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[Points de vue] Développement durable | 18/11/2016
La démarche RSE suppose un bouleversement organisationnel
par Nathalie Levray
développement-durable-UNE © Malp-Fotolia

Les travaux de recherche de Sandra Bertezene et trois ans de pratiques pour Catherine Boutet et Geneviève Delacourt aboutissent au même constat : une connexion bénéfique entre humain et développement durable. Pour préserver la dynamique, le pilotage doit être partagé.

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Développement durable : un levier de performance

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Sandra Bertezene est professeure titulaire de la Chaire de gestion des services de santé au Cnam de Paris. Elle est co-auteure de « Manager la RSE dans un environnement complexe. Le cas du secteur social et médico-social français ». Catherine Boutet est ingénieure génie sanitaire, direction Santé publique-santé environnement, et Geneviève Delacourt est directrice des soins, conseillère technique régionale en soins à l’agence régionale de santé (ARS) de Normandie.

Pourquoi se saisir d’une démarche développement durable et en quoi impacte-t-elle la prise en charge des personnes ?

Sandra Bertezene : La responsabilité sociétale des établissements et des services (RSE) qui est l’application du concept de développement durable (DD) au sein des organisations semble incontournable aujourd’hui. Les établissements ont tout à y gagner. Centrée sur la personne accueillie, la RSE enrichit naturellement le processus d’amélioration continue de la qualité et les actions pour la bientraitance. En s’adressant aux autres parties prenantes, institutions et tutelles, familles, salariés, opinion publique, etc., elle répond aux attentes économiques, écologiques, sociales et sociétales. Dans le médicosocial, ce n’est pas une contrainte supplémentaire mais une démarche volontaire dans un processus non coercitif. Chaque établissement peut travailler à son rythme et sans pression. Les impacts bénéfiques sont qualitatifs, quantitatifs et financiers au sein de l’établissement : moins d’absentéisme, d’accidents du travail et de turn-over. Nous manquons encore de résultats de recherche sur l’impact à l’égard des résidents, mais d’ores et déjà les personnels soulignent l’amélioration de la communication et des relations tant avec eux qu’avec les familles et les proches.

Geneviève Delacourt/Catherine Boutet : Les sujets environnementaux sont très présents dans le secteur de la santé. C’est le premier consommateur tertiaire d’énergie dans la région (18 %) et le premier émetteur de gaz à effet de serre. Les établissements sanitaires ont sollicité les équipes de l’ARS de Basse-Normandie pour des conseils sur les critères liés au développement durable de la certification HAS V2010. Les établissements médicosociaux étaient demandeurs d’accompagnements pour les diagnostics énergétiques. C’est le levier performance via l’énergie qui donne des résultats les plus immédiats. Il ne faut cependant pas négliger le volet pédagogique. Les sessions de formation organisées par l’ARS et l’Ademe contribuent à améliorer les connaissances et favorisent la montée en compétences des salariés, sur la gestion ou la maîtrise de l’énergie, sur le chauffage au bois, la maîtrise des contrats de maintenance ou la réduction du gaspillage alimentaire et le tri des déchets. Les actions orientées vers l’environnement et l’économie sur les énergies fossiles influent indirectement sur la qualité de l’accueil des usagers, et l’amélioration du cadre de soin ou de vie que ce soit par le confort ressenti dans un bâtiment ou un plan de déplacement qui facilite l’accès à l’établissement.

Quels sont les leviers à l’échelle territoriale ? Et les freins ?

SB : Le meilleur levier est la conviction profonde des dirigeants des structures. S’y ajoutent les compétences, les savoirs, le savoir-faire et les talents au sein des services et des établissements qui sont autant de ressources efficaces. L’amélioration de l’image institutionnelle et de la qualité des prestations ainsi que la réduction des coûts motivent souvent les cadres et les dirigeants. La RSE est aussi vue comme un outil de gestion pour réduire les gaspillages de ressources. La logique de coconstruction inhérente au DD implique des partenariats et un ancrage territorial, avec des fournisseurs et des associations locales par exemple. Mais il peut être compliqué de rencontrer ces relais territoriaux, parfois éparpillés. Au plan national, des agences comme l’Anap ou l’Ademe interviennent dans leur domaine respectif de la performance ou de l’environnement. Le manque d’évaluation de l’impact financier peut freiner la démarche, tout comme le manque de moyens financiers et de temps.

