l’action sociale (Odas), serait que les départements se restreignent aux seules fonctions gestionnaires au lieu de « développer les interventions précoces afin d’éviter l’aggravation des difficultés ». D’où la nécessité pour les départements de « refonder leurs modes d’intervention sociale ».

C’est l’ambition du développement social qui « propose de consolider la solidarité de droits par le développement d’une citoyenneté active et la revitalisation des solidarités naturelles » (famille/voisinage…), via des initiatives de tous ordres : culturelles, éducatives, festives ou encore sportives.

Une approche plus transversale des besoins

Le rapport défend d’abord une approche plus transversale des besoins, et donc un décloisonnement des services (médicosociaux, sociaux, et au-delà). L’objectif : articuler davantage les politiques sociales et celles de l’aménagement, de la culture, du développement économique, de l’éducation, et dépasser la logique de « publics » pour une approche par projet, à travers des « problématiques » : autonomie, enfance/famille, insertion/lutte contre la pauvreté. Cette évolution est déjà en cours, mais elle mériterait d’être renforcée selon l’Odas, notamment du côté des PMI qui persisteraient dans une « logique de publics […] au détriment d’une logique de prévention globale ».

Le rapport insiste aussi sur l’intérêt d’une direction unifiée, sur un territoire, pour impliquer les élus dans la définition des orientations sociales et éviter la « dispersion des responsabilités » ou la logique « de silos » (enfance, personnes âgées…). Et de remarquer que les élus ayant engagé des initiatives concrètes sur le développement social sont souvent ceux qui ont une délégation globale sur la solidarité.

Des découpages géographiques façonnés par les projets

Si le mouvement de territorialisation, qui vise à adapter les politiques locales aux besoins spécifiques de chaque territoire, est déjà bien engagé, le rapport observe que ce qui fonctionne le mieux jusqu’ici consiste à procéder à des découpages géographiques qui soient façonnés par les projets.

Il évoque en sus l’impératif des partenariats (avec les CAF, MSA, Carsat…) pour mutualiser les moyens, mais aussi les connaissances et méthodologies.

Cependant, dans les dix-huit départements étudiés, des stratégies d’évitement, voire d’affrontement, auraient été observées avec la diminution des moyens. Les coopérations avec les communes (CCAS) resteraient quant à elles encore assez incertaines, même si elles devraient à l’avenir se multiplier.

Le rapport insiste aussi sur l’intérêt de créer un véritable dialogue autour de la stratégie départementale avec les différents services, acteurs, et même avec les usagers et le reste de la population. Ce qui existe déjà, mais de manière marginale.

Redéfinir le rôle des professionnels

Autre constat : le développement de la logique de projet et la nécessité de l’approche globale des situations des familles, conduisent à un besoin de redéfinition du rôle des professionnels de l’accueil et de l’accompagnement des personnes.

Mais si certains départements ont introduit des assouplissements, le travail social reste généralement organisé en fonction des secteurs d’intervention. Pourtant, « la transdisciplinarité ne gomme pas les spécificités entre différents métiers, mais vise à les articuler ».

Constatant que seulement 6 % du temps de ces professionnels est aujourd’hui consacré aux actions collectives, le reste allant au suivi individuel, l’Odas considère pourtant que le travail social doit remplir un rôle stratégique pour définir le projet social du territoire. Il faudrait mieux reconnaître « sa responsabilité d’impulsion et de médiation », car « la statistique en soi n’est rien sans l’éclairage des acteurs de terrain pour en interpréter le sens ».

« Faute de reconnaissance concrète des causes et conséquences de la précarité et de la détresse, il s’avère difficile d’élaborer des propositions pertinentes en direction des décideurs politiques. »

D’une logique de métier à une logique de mission

Pour aider ces professionnels à dépasser les seules approches individuelles, le rapport pointe l’importance de la formation. L’idée serait de passer d’une logique de métier à une logique de mission, et ainsi briser les cloisonnements professionnels au profit d’une approche globale des besoins.

Il s’agit aussi « de s’accorder sur une logique d’apprentissages, faite de tentatives, voire de tâtonnements, qui se distingue considérablement de la culture dominante des administrations ».

Le rapport recommande en fait une « reconnaissance » et une « organisation claire et concrète du droit à l’erreur ».

Concernant le mode d’encadrement de ces projets, il faudrait en outre des « mécanismes beaucoup plus coopératifs », mais aussi faire en sorte que les cadres des différents départements échangent davantage, pour mieux se connaître. Ce qu’a déjà permis, à la marge, la recherche-action à la base du rapport.

L’observation « véritable priorité départementale »

Enfin, l’Odas va jusqu’à élever l’observation au rang de « véritable priorité départementale », face à des besoins nouveaux et polymorphes et « pour s’engager dans une dynamique de prévention globale des risques sociaux, territoire par territoire ».

Il faudrait mettre en place des outils d’observation, transversaux eux aussi, car l’observation, notamment des attentes réelles, doit précéder la décision, et l’action. 94 % des départements sont déjà engagés dans l’organisation de cette fonction.

Mais en matière d’observation, comme d’action d’ailleurs, la politique sociale serait rarement pensée, excepté le développement économique, dans sa compatibilité avec d’autres politiques (habitat, ville, sport, etc.). Il y aurait plus généralement, remarque l’Odas, un déficit d’articulation entre observation thématique et observation des territoires.

Faciliter la compréhension par les habitants des politiques menées

Autre critique : l’observation se focaliserait surtout sur les difficultés, et moins sur les ressources des territoires, pourtant mobilisables dans le cadre de projets de développement social.

Il serait aussi nécessaire de prendre en compte autant les besoins des publics que ceux de toute la population, et encourager les collaborations entre les différentes institutions et administrations.

Autant de défis cruciaux selon l’Odas, pour qui la réussite du partenariat d’action est conditionnée par la réussite préalable du partenariat d’observation. Celui-ci aurait aussi l’intérêt, selon l’Odas, de faciliter « la compréhension par les habitants des politiques menées », et donc de permettre à la démocratie locale de s’épanouir, tout en renforçant la légitimité démocratique des élus.

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