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[Entretien] Social | 07/10/2016

« Les CCAS sont la petite lumière à laquelle les plus précaires vont frapper quand ils n’ont plus d’espoir » – Joëlle Martinaux, présidente de l’Unccas

par Laurent Thoviste
OP_Martinaux-Joelle_Unccas © Unccas

L’UNCCAS a tenu les 29 et 30 septembre à Clermont-Ferrand son 68e congrès sur le thème "Défis mondiaux-impact local : les CCAS face à l’effet papillon". Joëlle Martinaux, sa présidente, pointe les nouveaux défis auxquels sont confrontés les CCAS, ''petite lumière à laquelle les plus précaires vont frapper quand ils n'ont plus d'espoir''. Revenant sur la réforme territoriale, elle estime qu’il faut laisser aux territoires de la souplesse pour s’organiser au mieux selon les situations locales. Tout en prônant une meilleur prise en compte des besoins sociaux dans les politiques publiques.

Joëlle Martinaux est adjointe au maire de Nice, déléguée à la solidarité, aux affaires sociales et aux handicaps. Elle est présidente de l’UNCCAS depuis le 25 septembre 2014.

L’Unccas a fêté ses 90 ans. On vous sent malgré tout inquiets pour votre avenir.

Après 90 ans d’existence, on peut effectivement parler d’expérience. Nous avons pendant toutes ces années vécu bien des réformes dont la dernière en date sur l’organisation territoriale de la République.

De nouveaux défis sont apparus avec tout récemment l’impact des phénomènes climatiques, la question des réfugiés et bien évidemment la question des attentats que j’ai malheureusement eu à vivre directement.

Les dispositifs se sont multipliés au point qu’une personne âgée peut par exemple avoir jusqu’à huit interlocuteurs.

Tout ceci a un impact sur nos structures car le CCAS c’est la vie quotidienne des gens. Nous sommes les traits d’union entre les usagers et les administrations, même si certaines ne nous prennent pas toujours en compte.

Vous pensez à l’élaboration des schémas de domiciliation ?

C’est un bon exemple. Nous avons de bonnes relations de travail avec Ségolène Neuville et son ministère. Si nous avons été entendus sur de nombreux points, des difficultés demeurent car la domiciliation ne se résume pas à fournir une adresse. C’est aussi tout un accompagnement social et humain.

Les CCAS sont parfaitement outillés pour le faire mais il faut qu’on nous en donne les moyens sinon ce sera au détriment d’autres missions tout aussi importantes. Tout le monde doit jouer le jeu. Les CCAS, car ils sont l’échelon de proximité, mais pas seuls.

La réforme territoriale n’a-t-elle pas contribué à clarifier les rôles ?

La réforme en soi a du bon car elle oblige à se renouveler et à penser autrement. Nous sommes favorables à des regroupements intercommunaux s’ils permettent de mieux agir. Les CCAS savent d’ailleurs mutualiser et ils le faisaient avant la loi « Notre ». Il faut laisser aux territoires la souplesse de s’organiser.

Si le CCAS n’est pas l’unique solution partout, il faut néanmoins une action sociale sur tous les territoires pour que chaque citoyen ait la garantie d’être accueilli quand il est dans le besoin. Nous serions d’ailleurs pour que chaque commune présente un plan social d’urgence pour indiquer comment elle répond aux besoins sociaux de son territoire.

Quel rôle peut jouer l’analyse des besoins sociaux que certains voulaient faire disparaître au nom de la simplification ?

On en revient à la souplesse. Obliger toutes les communes à faire une analyse annuelle, sans leur donner les moyens, ce n’est pas raisonnable. Faire une analyse en début et en fin de mandat est une bonne chose. Cela dit, les analyses thématiques complémentaires sont aussi importantes. L’analyse des besoins sociaux (ABS) permet de faire ressortir les problématiques les plus importantes du territoire, de les objectiver et d’évaluer l’impact de notre action. Mais il faut aller au-delà. Il faut que l’ABS soit prise en compte dans les autres politiques publiques, les schémas d’urbanisme par exemple.

À quelques mois des élections présidentielles, quel message adressez-vous aux candidats ?

Apporter des réponses à la misère sociale doit être une priorité. Il faut une injonction aux territoires d’agir. Mais cela ne peut pas dépendre seulement des territoires. L’État doit jouer son rôle. De notre côté, je le dis : nous serons là. Parce que les CCAS sont la petite lumière à laquelle les plus précaires vont frapper quand ils n’ont plus d’espoir. Et nous devons faire en sorte collectivement que cette lumière ne s’éteigne jamais.

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