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Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

[Entretien] | 16/06/2017
« Il faut développer les méthodes et savoir-faire, et faire évoluer les cultures professionnelles »
par Nathalie Levray
Agnes_Buzyn-ministre-solidarites-sante_UNE © Ministère des Solidarités et de la Santé

Inégalités sociales, territoriales d'accès à la santé et aux droits sociaux, tiers payant, démocratie sanitaire, participation citoyenne, action sociale, vieillissement, entretien avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

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Comment pensez-vous combattre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé et aux droits sociaux ?

De nombreuses études montrent que les inégalités territoriales et sociales se sont accentuées ces dernières années. La protection sociale et la redistribution en direction des personnes les plus fragiles, importantes en France, ont permis de limiter l’ampleur des inégalités de revenus et de conditions de vie, mais certains territoires connaissent une évolution défavorable, telles les zones rurales, les villes moyennes et certains quartiers au sein des grandes métropoles.

Mon action consistera à faciliter l’accès aux droits pour tous et à lutter contre le non-recours aux prestations. C’est un champ majeur. Je travaillerai en lien étroit avec le ministre chargé de la Cohésion des territoires pour mieux cibler les actions en direction des populations les plus fragiles et je privilégierai la prévention chaque fois que c’est possible.

Nous avons la responsabilité d’inventer des mesures nouvelles, qui viendront compléter celles prises précédemment visant à inciter à l’installation dans les zones sous denses, à augmenter l’attractivité des métiers ou, pour le versant hospitalier, à mieux organiser l’offre sur un territoire via les groupements hospitaliers de territoire.

Mais je crois aussi aux opportunités offertes par le numérique, à la télémédecine, à la complémentarité et à la coopération entre professionnels, comme en leur capacité de proposer des innovations organisationnelles à condition que nous leur offrions un environnement réglementaire et financier propice.

C’est notre travail de définir ce cadre. Mais en premier lieu, nous définirons le « panier de services et soins primaires » à offrir à la population. Je présenterai en la matière un plan d’action avant la fin de l’année.

Allez-vous conforter la loi Santé de 2016, notamment en matière de prévention ou de tiers payant, ou vous positionner en rupture en proposant un nouveau texte ?

Je ne crois pas qu’une loi soit nécessaire. Je suis médecin, et je considère que nous avons besoin avant tout d’actions concrètes et pratiques. Ce qui guidera mon exercice sera l’amélioration de la prise en charge des patients et la pertinence des soins.

La prévention est ma première priorité dans le champ de santé et j’entends la développer. Nous avons besoin de vrais indicateurs, et surtout de nous appuyer sur les professionnels de santé du terrain.

Ce que je crois, c’est que nous devons entrer dans un processus de transformation de notre système de santé pour l’adapter à la réalité des « conditions chroniques » entraînées par les maladies et le vieillissement, pour endiguer le reflux à bas bruit, mais désormais très visible, de l’égalité d’accès à des soins de qualité, et pour regagner toutes ces années de vie en bonne santé gâchées par un déficit de prévention.

Certaines barrières, notamment réglementaires et financières, doivent être levées. Elles ralentissent l’innovation, brident la créativité, empêchent de coopérer ou désincitent aux pratiques professionnelles vertueuses telles que la prévention ou la pertinence.

Nous avons besoin également d’une administration engagée qui agit en cohérence, au sein de mon ministère et en interministériel, entre échelons central et territoriaux.

Le tiers payant sera rendu généralisable comme l’a promis le président de la République. Il nous faut garantir un accès aux soins à la population, tout en ayant un dispositif fonctionnel, et non chronophage pour les professionnels de santé. Nous ferons le point sur sa mise en place technique et évaluerons les premiers mois de fonctionnement avant de prendre notre décision.

Qu’envisagez-vous pour développer la démocratie sanitaire et renforcer la participation et la responsabilité citoyennes ?

Nos politiques publiques doivent répondre aux besoins de la population. Il ne faut pas perdre de vue cet objectif premier et le président de la République a posé comme principe cardinal de notre méthode de nous appuyer sur la société civile.

L’exigence des usagers et de leurs représentants vis-à-vis des professionnels et des autorités est un moteur puissant de notre progrès collectif. Il faut faciliter non seulement leur expression mais également leur participation aux décisions collectives et individuelles. C’est une conviction qui ne m’a pas quittée dans mes différentes fonctions et qui est au cœur de notre action gouvernementale.

Beaucoup a été fait depuis les « années Sida », et la place des usagers dans la gouvernance de notre système de santé n’a cessé de se renforcer pour arriver au niveau de maturité que nous connaissons aujourd’hui.

Il m’appartient toutefois de conforter les instances mises en œuvre et les dispositions prises et d’en favoriser la diffusion totale. Je vois en particulier deux enjeux. Celui de rendre effective la représentation des usagers, c’est-à-dire d’avoir des représentants formés et disponibles, en mesure de jouer leur rôle : en la matière, la création de l’Union nationale des associations agréées des usagers du système de santé, l’Unaas, est une grande avancée.

Celui également de l’accompagnement des professionnels de santé et des décideurs de notre secteur pour davantage intégrer les usagers et leurs représentants : car, si en la matière, je pense qu’ils en partagent l’intérêt et qu’ils en reconnaissent la valeur ajoutée, il n’en demeure pas moins qu’il faut développer les méthodes et savoir-faire et faire évoluer les cultures professionnelles.

Je suis à ce titre et avec beaucoup d’intérêt la dynamique que doit créer l’Institut pour la démocratie en santé. Je veillerai également à ce que ces sujets figurent dans les priorités de formations, initiale et continue.

Quelle vision voulez-vous porter pour l’action sociale de demain ?

L’action sociale de demain, c’est une action sociale qui permet de nous inscrire dans un cadre institutionnel où chacun a une vision claire de ses compétences et où les personnes participent davantage à la définition des politiques publiques et des solutions de prise en charge qui les concernent.

C’est aussi une action sociale qui préserve la dignité. Les professions sociales font un travail fondamental auprès des personnes : elles méritent d’être reconnues à leur juste valeur et soutenues dans leurs actions. Aussi poursuivrai-je le travail accompli dans le cadre des états généraux du travail social selon des modalités qui restent à définir.

Comment répondre aux enjeux sociétaux posés par le vieillissement de la population ?

La loi d’adaptation de la société au vieillissement de 2015 a permis des avancées concrètes et tangibles pour les personnes âgées et leurs familles, par l’amélioration de l’allocation personnalisée d’autonomie et l’aide aux aidants notamment.

Elle constitue une base solide pour poursuivre les travaux en cours et conforter l’ensemble des acteurs. La politique d’accès à l’autonomie concerne les personnes elles-mêmes, leurs familles, les départements, l’État et le secteur associatif.

Il faut agir de manière complémentaire et décloisonner les prises en charge (ville, hôpital, sanitaire, médicosocial, domicile et établissement…), en partant des personnes et de leurs besoins pour construire des parcours cohérents tant en matière de soins que d’accès à l’autonomie.

Agnès Buzyn

Médecin hématologue, professeure des universités et praticienne hospitalière. Elle a présidé le conseil scientifique de la Société française de greffe de moelle et de thérapie cellulaire, le conseil d’administration de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, l’Institut national du cancer et le collège de la Haute Autorité de santé. Elle a été membre du Comité de l’énergie atomique du Commissariat à l’énergie atomique.

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