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GENS DU VOYAGE | 07/01/2011
Gens du voyage : pas à pas, le droit commun
par Olivier Berthelin

Les travailleurs sociaux encouragent de plus en plus les contacts directs entre les familles de voyageurs et les services de droit commun.

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Gens du voyage : les professionnels restent mobilisés

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Polémiques virulentes sur la sécurité et l’application de la loi « Besson » du 5 juillet 2000, confusion avec les Roms migrants… les gens du voyage ont occupé, malgré eux, une grande place dans l’actualité. « Cette agitation marque un net recul, car les familles qui commençaient à être en relation directe avec les services sociaux des communes et des départements prennent peur », déclarait mi-août, Hélène Beaupère, directrice de l’Adav 33 (1), association spécialisée dans l’accompagnement social des gens du voyage en Gironde. Au même moment, un bras de fer opposait un groupe de grands commerçants itinérants et la municipalité de Bordeaux au sujet du stationnement des caravanes. « Nous n’avons pas à prendre parti. Les organisations de gens du voyage savent porter leurs revendications sans nous. Notre rôle consiste à travailler sur leurs conditions de vie au quotidien, avec les familles et nos collègues des services de droit commun », précise Hélène Beaupère. Et d’insister sur les multiples missions techniques assurées par l’association, laquelle, dans les domaines de l’habitat, l’insertion et la santé, joue un rôle de soutien auprès des autres acteurs, sans prendre totalement en charge les familles.

Analyse

Points forts

  • L’émergence d’associations de plus en plus actives.
  • Les contacts directs entre les publics et les services sociaux de secteur.

Points faibles

  • Le manque de confiance des gens du voyage dans les institutions.
  • La méconnaissance de ces publics par les agents des services de droit commun.
  • Le manque de moyens des médiateurs.

« Nous préférons gérer directement le stationnement des grands groupes avec les préfets et les maires, sans passer par des médiateurs qui, dans la plupart des cas, n’ont pas le pouvoir de trouver des solutions », lance, de son côté, le pasteur Désiré Vermeersch, président d’Action grands passages (lire aussi l’encadré).

Ambiguïtés

« Pendant longtemps les associations spécialisées dans le travail avec les gens du voyage ont été les seuls intermédiaires entre les familles et l’administration : cela nous plaçait parfois dans des situations ambiguës aussi bien vis-à-vis des pouvoirs publics que des usagers », remarque Jean-François Restoin, directeur du groupement d’intérêt public Accueil des gens du voyage en Ille-et-Vilaine (AGV 35), créé en décembre 2008, en remplacement de l’association Ulysse 35.

Appui technique

Présidé par Jean-Yves Praud, vice-président du conseil général, le GIP associe les administrations concernées par les gens du voyage. « Nous avons des missions de service public tournées essentiellement vers l’appui technique aux acteurs des différents dispositifs », explique Jean-François Restoin. En fonction du choix des élus, chaque terrain d’accueil est géré soit en régie directe, soit par un opérateur privé ; le volet social, lui, est assuré par les travailleurs sociaux de secteur. De leur côté, les experts du GIP forment les intervenants et se positionnent comme des personnes ressources, en cas de besoin.

« Au début, les familles craignaient la disparition de services que l’association assurait uniquement pour les gens du voyage. Mais des relations de confiance ont été tissées avec le personnel des crèches et des centres culturels voisins des terrains », remarque le directeur du GIP. Néanmoins, si les travailleurs sociaux spécialisés passent de plus en plus de temps à faire le lien entre les usagers et leurs collègues chargés de tous les publics, leur rôle d’intermédiaire reste indispensable dans certains domaines, comme celui de la santé.

« La famille et la culture influent sur les soins médicaux. Une connaissance approfondie des mentalités est nécessaire pour nouer des relations de confiance sur des problématiques qui ont trait à l’intimité », indique Annie Egu, infirmière au GIP, qui poursuit l’action commencée par Ulysse 35. Une connaissance approfondie des mentalités est nécessaire pour nouer des relations de confiance sur des problématiques qui ont trait à l’intimité« Les gens du voyage ne souffrent pas de pathologies particulières. En revanche, celles-ci sont aggravées par des conditions de vie souvent très précaires et par le stress lié au profond sentiment de rejet qu’ils éprouvent », relève l’infirmière. Depuis les événements de l’été 2010, Annie Egu a d’ailleurs noté une augmentation sensible de la consommation d’anxiolytiques chez les familles qu’elle visite régulièrement depuis dix ans.

