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Zoothérapie | 21/10/2016
Les intervenants en médiation animale offrent un complément thérapeutique
par Audrey Minart
chien-enfant_handicape-zoothérapie-UNE © F. Beiger

La zoothérapie, ou thérapie par médiation animale, gagne de plus en plus d’établissements sociaux et médicosociaux. Si elle n’est pas encore reconnue officiellement, les formations se développent.

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« La zoothérapie n’est pas un métier mais une spécialité », précise ­François Beiger, fondateur et directeur général de l’Institut français de zoothérapie (IFZ). En effet, pour pratiquer la thérapie par médiation animale, il est nécessaire d’exercer auparavant un métier dans le secteur de la santé, du social ou du médicosocial.

Ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes, psychologues, psychiatres, infirmières, assistantes sociales, éducateurs, ou encore médecins peuvent donc choisir de se former pour compléter leur panel d’approches.

© F. BeigerFrançois Beiger, 71 ans, est né en France avant de s’expatrier au Canada. Éthologue et spécialiste de la relation homme-animal, il a notamment travaillé avec les Inuits et les chiens polaires. Découvrant la zoothérapie au Canada, il a fini par l’importer en France en 2003.

La zoothérapie, une thérapie alternative

Née en Amérique du Nord, la zoothérapie y serait déjà pratiquée et étudiée depuis une petite trentaine d’années. En France, la pratique, plus souvent connue sous le terme de thérapie par médiation animale, est un peu plus récente, une quinzaine d’années, et n’est pas encore véritablement reconnue institutionnellement.

Plusieurs instituts et associations interviennent cependant déjà dans des établissements du secteur social et médicosocial, voire dispensent des formations. Il ne s’agit, précisons-le, que d’un complément thérapeutique, dans le cadre d’une approche plus globale. « La zoothérapie ne guérit pas. Ce n’est pas une médecine. Juste une thérapie alternative. »

Les publics auxquels elle s’adresse sont une grande diversité : personnes atteintes d’Alzheimer, d’autisme, d’un handicap mental ou psychique (burn-out, dépression…), concernées par l’exclusion sociale, ou simplement personnes âgées.

Les établissements pouvant accueillir ce type de pratiques sont donc assez divers : centres hospitaliers, établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), maisons d’enfants à caractère social (Mecs), instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (Itep), instituts médico-­éducatifs (IME), maisons d’accueil spécialisées (MAS) pour personnes handicapées, foyers d’accueil médicalisés (FAM), etc.

Quid des conditions d’hygiène ? Si ces questions ne posent pas nécessairement de problèmes dans les établissements non médicalisés, les règles sont bien évidemment plus strictes en milieu hospitalier, lieux où les chiens d’aveugle sont a priori les seuls autorisés à entrer, à l’exception des chambres de patients ou salles de soins.

Selon François Beiger, une convention doit donc être signée avec ces établissements, et une clinique vétérinaire doit examiner les animaux concernés tous les trois mois (vaccins, etc.), pour s’en porter garante. Mais les activités peuvent aussi, dans certains cas, avoir lieu en dehors de ces établissements.

Communication non verbale

Quel intérêt de faire intervenir un animal ? On pourrait le résumer en une phrase du pédopsychiatre américain Boris Levinson, pionnier de cette pratique dans les années 1950, et citée sur le site de l’association de médiation animale Umanima : « l’animal ne se nourrit pas d’attentes idéalisées envers les humains, il les accepte pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils devraient être ».

Pour François Beiger, l’animal est un médiateur qui nous permet de travailler sur des objectifs thérapeutiques établis par ailleurs. Parfois, l’interaction peut remplir un objectif « moteur ». Par exemple, brosser un chien peut permettre de faire travailler les poignets d’un patient qui n’est plus en mouvement depuis un certain temps. Il peut aussi convaincre une personne âgée de sortir… « Le kinésithérapeute va chercher à provoquer le mouvement », explique François Beiger.

