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Maintien à domicile | 14/10/2016
Technicien coordinateur de l’aide psychosociale à l’aidant
par Nathalie Levray
aidant familial-UNE © Ocskay-Bence-Fotolia.com

Depuis 2010, l’université de Bordeaux forme des travailleurs sociaux pour accompagner les aidants familiaux. Un métier qui peut s’exercer à domicile ou en structure et permet une meilleure coordination des acteurs.

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Mentionné pour la première fois dans la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, défini dans le « Guide de l’aidant familial » édité par le ministère du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité en 2007, promu un des pivots de la refondation de l’aide à domicile par la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, l’aidant familial s’intègre de plus en plus au parcours de la personne aidée comme clé de son projet de vie, en devenant un point d’appui incontournable des professionnels médicosociaux ou le complément bon marché des politiques publiques.

Ainsi reconnu, cet acteur – 8,3 millions de personnes en France, selon les enquêtes Handicap Santé (DRESS, INSEE, 2008) – a également fait son entrée dans le monde de la formation à l’université de Bordeaux (1) en partenariat avec l’Institut de santé publique, épidémiologie et développement (Isped). Depuis 2010, une licence professionnelle prépare des travailleurs sociaux au métier de technicien coordinateur de l’aide psychosociale à l’aidant (TC Apsa) en formation initiale ou continue.

Ni assistant social, ni psychologue

Sarah Mayorgas (2) exerce ce métier au sein de l’équipe de soutien aux aidants à domicile (Esad) du service Domcare de la fondation Bagatelle, la Maison de santé protestante de Bordeaux (Gironde) : « mon rôle est d’accompagner l’aidant dans le labyrinthe administratif, sanitaire et social, de soulager son angoisse en répondant à ses interrogations et en proposant des solutions adaptées aux besoins du couple aidant-aidé ».

Les qualités d’écoute et la capacité de reformuler sont primordiales. Le TC Apsa travaille sur la qualité de vie et chemine avec les familles et les proches de personnes présentant une dépendance liée au handicap, à une maladie chronique et/ou au vieillissement pathologique.

« Nous ne sommes ni des assistants sociaux, ni des psychologues ; nous nous situons à mi-chemin. » Une précision que Sarah Mayorgas doit parfois rappeler aux professionnels extérieurs qu’elle côtoie pour insérer harmonieusement son travail dans la chaîne des interventions auprès d’une personne aidée. Sa mission n’est pas limitée dans le temps. C’est la stabilisation de la situation, par la mise en place de solutions, ou plus malheureusement un décès, qui conduit à mettre fin à son action.

Développer la formation continue

« De telles formations n’existent nulle part ailleurs », indique Valérie Bergua, maître de conférences psychogérontologie à l’université de Bordeaux.
Les 1res Assisses internationales de la recherche sur l’aidance, tenues début juillet, ont montré l’importance des besoins.
Une bonne moitié des 62 TC Apsa formés entre 2010 et 2013 sont d’ailleurs en poste. « Pour les cinq prochaines années, la formation est ajustée pour s’ouvrir à l’international et développer la formation continue ».
Des recherches sont en cours pour confirmer la plus-value de leur intervention dans le cadre des services d’aide à domicile.

Les TC Apsa ont une mission d’accompagnement

Figure de proue de l’Esad – aux côtés d’une secrétaire, d’une assistante sociale, d’un psychologue, d’un ergothérapeute – Sarah Mayorgas intervient sur sollicitation d’un service institutionnel, d’un médecin, d’un service d’aide à domicile, voire de l’aidant lui-même. Ses connaissances des problématiques psychosociales des aidants, en santé publique, en droit et en gestion, sa maîtrise du maillage territorial sanitaire et social et des missions de chaque professionnel, la rendent capable d’apprécier l’environnement du binôme aidé-aidant et de développer les actions nécessaires.

Son premier travail est d’analyser le contexte, d’évaluer les besoins et les difficultés psychosociales, de repérer le risque d’épuisement. À cet effet, elle utilise plusieurs outils : le Zarit, le Papsa (plan d’accompagnement psychosocial de l’aidant) spécialement mis au point par l’Isped et les étudiants de la licence pro, et la version française de l’échelle du CESD (Center for Epidemiological Studies Depression).