« Même sans eau ni électricité, les voyageurs accordent une grande importance à l’hygiène, ce qui limite les risques de maladies. Cependant, ils ont tendance à ne consulter le médecin que lorsque la douleur devient insupportable, à un moment où la pathologie est avancée », explique l’infirmière. Ce principe ne s’applique pas aux enfants, qui, eux, sont soignés à la moindre alerte. « Mais chez les familles en situation d’exclusion, l’attention portée à la santé des enfants se heurte parfois à la peur qu’ils soient retirés par les services de la protection de l’enfance. Elles n’ouvrent alors leur porte qu’à des soignants qu’elles connaissent et en qui elles ont confiance. Quant aux médecins, ils redoutent souvent que toute une famille débarque dans leur cabinet pour une simple consultation », ajoute l’infirmière.

Un travail d’explication et de lutte contre les peurs et les préjugés doit ainsi être assuré des deux côtés. « L’engagement très actif de la famille dans l’accompagnement des personnes malades a également des effets très positifs, constatés par les services hospitaliers notamment, lors des traitements lourds où le moral du patient est un facteur non négligeable », remarque Annie Egu. Une partie du travail de l’infirmière consiste précisément à informer les personnels hospitaliers sur les particularités de la culture des gens du voyage (2).

TÉMOIGNAGE

« Nous devenons des personnes ressources »

Stéphane Lévêque, directeur de la Fnasat (*)

« Nous passons de la prise en charge des familles à un accompagnement de nos collègues des services de droit commun. Il ne s’agit plus d’effectuer les démarches à la place des usagers, mais d’aider les assistants sociaux de secteur, les éducateurs et les soignants à comprendre les spécificités de ces publics. Nous devenons des personnes ressources dans des domaines juridiquement très complexes, comme l’habitat adapté ou la domiciliation. Notre tâche consiste de plus en plus à informer à la fois les travailleurs sociaux et les usagers. » 

NOTES

(*) La Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les gens du voyage.

Expérimentations

L’insertion par l’économie constitue un autre domaine où, à la demande des voyageurs, les associations spécialisées mènent des expérimentations innovantes. « Les usagers nous ont incités à organiser des formations aux métiers du bâtiment et à la taille des vignobles, sanctionnées par la validation des acquis de l’expérience », relate Fabienne Hétier, responsable de l’insertion économique pour l’Adav 33.

L’association a mis en place des actions ayant débouché sur un taux de réussite de 100 % pour l’obtention d’un diplôme décerné par le ministère du Travail, équivalent du CAP. Si, pour la taille des vignes, les voyageurs ont intégré des groupes de stagiaires de toutes origines, les contraintes liées aux activités des entreprises itinérantes ont nécessité des formations accélérées de 5 semaines, au lieu de 8 mois. « Entrepreneurs indépendants, ils ne peuvent cesser leurs activités pendant des périodes trop longues », fait remarquer la formatrice.

Cette évolution illustre le propos d’Isabelle Mérand, présidente du comité de pilotage de la journée nationale des gens du voyage, en clôture du colloque, le 18 novembre, à Troyes : « L’entrée dans le XXIe siècle nous ouvre de nouveaux défis, comme la sédentarisation, le plein accès à la citoyenneté et aux services du droit commun. » 

NOTES

(1) Association départementale des amis des voyageurs de la Gironde.

(2) Le réseau français des villes santé de l’OMS a élaboré un guide, La Santé des gens du voyage.

Le malaise des médiateurs

Travailleurs sociaux missionnés par les préfets, les médiateurs départementaux des grands passages ont pour tâche d’organiser le stationnement des grands groupes et de gérer les conflits entre les voyageurs et les collectivités. Une mission d’autant plus délicate qu’ils ne disposent généralement pas de terrains leur permettant d’éviter les conflits et de proposer des solutions. Ni les maires qui s’opposent aux stationnements ni les responsables de groupes qui doivent trouver des lieux d’étape ne tiennent compte de leurs avis. Dans de rares départements, comme l’Ille-et-Vilaine, les médiateurs bénéficient, sous l’autorité du préfet, des moyens des services de l’Etat et du conseil général. Aucun conflit majeur n’a été enregistré depuis 2003. Cette expérimentation a servi de modèle à la création d’un groupement d’intérêt public, qui met en contact les services sociaux et de santé avec les gens du voyage.

Approfondir le sujet

Fiche technique

Opérateurs :  Adav 33, AGV 35, Action grands passages, Fnasat.

Financement : Collectivités, Etat, CAF, mécénat. Participation des usagers aux frais pour des actions comme l’aide à l’administration des microentreprises.

Contacts : Fnasat / Adav 33, tél. : 01 40 35 00 04. - AGV 35, tél. : 02 23 27 04 35.

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