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Social | 15/06/2017
Gens du voyage : un référent qui crée du lien
par Géraldine Langlois
Frédéric Parisse-Maxéville-UNE DR

Frédéric Parisse, référent-médiateur auprès des gens du voyage à Maxéville, est issu de ce milieu. Il ne cherche surtout pas à jouer sur la connivence mais sur sa facilité à entrer en contact avec eux.

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Roms : l’accueil en échec

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Frédéric Parisse (1), 44 ans, exerce depuis novembre 2012 la fonction de référent-médiateur auprès des gens du voyage résidant sur la commune de Maxéville (Meurthe-et-Moselle).

Tous les jours, il se rend sur l’aire d’accueil Manitas de Plata à la rencontre des familles qui y ont installé leur caravane. Un poste financé par le Grand Nancy, qui gère cette aire, l’État via le fonds interministériel de prévention de la délinquance et la commune de Maxéville.

Fluidifier les relations

Son rôle ? « Créer du lien en étant présent, rattacher à la ville cette population quasi-­sédentaire, la désenclaver. Fluidifier les relations, aussi, et permettre la participation des jeunes », résume-t-il, surtout, à la vie ordinaire de ceux de leur âge.

« Ils cumulent beaucoup de carences. Scolarité en pointillé, beaucoup d’ennui, peu d’ouverture sur le monde… Alors ils sont partants pour tout : contes, peinture, construction de la maquette de l’aire d’accueil ou sorties, au musée par exemple, qui sont très rares pour eux », observe le référent. Les activités se déroulent toujours hors du temps scolaire afin de ne pas interférer avec leur scolarisation. Il les organise avec de nombreux partenaires : « c’est stimulant ! ».

L’association Les Petits débrouillards anime des ateliers scientifiques ; des professeurs de l’école de musique offrent des activités musicales ; la Croix-Rouge, les pompiers et la MAIF mènent des journées citoyennes et de prévention ; les associations Amitiés tsiganes et Accueil et jeunesse du Plateau organisent des moments de rencontre entre résidents de l’aire et habitants voisins, comme l’enregistrement d’un CD avec un conteur et un musicien…

« Plus les enfants voient de personnes différentes, qui leur accordent de l’attention, et leur témoignent du respect, plus nous nous approchons de nos objectifs », poursuit-il. Le principal : favoriser la scolarité des enfants, « leur permettre d’être plus confiants, mieux équipés pour la vie à venir en leur faisant vivre un maximum d’expériences, et d’avoir une vision de l’avenir différente de celui de leurs parents », commente le médiateur. Qui ne laisse passer aucune absence scolaire sans en demander la raison…

Référent « gens du voyage » : des missions peu encadrées

La loi du 5 juillet 2000 prévoit l’élaboration dans chaque département d’un schéma d’accueil des gens du voyage. Ces schémas préconisent souvent que les communautés de communes et d’agglomération organisent le dialogue avec les gens du voyage, soit en créant une structure spécialisée, soit en désignant un référent, interlocuteur privilégié auprès des gens du voyage.
Les missions et profils varient selon les territoires. Parfois leur rôle se limite à veiller au bon fonctionnement des aires d’accueil. Certains vont plus loin comme ces travailleurs sociaux qui réalisent un accompagnement axé sur la dimension sociale, notamment dans le cadre du RSA, ou comme à Maxéville qui ont un rôle plutôt socioculturel voire socio-éducatif.

Obligation scolaire

Au quotidien, d’ailleurs, il sensibilise les parents à l’obligation scolaire de 6 à 16 ans et travaille avec l’école mobile scolaire Enfants du voyage 54 qui mène des actions (journées de découverte, matinées de soutien) pour dédramatiser le passage au collège que les parents évitent en inscrivant leurs enfants au Cned…

En amont de chaque activité, il mobilise le public visé, sollicite les parents, les informe et balise les déplacements quand il y en a, condition sine qua non pour obtenir l’accord des parents. Frédéric Parisse accompagne aussi les intervenants une première fois sur l’aire afin de les présenter aux familles.

Parfois, il déconstruit leurs éventuels fantasmes et leur donne des « petits conseils pratiques de communication, très important pour tisser une relation. Sinon, on passe à côté… », explique-t-il.

Expérience de vie

Il faut dire que Frédéric Parisse connaît bien le sujet : « j’ai grandi dans le milieu des gens du voyage ». D’abord parmi les Manouches puis parmi les Yéniches. Il a connu pendant dix ans la vie en caravane, en « voyage » permanent avec les uns, plutôt sédentaire avec les autres.

