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Protection sociale | 24/03/2017
Le revenu universel peut-il réduire la grande pauvreté ?
par Nathalie Levray
euros-argent-UNE © Vege-Fotolia

Le revenu universel d’existence tente de répondre à la transformation du monde du travail. Entre la vision libérale d’un revenu garanti pour tous et la notion portée par la gauche de « salaire de réserve », différentes options sont envisagées. Selon l’Onpes, l’approche monétaire est de toute façon insuffisante pour réduire la pauvreté.

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Le travail se transforme, notamment par la digitalisation et la précarisation. Le besoin de sécurité et de continuité du revenu fait avancer l’idée de droits sociaux attachés à la personne, et non plus au statut.

Le revenu universel d’existence (RUE) paraît apporter une réponse, discutée à l’occasion d’une rencontre avec les journalistes de l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), entre Marc de Basquiat, économiste promoteur du « revenu de liberté pour tous », Julia Cagé, responsable du programme économique de Benoît Hamon et Bruno Palier, directeur de recherche à Sciences-Po.

Mesure fiscale

Le revenu universel sous-tend « deux perspectives distinctes de la société », explique Bruno Palier. L’une ressort d’une vision libérale et s’analyse comme « la garantie d’un revenu pour tous ». Son montant ne doit pas être trop élevé pour ne pas « dés-inciter » au travail. Une façon de « se débarrasser de l’État-providence » et de supprimer les minima sociaux.

Marc de Basquiat le traduit par une triple affirmation d’égalité, de liberté et de citoyenneté. Dans son schéma, adulte et enfant reçoivent, automatiquement et sans condition, le même montant, mais l’économiste revendique une « mesure fiscale » : le RUE est imputé sur une taxation de tous les revenus à 25 %. Seul le solde positif est versé et les prestations handicap/dépendance et logement sont maintenues.

L’autre est soutenue par une partie de la gauche et relève du « salaire de réserve », selon l’expression de Philippe Van Parijs. Il s’agit de « partager la rente » en « libérant les individus de l’obligation de travailler ».

Nouveau pilier

La version Hamon est dans l’entre-deux. Julia Cagé applaudit un « nouveau pilier de la protection sociale » destiné à « revaloriser le salaire net » et à « réduire la grande pauvreté » : 600 euros au 1er janvier 2018 pour tous les travailleurs salariés, indépendants, sans emploi, y compris les jeunes dès 18 ans s’ils sont fiscalement indépendants.

Ce revenu, qui fusionne RSA et prime d’activité, serait perçu de façon progressive jusqu’à concurrence de 1,9 Smic (2 183 euros nets par mois). Allocations familiales, aides au logement, indemnités chômage seraient intégrées à la base de calcul.

Budget de référence

Dans sa version universelle ou dans sa déclinaison « minimum garanti », un tel revenu aurait-il une incidence sur la pauvreté ? Une récente synthèse de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes) distingue les mesures selon leur objectif, entre « transformation radicale du système de redistribution existant et, au-delà, de notre pacte social », et simple correction des « inégalités entre les neuf minima sociaux » pour « en faciliter l’accès ».

Il salue le débat mais, fidèle à son analyse de la pauvreté au prisme du « budget de référence », regrette l’approche strictement monétaire d’un tel revenu. Il plaide pour « une stratégie globale articulant l’économique et le social […] du fait du caractère multidimensionnel de la pauvreté ».

Armée de réserve

Une distance avec le RUE partagée par Bruno Palier, pour qui il est préférable de « travailler sur les sources d’inégalités structurelles », en mettant en place les services nécessaires à leur résorption : des crèches, une école de la réussite, une formation de qualité tout au long de la vie, la compatibilité entre vie professionnelle et vie personnelle, l’égalité femmes-hommes, l’accès aux soins, au logement, etc.

Faute de quoi, le revenu universel pourrait donner raison à Robert Castel et produire une « armée de réserve sur laquelle le nouveau capitalisme pourrait librement puiser au moindre coût ».

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  1. Plutôt que de distribuer un revenu universel sans contrepartie, ne serait-il pas préférable de distribuer un revenu universel en échange d’un travail à temps partiel le temps de trouver un travail ou comme moyen de subsistance minimal. Les villes sont de plus en plus sales faute de personnel suffisant. L’entretien des espaces verts pourrait se faire sans usage de produits désherbants chimique grâce à un arrachage régulier manuel comme c’était le cas autrefois. Le personnel manque faute de moyen pour le payer dans beaucoup d’entreprises privées et publiques. Ne vaut-il pas mieux penser à redistribuer le travail à une plus grande majorité de personnes en rendant le travail moins coûteux ? Car il est certain que le revenu universel sera encore payé par le système productif (employés et entreprise).

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