Son intervention est centrée sur l’aidant même si elle prend évidemment en compte la situation de la personne aidée. Elle établit un diagnostic (problèmes financiers, domicile à aménager, besoin de répit, etc.), et sollicite, si besoin, un des professionnels de l’Esad. Le sens de l’organisation et l’esprit d’équipe lui sont nécessaires.

« Je n’ai pas eu à justifier ma présence dans l’équipe. Je coordonne les interventions et la répartition se réalise naturellement », témoigne-t-elle. Elle peut aussi orienter l’aidant vers un autre professionnel ou une autre structure. Elle l’informe et lui explique les recours possibles, le rôle des institutions et des professionnels. « Ma mission d’accompagnement est large. Je peux, par exemple, visiter une maison de retraite avec les personnes. Cela les rassure », sourit la technicienne coordinatrice.

Ne pas émietter le social

« La singularité de l’Esad et du TC Apsa est de ne pas s’intéresser à une pathologie en particulier mais de travailler avec les personnes sur le phénomène de détresse qui les touche, quelle que soit la maladie ou la situation », explique avec passion Olivier Frézet, directeur du service Domcare, et promoteur actif de ce nouveau métier.

Selon lui, il revient au TC Apsa d’« éviter les ruptures, souvent causes d’hospitalisation en urgence ». Dans cette optique, l’équipe d’intervention intervient de façon souple, dans les 24 heures, dans l’objectif de « ne plus émietter le social ». Mais la sollicitation en période de crise est souvent trop tardive. « Il faudrait intervenir plus tôt », estime Olivier Frézet. De la sorte, l’aide apportée au « couple aidant-aidé pour construire un projet de vie le plus longtemps possible à domicile » serait plus efficace.

C’est avec cette idée en tête que le directeur et ses équipes ont mis au point une grille simplifiée pour faire évaluer la fragilité de l’aidant par les professionnels de santé et les intervenants à domicile.

Neuf items permettent de repérer aisément des signes d’alarme : perte d’appétit, problème de sommeil ou relationnel, etc. En cours de test avec le personnel du service de soins infirmiers à domicile et les auxiliaires de vie d’une association locale d’aide à la personne, la grille de fragilité est également éprouvée en milieu semi-rural dans un établissement pour personnes âgées dépendantes. Car ce métier n’est pas cantonné au domicile. Sarah Mayorgas le confirme : « Il peut s’exercer dans n’importe quelle structure dès lors qu’il y a un aidant ».

« Nous revisitons le médicosocial » – Olivier Frézet, directeur du service Domcare

« L’environnement joue un rôle fondamental dans la santé. Soutenir l’aidant, c’est aplanir les difficultés et améliorer les conditions de vie des personnes dépendantes et leur santé globale.
Nous revisitons le médicosocial en réécrivant les fonctions sociale et sanitaire. L’agence régionale de santé (ARS) a financé notre action d’approche psychosociale à titre expérimental en 2014.
En 2015, la structure a intégré le programme personnes âgées en risque de perte d’autonomie (Paerpa) de Bordeaux et l’ARS nous finance jusqu’au 31 décembre 2017.
Les mutuelles et les caisses complémentaires de retraite sont des partenaires potentiels car elles ont intérêt à ce dispositif qui, par sa volonté d’intervention le plus en amont possible avant même la maladie ou la dépendance, a un impact bénéfique sur les dépenses en aval qu’elles doivent exposer. »

Note (01)

Lieu de la formation : Bordeaux, Campus Victoire, 3 ter place de la Victoire, 33072 Bordeaux Cedex. Inscription : les dossiers de candidature sont disponibles sur le site www.u-bordeaux.fr (rubrique : Études/Inscriptions) de début avril à fin mai. Contacts : coresponsable de la licence professionnelle, Valérie Bergua, valerie.bergua@u-bordeaux.fr ; secrétariat pédagogique, Christine Fourloubeyx, christine.fourloubeyx@u-bordeaux.fr, 05 57 57 18 63. - Retourner au texte

Note (02)

Sarah Mayorgas, 23 ans, est diplômée de la licence professionnelle en juin 2014. Elle exerce à Bagatelle depuis octobre de la même année. Titulaire d’un BTS sanitaire et social, elle a été séduite par ce métier de contact, tourné vers les aidants familiaux. - Retourner au texte

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