Dans d’autres cas, l’objectif est davantage d’ordre psychologique, et permet de travailler auprès des jeunes en IME ou en Itep. « On va les responsabiliser en les chargeant de s’en occuper, en leur faisant comprendre qu’ils en sont capables. Cela peut aussi les aider à se revaloriser lorsqu’ils manquent d’estime de soi. » Dans le cas des patients atteints d’autisme, l’animal peut aider à travailler sur la communication non verbale. « Il faut créer la rencontre… On peut aussi travailler sur le corps de l’animal, pour aider la personne à prendre conscience du sien. »

Dans une pathologie où le rapport au corps est en effet réputé problématique. Une telle intervention peut également être mise en place hors institution, dans un cadre naturel de préférence, auprès de personnes en burn-out ou dépression. L’idée, toujours, est de restaurer un lien de confiance, l’animal, dans le non-jugement, intervenant comme facilitateur.

Bientôt un métier ?

Si la zoothérapie n’est pas officiellement reconnue comme « métier », Emmanuel Doumalin, fondateur de l’association Umanima y travaille. Après l’élaboration d’un protocole de formation, une convention tripartite a été signée avec le ministère de l’Enseignement supérieur québécois, et Askoria, un organisme français de formation aux métiers de l’intervention sociale. Une première promotion a commencé la formation à temps plein, qui durera huit mois. « Ils suivent actuellement des modules pour compléter leur métier de départ, psychologie pour les infirmiers, physiologie pour les éducateurs… Ils enchaîneront sur six mois de formation méthodologique. » À la clé : l’obtention d’une certification française, mais aussi un titre professionnel… québécois.

Créer une relation avec l’animal

Être médiateur animal ne s’improvise pas. À l’IFZ, les formations ont une durée moyenne de 150 heures, déclinées en plusieurs modules théoriques et pratiques d’une semaine, chacune adaptée à une problématique précise : autisme, personnes âgées, etc. L’une d’entre elles, spécialisée sur « l’équitation thérapeutique et éthologique », est dispensée par des professionnels formés en éthologie humaine et animale, notamment sous la direction du psychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik.

« On leur apprend aussi à former l’animal », ajoute François Beiger. Car lui aussi doit connaître son rôle, et c’est au professionnel, qui en est le propriétaire, de s’atteler à son éducation. Et tous les animaux n’ont pas forcément les mêmes qualités.

Pour François Beiger, les chiens, que l’on forme généralement à partir du cinquième mois, sont de bons compagnons de route, et notamment les bergers australiens. « C’est un chien de travail, qui connaît les responsabilités. » Il cite également d’autres races telles que le Golden Retriever, le Border Collie, ou encore le caniche moyen « qui apprend très vite », et qu’il faudrait « réhabiliter ».

Autre animal apparemment plébiscité : l’âne. « Très intelligent, mais aussi très têtu. » Ce qui peut être utilisé, en miroir, dans l’interaction avec un patient, particulièrement rétif à la thérapie. Il est également possible de travailler avec des chevaux, ou des lapins…

Mais quoi qu’il en soit, il est crucial de créer une véritable relation avec l’animal qui doit devenir un véritable « binôme ». Et que faire quand certains patients ou bénéficiaires ont des comportements violents, même si c’est inconsciemment, à son égard ? « C’est extrêmement rare, mais cela arrive… Dans ce cas, il faut protéger l’animal. On ne développe pas la zoothérapie à son détriment. »

« Les chiens ont permis de créer du lien entre résidents » - Samuel Montenon, animateur-coordinateur au centre hospitalier Chambéry Métropole Savoie

« Nous avons mis en place des animations avec les animaux au sein de l’Ehpad Les Berges de l’Hyères. Deux intervenants de l’association Présence animale, accompagnés de deux ou trois chiens, sont venus à plusieurs reprises. Les animations avaient lieu dans les couloirs, mais aussi dans les chambres. Nombre de résidents ne bougent plus beaucoup, et donc quand un chien passe, ils tendent naturellement le bras. Cela donne du sens aux gestes, et permet d’évacuer le stress. C’est très relaxant. On leur propose de caresser les chiens, qui peuvent même leur monter dessus. Les chiens ont permis de créer du lien entre résidents, qui se sont mis à discuter d’eux. Nous prévoyons la mise en place du même type d’interventions sur un autre site, Le Césalet, dès le mois d’octobre. »

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