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Logement | 11/04/2017
Des conseillers médicaux pour traquer les facteurs de risque
par Géraldine Langlois
Insalubrité-logement-UNE © Zlatan_Durakovic-Fotolia

Les conseillers médicaux en environnement intérieur traquent à domicile, sur prescription médicale, les facteurs de risque pour la santé liés au logement. Portrait d'Émilie Hecquet qui exerce à Lille ce métier mal connu.

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Perchée sur un escabeau, contorsionnée derrière un meuble de cuisine, positionnée au milieu d’un salon, Émilie Hecquet (1), conseillère médicale en environnement intérieur (CMEI), passe « au peigne fin » l’air, les sols et les murs chez les personnes que leur médecin lui demande de visiter. Comme tous les CMEI, « je n’interviens que sur prescription médicale », explique-t-elle.

Les médecins s’interrogent en effet parfois sur le rôle que peuvent jouer l’habitat et les conditions de vie de leurs patients sur leur état de santé. C’est parfois le cas quand les traitements demeurent insuffisamment efficaces contre l’asthme – plus de la moitié des prescriptions, des allergies, des affections ORL à répétition ou certaines pneumopathies.

« Amorcer une prise de conscience » – Émilie Hecquet, conseillère médicale en environnement intérieur

« Après plusieurs années en service de soins à l’hôpital, j’avais envie de travailler de manière plus autonome. J’ai réalisé des enquêtes de dépistage du saturnisme et il était clair que d’autres problématiques de santé liées à l’habitat se posaient. J’ai pu suivre un DIU à Strasbourg et j’ai été embauchée comme CMEI par l’Association prévention pollution atmosphérique Nord-Pas-de-Calais.
Dans les enquêtes environnementales, il y a toujours un contact humain. Ce qui me plaît le plus dans ce métier, c’est d’arriver à ce que les personnes s’approprient mes conseils. Certaines sont méfiantes ou sceptiques. Mais j’essaie de faire en sorte qu’au moment de la visite une prise de conscience s’amorce pour favoriser un changement de comportement. Certaines habitudes sont en effet profondément inscrites et difficiles à remettre en cause. Cela nécessite une bonne capacité d’adaptation aux personnes qu’on rencontre. »

Guichet unique

Pneumologues, allergologues ou généralistes peuvent donc recourir aux services des CMEI pour détecter d’éventuels facteurs de risque liés au logement. Toujours après avoir obtenu l’accord de leur patient. Ils transmettent alors leur prescription d’enquête environnementale au « guichet unique » des CMEI créé en 2013 dans le Nord-Pas-de-Calais et étendu aux Hauts de France.

L’Association prévention pollution atmosphérique (Appa), qui coordonne cette plateforme régionale, la transmet au CMEI chargé du secteur géographique concerné. « Nous essayons de faire en sorte que notre visite ait lieu dans le mois après la réception de la prescription », précise Émilie Hecquet. Elle contacte le patient et vérifie avec lui que leurs attentes respectives convergent.

Son intervention – gratuite – n’a pas pour but en effet d’appuyer une demande de relogement ou de résoudre un litige entre locataire et propriétaire.

Examen visuel

Le jour convenu, elle se rend au domicile des patients : des appartements, des maisons, loués ou pas, logements sociaux ou pas. « Je fais d’abord le point avec eux sur leur pathologie, leurs habitudes de vie et leur habitat, explique la CMEI. Je leur demande s’ils aèrent leur logement ou comment ils l’entretiennent ou le chauffent… Je fais ensuite le tour du logement avec eux. »

Elle examine visuellement la structure du bâti puis, pièce après pièce, elle mesure la température et l’humidité voire la teneur de l’air en dioxyde de carbone. Elle recherche aussi les traces de moisissures et les sources potentielles de composés organiques volatiles (COV) comme les produits ménagers ou les désodorisants.

« Je vérifie également s’il existe un système de ventilation et, si c’est le cas, s’il fonctionne », ajoute-t-elle.

