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Addictions | 16/12/2016
Le référent de parcours vise plus que le soin
par David Picot
addiction-UNE © M. Schuppich-Fotolia

À Casa 65, la prise en charge de l’usager de drogues s’élargit au volet psychosocial. Le référent de parcours accompagne l’individu dans la mise en œuvre de son projet individuel.

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« J’ai le nez dans la paperasse » ! ­Stéphane Régis, 47 ans, est assistant social au sein de Casa 65 (1), centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) situé à Tarbes (Hautes-Pyrénées). L’établissement vient d’achever une phase de réorganisation de ses services, marquée par la création d’une nouvelle fonction : celle de référent du parcours de l’usager. Elle est exercée par les deux assistants sociaux : Stéphane Régis et Clémence Le Lann.

« Au départ, il était envisagé de créer un poste de coordonnateur du parcours de l’usager », explique Isabelle ­Loubradou, la directrice de Casa 65. « Mais étant donné la taille de notre structure, nous avons estimé que c’était un peu prématuré ». Elle fait référence à une équipe pluridisciplinaire comprenant treize salariés dont huit équivalents-temps plein (ETP) : médecins, infirmières, psychologues, assistants sociaux et personnels administratifs.

Troubles addictifs

La file active est composée de 337 personnes dont 128 en primo-accueil (76 % d’hommes et 24 % de femmes). Au total, une sur cinq a moins de 25 ans, 30 % ont entre 25 et 49 ans et la moitié restante est âgée de 40 ans et plus. Toutes souffrent de troubles addictifs : alcoolisme, toxicomanie, tabagisme et/ou d’addictions comportementales (jeu…). Il s’agit de personnes dans des situations sociales et économiques très variables », poursuit Isabelle Loubradou. « Mais de par l’offre de soins sur le territoire, nous constatons que les personnes les plus insérées ont tendance à aller à l’hôpital. Notre centre accueille donc une proportion plus importante d’usagers en grande précarité. Nous sommes également la seule structure du département autorisée à délivrer gratuitement des traitements de substitution des opiacés ». De la méthadone en l’occurrence.

Projet individualisé

La fonction de référent du parcours de l’usager est officiellement en place depuis le 1er juillet 2016. « Chaque professionnel joue un rôle défini et complémentaire par rapport aux autres membres de l’équipe, dans une logique de transdisciplinarité », définit la directrice. « Nous sommes dans une perspective d’accompagnement médico-psycho-social. Cette fonction s’exerce dès la première étape, de l’accueil et comprend l’élaboration et le suivi d’un projet individualisé ». Voilà pour la théorie.

En pratique, tout commence effectivement au moment où l’usager passe la porte de Casa 65. « Avec ou sans rendez-vous, nous nous efforçons de répondre rapidement à la demande », enchaîne Stéphane Régis. Lequel a calculé que 80 % de ses premières entrevues ne faisaient pas l’objet d’une prise de rendez-vous préalable. Et que 80 % des rendez-vous calés n’étaient pas honorés… « L’objectif est d’établir le contact, sans forcément utiliser une grille de discussion. Nous écoutons la personne et essayons de la faire réfléchir sur les raisons de sa démarche à ce moment de sa vie. À la fin de l’entretien, elle remplit une fiche dans laquelle elle décrit sa situation, mais aussi ses objectifs, ses motivations, ses besoins, ses priorités. Puis ce qu’elle attend de nous ».

Une hausse de plus de 10 % d’usagers dans les CSAPA

En 2014, environ 290 000 personnes ont franchi la porte de l’un des 430 centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) que compte la France, une augmentation de 10 % par rapport à 2010. Près de 288 000 ont été reçu dans les 380 CSAPA qui accueillent leur public dans un cadre ambulatoire, de façon très ponctuelle ou pour un suivi au long cours. Les 2 000 autres usagers ont été accueillis dans les 50 autres CSAPA qui bénéficient d’un hébergement. L’alcool est cité par la moitié du public de ces structures comme le produit posant le plus de problèmes ; le cannabis par une personne sur cinq, tout comme les opiacés (y compris les traitements de substitution en mésusage).

