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Santé | 17/02/2017
Pour l’art-thérapeute, ce qui compte c’est ce qui se crée
par Laure Martin
Régine-Razavet-art-thérapeute-UNE © Patricia Marais

L’art-thérapie permet aux personnes en situation de fragilité de ''garder le lien à l’autre et d’exprimer des choses en soi''. Régine Razavet les guide dans cette démarche.

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«L’art-thérapie s’adresse à des personnes qui ont avant tout des problèmes de communication, de relation ou encore d’expression », explique de sa voix calme et posée Régine Razavet, art-thérapeute depuis une vingtaine d’années.

« Nous intervenons auprès de personnes d’âges variés, souffrant de difficultés psychiques et/ou psychologiques ou en situation de fragilité : maladie, vieillissement, handicap, exclusion sociale, dépendance, traumatisme. L’objectif final va toujours être identique peu importe la problématique qui les concerne : garder le lien à l’autre et exprimer des choses en soi », précise-t-elle.

L’art se met au service du soin pour stimuler les facultés d’expression et de communication d’une personne et pour dynamiser ses processus créatifs.

Régine Razavet

Après l’obtention d’un DU à la faculté de médecine de Tours (Afratapem), elle a travaillé auprès de personnes en fin de vie, de personnes atteintes de maladies graves, d’adultes et d’enfants psychotiques, de personnes ayant des addictions. Actuellement, elle travaille dans une association qui accueille des personnes en insertion (Aeri) et dans les hôpitaux de jour Salneuve et Georges Vacola (association Gombault Darnaud) auprès d’enfants autistes.

En libéral ou en structures

Le travail de l’art-thérapeute se développe dans la durée, au cours de séances individuelles ou collectives. Il peut exercer en libéral ou en structures : hôpitaux de jour, foyers d’accueil, foyers de vie, hôpitaux publics et privés psychiatriques et de soins généraux, maisons de retraite, centres médico-psychologiques (CMP), centres pénitentiaires, centres d’aide par le travail (Esat), centres d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP), instituts médico-­éducatifs (IME), etc.

« En libéral, il s’agit généralement d’une démarche volontaire du patient ou de sa famille, alors qu’en institution, une indication est posée et discutée avec l’équipe pluridisciplinaire, en accord avec le patient, et elle s’inscrit dans une prise en charge globale », fait savoir Régine Razavet.

« Notre rôle est d’aider les patients à développer leurs capacités créatives, à construire une image valorisante d’eux-mêmes, à exprimer et soulager une souffrance », poursuit l’art-­thérapeute avant de préciser : « en aucun cas l’art-thérapie n’a une finalité d’analyse comme en psychothérapie ».

Les professionnels, garants du cadre et de l’espace sécurisant pour les patients, vont les accompagner à travers une production artistique qui peut prendre des formes diverses : modelage en terre, peinture, photo, sculpture, bande dessinée, marionnette, théâtre, chant, danse, musique. Régine Razavet a fait le choix des arts plastiques.

Processus créatif

Membre de la Fédération française d’art-­thérapie (FFAT), elle considère que l’art-­thérapie doit avant tout être pratiquée par des artistes sinon « il est difficile d’accompagner quelqu’un dans le processus créatif ». Disposer de son propre espace de création est essentiel pour elle. « C’est un lieu de ressourcement nécessaire ».

C’est d’ailleurs sa pratique artistique qui lui a donné envie « de partager, de travailler avec les autres », raconte-t-elle en expliquant avoir débuté en animant des ateliers au sein de l’association PersonImages, qui mettent la création artistique à la portée des personnes en situation de handicap. « Mais je me suis rendue compte que j’étais limitée dans ce que je pouvais offrir », reconnaît-elle. C’est pourquoi elle a décidé de suivre une formation.

Des formations mais pas de reconnaissance officielle

Il existe des diplômes universitaires d’art-thérapie délivrés par des universités, des masters professionnels également accessibles à l’université et des certificats professionnels délivrés par des organismes privés. Le candidat doit le plus souvent avoir une expérience professionnelle et personnelle pour s’orienter vers ce métier.
Le choix de sa formation va dépendre de critères qui lui sont propres et qui dépendent de sa formation initiale : artistique, médicale, paramédicale, sociale, éducative. Chaque formation a une marque de fabrique et une façon de faire. Malgré une reconnaissance de certains titres et de l’exercice terrain, le métier d’art-thérapeute ne bénéficie toujours pas d’une reconnaissance officielle de l’État.
Source : FFAT.