Concentration de polluants

Au cours de ses visites, elle constate souvent que les bouches d’aération sont obstruées, que les appareils de chauffage fonctionnent mal, que le logement est trop ou pas assez chauffé, que certains endroits ne sont pas nettoyés… Ce qui favorise la concentration de polluants dans l’air, l’humidité favorable aux moisissures ou la prolifération des acariens. « Peu de gens sont conscients de la nécessité d’aérer régulièrement leur logement », observe Émilie Hecquet.

Une nécessité d’autant plus impérieuse que certains ne jurent que par l’usage intensif de l’eau de Javel, fument ou laissent fumer dans leur logement. Parfois, la précarité énergétique décourage les habitants d’ouvrir en grand les fenêtres quand il fait froid…

Constatations et recommandations

La conseillère distille ses conseils au fur et à mesure de la visite, qui dure en général une heure et demie, ou à la fin, le plus subtilement possible. Pas question pour le CMEI de se montrer « jugeant », intrusif ou trop directif…

Certaines des préconisations concernent le logement lui-même et nécessitent parfois des travaux. Le statut de son occupant (propriétaire ou locataire) et/ou ses moyens les rendront plus ou moins possibles à réaliser. D’autres portent sur des comportements individuels mais ne sont pas toujours, comme l’arrêt du tabac, plus faciles à mettre en œuvre…

Constatations et recommandations sont consignées dans un rapport transmis au médecin prescripteur et au patient. Sauf exception, Émilie Hecquet, comme les autres CMEI de la région, ne revient pas chez les personnes visitées. Mais « la plateforme en tire au sort certaines un an après et les interroge sur la visite et l’application des conseils donnés », souligne-t-elle.

Créer une synergie

Comme le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et son ARS ont misé depuis 2007 sur les CMEI, les Hauts-de-France sont aujourd’hui plutôt bien dotés en conseillers. Dans cette région, souligne Émilie Hecquet, les huit CMEI sont constitués en réseau et ont harmonisé leur fonctionnement. « Nous nous rencontrons quatre fois par an pour faire le point et nous faisons partie d’un comité scientifique qui se réunit une fois par an. En février, nous avons établi par exemple un protocole de prélèvement des moisissures. »

Tous collaborent aussi avec des partenaires locaux. Pour Émilie Hecquet, travailler avec le réseau Asthme et allergies de Lille, la mairie de Lille et l’Union régionale des professionnels de santé Médecins libéraux permet de « créer une synergie entre les acteurs de l’habitat et de la santé ».

Formation qualité de l’air

De telles relations avec les bailleurs sociaux pourraient aussi être utiles, estime la conseillère, pour, par exemple, les sensibiliser aux principaux points de vigilance dans la conception des logements ou participer à la formation des habitants.

Une activité qui figure dans les missions de certains CMEI. La CMEI lilloise anime ainsi des formations sur la qualité de l’air et les CMEI pour le grand public dans des CCAS, des associations et des mutuelles, ou pour les professionnels de santé dans les instituts de formation en soins infirmiers, les séances de formation médicale continue ou les congrès médicaux. Se faire connaître des médecins et des têtes de réseaux constitue une priorité afin que les activités des CMEI bénéficient à toutes les personnes qui en ont besoin.

Peu de postes

La France comptait en 2016 seulement 76 conseillers médicaux en environnement intérieur pour 168 diplômés. Le développement de ce métier figure pourtant parmi les cinq objectifs du programme d’action et de prise en charge de l’asthme 2002-2005. Le plan national Santé-­environnement le préconise aussi depuis sa première version et le place parmi les douze mesures phares de sa deuxième version. Mais il existe peu de formations. Le DIU « Santé respiratoire et habitat » n’est proposé que par les universités de Paris Descartes, Strasbourg, Brest, Marseille, Montpellier et Toulouse et le DU « Conseil habitat santé », plus large, n’est dispensé que par l’université d’Aix-Marseille. Les rares postes ne sont en outre pas toujours à temps plein.

Note (01)

Émilie Hecquet, 46 ans, a d’abord été infirmière. Formée en Belgique, elle a travaillé sept ans en soins intensifs de cardiologie. Elle s’est formée au métier de CMEI au sein du DIU « Santé respiratoire et habitat » de l’université de Strasbourg en 2010 et exerce à l’association Appa, à Lille, depuis 2014. - Retourner au texte

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