GD/CB : Travailler de façon transversale démultiplie les leviers d’action et le comité de pilotage régional nous y aide. L’ARS s’est tournée vers l’Ademe régionale, partenaire technique indispensable. L’accord-cadre de partenariat, signé par les deux directions en novembre 2013, est le premier en France. Il a permis d’organiser une démarche régionale structurée en proposant de façon collective aux établissements de réduire les consommations d’énergie de 3,8 % par an et l’émission de gaz à effet de serre de 1,2 % par an, de développer les achats responsables et de favoriser la conception et la construction de bâtiments Haute qualité environnementale. L’ARS s’appuie sur les fédérations hospitalières engagées dans le DD, relais important auprès des établissements. Leurs organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) sont des partenaires pour les formations. De leur côté, les établissements ont intérêt à activer leur réseau et à rencontrer leurs collègues, les collectivités et les acteurs du tissu local. Les retours d’expérience sont un fort levier de conviction, et un moyen efficace pour comprendre le DD au quotidien et lever les réticences liées aux idées reçues de complexité et de coûts.

Comment convaincre de l’intérêt d’une démarche RSE et la valoriser ?

SB : La démarche RSE suppose un bouleversement organisationnel fort. Les portes d’entrée sont nombreuses et il n’est pas nécessaire de lancer des actions simultanées tous azimuts. Il faut commencer par s’interroger sur les envies et les valeurs au sein de l’établissement et privilégier ces axes dans un projet qui, de toute façon, va évoluer dans le temps. La mise en place se réalise lentement, il faut expliquer, sensibiliser et former toutes les équipes. Ce délai permet aux parties prenantes d’intégrer à leur rythme la réflexion qui ensuite rayonnera. Dans les faits, une organisation apprenante apparaît, et les pratiques changent au contact des uns avec les autres. La transparence, l’autonomie et la confiance sont les maîtres mots dans les échanges. Ensuite, il faut montrer que ça ne coûte pas et que ça rapporte, donc pouvoir évaluer et présenter les résultats. Pour préserver la dynamique à long terme, le pilotage doit être partagé et les indicateurs choisis, alimentés et traités par tous. La mesure du capital immatériel non pris en compte dans la comptabilité, par exemple la valorisation financière des connaissances et des savoirs qui ne sont pas propres à l’entreprise, est un enjeu fort pour l’avenir.

GD/CB : L’idée est de mettre à disposition des autres ARS et Ademe régionales les contenus techniques et les formations ainsi que les outils créés depuis trois ans. La communication et l’accompagnement sont deux pivots essentiels. Il faut vulgariser le sujet, l’intégrer dans les démarches d’amélioration de la qualité de l’établissement. Pas de coercition mais plutôt une incitation, dans un cadre réglementaire évolutif. La RSE est une opportunité de renforcer la rentabilité, de donner du sens à l’action en fédérant autour d’un projet commun. Le dialogue avec les établissements, l’analyse des certifications HAS, l’expression des professionnels des services techniques, permettent d’identifier les besoins et les attentes, et de proposer des actions adaptées. Dans un premier temps, il faut viser ce qui est facile à réaliser, un équipement de régulation de chauffage par exemple, avec un retour rapide sur investissement. Les diagnostics énergétiques groupés financés ces deux dernières années pour 21 établissements privés et 141 bâtiments du secteur public doivent maintenant être concrétisés par un programme d’action. L’évaluation doit servir à rendre compte et à mieux valoriser les actions. Le prochain renouvellement de l’accord-cadre de partenariat avec l’Ademe prévoira la création, le partage et le suivi d’indicateurs DD.

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