Une expérience de vie singulière, qui ne lui a pas offert un parcours rectiligne. Il aime l’école mais on le renvoie souvent à son milieu d’origine et son assiduité pâtit du mode de vie des « voyageurs ».

L’horizon scolaire et professionnel lui semble bouché : « j’ai plus ou moins sabordé ma scolarité », y compris un CAP de maçonnerie. Heureusement, il y a le rugby, qu’il pratique très tôt. Il y puise d’autres valeurs, des repères, des encouragements et une émulation au milieu de jeunes d’autres horizons sociaux. Il s’y investit à fond. À l’adolescence, il remet en cause le mode de vie des « voyageurs » et ses « carences » et passe un an en foyer.

« J’ai commencé un CAP de réceptionniste au Grand hôtel de la Reine, sur la place Stanislas de Nancy. Mais à 18 ans, j’ai dû quitter le foyer », raconte-t-il. Sans logement stable, impossible d’achever le CAP. Il enchaîne alors les contrats dans le bâtiment et la couverture, les pompes funèbres, l’animalerie, la ventilation, la sécurité, les espaces verts, la manutention…

« Parallèlement, j’étais animateur de rugby, et j’ai été actif dans une association qui organisait des matchs au pied des immeubles », poursuit le médiateur.

Formation au BPJEPS

C’est un formateur du Creps, rencontré par hasard, qui va le convaincre au vu de son expérience, de tenter le Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS). Après un premier échec, il devient animateur dans un institut thérapeutique éducatif et pédagogique (Itep).

Une révélation : « c’était le métier que je voulais faire ». À la deuxième tentative en 2008, il intègre la formation au BPJEPS, en alternance avec un poste d’animateur sportif auprès des seniors mais aussi des enfants et des jeunes dans des quartiers peu favorisés, à la ville de Maxéville. Il obtient son diplôme en 2009 et trois ans plus tard, le pôle Solidarité de la ville lui propose le poste de référent-médiateur auprès des gens du voyage. Pas parce qu’il venait de ce milieu : « a priori, personne ne le savait. Mais on a apprécié mon profil et mon parcours atypiques ainsi que le fait que j’étais à l’aise même avec des publics réputés pas faciles », souligne-t-il.

Jusqu’en 2016, il intervient aussi auprès des Roms installés sur un campement organisé.

Longueur d’onde

Son expérience personnelle du monde du « voyage » a fini par se savoir mais Frédéric Parisse n’en parle pas. Tout au plus glisse-t-il ici ou là auprès des « voyageurs » un mot « qui dit qu’on est sur la même longueur d’onde ».

Il ne joue pas sur la connivence mais sur sa facilité à entrer en contact avec eux. « Mon travail me plaît beaucoup. Il me donne la possibilité d’intervenir auprès d’un public qui semble énigmatique à beaucoup et de travailler régulièrement avec de nouvelles familles et de nouveaux partenaires. »

© Ville de MaxévilleFabrice Humbert, responsable pôle Solidarité à Maxéville

« Nous avons dû inventer sa fiche de poste »

« Avec 60 emplacements et une population de 180 à 240 personnes, l’aire d’accueil Manitas de Plata est l’une des plus grandes aires de France. L’équivalent d’un petit quartier, avec toute une vie sociale, au sein d’un quartier Politique de la ville. Les activités qu’organise Frédéric Parisse avec son réseau de partenaires en direction des jeunes permettent d’entrer en relation avec les familles. Il n’hésite pas à aborder des thématiques pas évidentes comme la sécurité routière ou le développement durable. Il sait créer la confiance avec les familles et s’adapter à chacun. Nous avons dû inventer sa fiche de poste car elle n’existe pas dans la fonction publique. Elle répond pourtant à un réel besoin. Nous avons en effet observé un climat plus serein et moins d’incivilités sur l’aire et aux alentours. »

Note (01)

Frédéric Parisse a grandi parmi les gens du voyage avant de s’en écarter. Il a exercé de nombreux métiers tout en s’investissant bénévolement, dans le rugby. En 2008, il est devenu animateur pour la ville de Maxéville. En 2009, il obtient le BPJEPS. Depuis 2012, il est le référent-médiateur de la commune auprès des gens du voyage et des Roms qui y résident. - Retourner au texte

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