Signature d’un contrat

À cette occasion, deux autres rendez-vous sont posés : l’un avec le médecin, l’autre avec le psychologue. L’ensemble de l’équipe se réunit ensuite lors de ce qui est appelé une « commission d’admission ». Si l’accompagnement de l’usager est considéré comme pertinent, un nouveau rendez-vous est fixé avec celui ou celle qui est devenu(e) son référent. Place à la formulation et à la rédaction du projet individuel, avec définition des étapes et des engagements réciproques. Un véritable contrat en somme même si le mot ne plaît guère aux usagers. « Le terme les stresse », reprend Stéphane Régis. « Leurs obligations restent ‘‘light’’ : honorer les rendez-vous, nous prévenir en cas d’absence ou de changement de situation et respecter les règles du centre. De notre côté, nous nous engageons à les accompagner de façon individuelle et à les informer de tout ce que nous mettons en place autour de leur demande ». Que ce soit avec les intervenants du centre bien sûr ou avec des partenaires extérieurs : centre médico-­psychologique (CMP), médecin de ville, hôpital, centre communal d’action sociale (CCAS) ou conseil départemental « pour tout ce qui est lié au revenu minimum d’insertion (RSA), par exemple ».

Le plus souvent, la demande repose sur la mise en place d’un traitement de substitution. En cas de dépendance à l’alcool, ce peut être le sevrage ou la volonté de mieux gérer la consommation. « Dans tous les cas, nous avons affaire à une volonté de changement », poursuit M. Régis. « Arrêter la drogue peut effectivement leur permettre de changer de vie mais encore faut-il qu’ils comprennent pourquoi ils sont dépendants à telle ou telle substance ». Un point d’étape est assuré tous les trois mois, avec l’usager et l’équipe.

Rigueur indispensable

À travers ce dispositif, Stéphane Régis est satisfait de constater que l’usager reste au centre : « il est acteur dans le sens où il rédige sa demande. L’écrit est important. De mon côté, les différents outils mis en place me permettent de renforcer mon positionnement éthique et déontologique. En réunion de concertation, je peux m’appuyer sur du solide pour faire part de mon insatisfaction sur tel ou tel cas. Cela me conforte. Auparavant, ce n’était pas le cas ».

En contrepartie, l’élaboration et la mise à jour des outils (fiches, rédaction des projets, tableau de suivi, définition des étapes…) sont très « chronophages. Comme c’est le cas dans tout nouveau dispositif, des ajustements sont à effectuer », poursuit l’assistant social. À ses yeux, la clé de la réussite réside dans l’actualisation des différents outils par l’ensemble des intervenants. « Maintenant, nous avons des échéances à respecter. Chacun doit dégager du temps et avoir la rigueur indispensable à la tenue des différentes procédures mises en place », conclut Stéphane Régis. Lequel le rappelle régulièrement à ses collègues médecin et psychologue. Avec patience et diplomatie.

« Être moins dans une relation soignant-soigné » – Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction

« La notion du parcours de l’usager figure au cœur de notre travail depuis plus de deux ans, intégrant le volet santé bien sûr mais aussi l’aspect social. À la fédération, nous planchons sur un projet intitulé ‘‘Usagers, trajectoires, santé et savoir expérientiel’’. Un groupe de travail est établi pour déterminer les pistes et les outils afin de promouvoir l’inclusion des personnes et de leurs savoirs dans les accompagnements. Plusieurs initiatives émergent ici et là en France. Courant 2017, nous organiserons des séminaires régionaux afin de les mettre en évidence avant la publication d’un guide. Le travail conduit au sein de Casa 65 s’inscrit pleinement dans cette démarche. La question du savoir expérientiel fait évoluer la manière dont le professionnel positionne son accompagnement, l’enjeu étant de se trouver de moins en moins dans une relation soignant-soigné ».

Note (01)

Contact Casa 65 : secretariat@casa65.fr - Retourner au texte

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