Régine Razavet a travaillé pendant six ans à la maison médicale Jeanne-Garnier (Paris 15e), qui assure l’accompagnement des patients en fin de vie. Elle y a créé un atelier d’art-thérapie. À l’époque, elle prenait des appels à Sida Info Service. En écoutant des jeunes gens atteints du VIH se plaindre de leur hospitalisation non adaptée, elle a pensé qu’un accompagnement pouvait être offert. « L’idée a été de créer un espace d’expression pour ces patients qui décédaient jeunes, mais qui avaient encore cette pulsion de vie », se souvient-elle.

Très vite, les soignants ont voulu que l’atelier s’adresse à toutes les personnes en fin de vie de la maison médicale. « C’était très fort, cela reste une belle expérience. Ces ateliers ont changé le regard que je porte sur la vie et sur le pouvoir de la création », se remémore-t-elle.

Aujourd’hui, Régine Razavet intervient au sein de deux hôpitaux de jour pour des séances individuelles auprès d’enfants autistes ayant généralement des handicaps associés (malvoyants, malentendants). « Avec eux, la communication et les relations sont très difficiles. Je cherche donc à les inciter à s’exprimer à leur manière avec différents outils en fonction de l’intérêt qu’ils y portent », témoigne-t-elle.

Les ateliers durent généralement 30 minutes, mais parfois l’enfant ne va se concentrer que 5 minutes. Tout dépend de son acceptation à rester dans un cadre bien précis plus ou moins longtemps. Elle se met alors à l’écoute de ce qu’il souhaite montrer et porte un regard sur ce qui est produit. « Je vais commenter le déroulement de l’atelier, mais en aucun cas je ne fais d’interprétation car ce n’est pas l’objectif. Ce qui compte, c’est ce qui se crée à ce moment précis et non le résultat », précise-t-elle.

Espace privilégié

Difficile de savoir ce que pensent les enfants autistes de ces ateliers même si généralement, « l’échange se met bien en place », souligne Régine Razavet. L’art-thérapie est un moment programmé, avec un jour et une heure. « L’attente de ce moment ouvre un espace privilégié un peu moins lourd au sein d’un service hospitalier qui peut être angoissant », explique l’art-thérapeute.

Les patients considèrent l’atelier comme un lieu où ils vont passer un moment pour eux et être dans un autre état d’esprit. « Même si cela entre dans le cadre d’une prise en charge globale, c’est surtout un espace de liberté où chacun peut amener ce qu’il est à ce moment-là et sous la forme qu’il souhaite », soutient-elle.

Certaines personnes même très fatiguées, qui vont avoir la force de ne faire qu’un trait, veulent généralement être présentes. « Pour beaucoup, le simple fait de les installer et de ne pas tenir compte du fait que cela puisse durer un instant, provoque un sourire et un moment de satisfaction car c’est une soupape, une pause dans un moment de vie épuisant », rapporte Régine Razavet avant de conclure : « les gens sont alors heureux d’être de nouveau en possession d’une part d’eux qu’ils pensaient avoir perdu ».

« Je vois la différence », Marie-Noëlle Levrey, éducatrice spécialisée à l’hôpital de jour Salneuve (association Gombault-Darnaud) à Aubervilliers (Ile-de-France)

« J’accompagne les enfants autistes quotidiennement et j’assiste à l’atelier d’art-thérapie avec Régine Razavet depuis environ six ans. Je vois la différence avec la façon dont les enfants se positionnent par rapport aux autres moments de la semaine. C’est une parenthèse dans leur quotidien, qui est souvent violent et difficile du fait de leur maladie et de leur souffrance, un endroit plus apaisé. Même si les effets ne sont pas quantifiables à court terme, on remarque que les ateliers les calment, les recentrent. Les enfants autistes sont attachés à un rythme. Ils savent qu’ils sont inscrits à l’atelier donc il n’est pas question de le manquer. C’est essentiel pour eux et globalement, ils l’attendent avec impatience. »

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