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Inclusion | 22/06/2017
L’inclusion sociale par le sport impose une ingénierie et des critères
par Stéphane Menu
Badminton-UNE © Sompong_tom-Fotolia

Si le sport est reconnu comme un vecteur d’inclusion sociale, il ne suffit pas de mettre quelques sportifs en relation avec le public pour qu’elle se fasse comme par enchantement. La mise en œuvre d’une telle démarche impose au contraire des critères techniques qui dépassent le simple cadre de la solidarité. L’Iris, France terre d’asile et la Fédération française de badminton ont réussi ce pari et souhaitent le conceptualiser dans un guide des bonnes pratiques pour permettre aux réfugiés et aux migrants d’utiliser le sport pour mieux connaître la société dans laquelle ils vivent.

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C’est une citation-valise, qui paraît s’imposer d’elle-même à sa seule prononciation : « Le sport comme outil d’inclusion sociale ». C’était le thème d’un débat organisé à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés par l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), France terre d’asile et la Fédération française de badminton.

Le sport et les réfugiés

À première vue, cet attelage peut surprendre : en quoi le badminton est-il concerné par la problématique des réfugiés ? « On croit qu’il suffit de mettre ensemble des réfugiés et des licenciés sportifs français sur un terrain de sport pour que l’inclusion sociale se fasse, comme par enchantement. C’est faux », confie Carole Gomez, chercheuse à l’Iris.

En 2009, le livre blanc de la Commission européenne incitait les États membres à intégrer les pratiques sportives dans les politiques menées en matière d’éducation, de santé publique et de cohésion sociale.

« Dans ce document, qui fait la synthèse de nombreux articles universitaires, il apparaît clairement que la réussite de l’inclusion sociale passe par le respect d’un certain nombre de critères ». C’est ce que l’Iris, France terre d’asile et la Fédération de badminton ont réussi à faire.

Le sport n’est qu’une excuse

L’Iris compte en son sein une école, l’Iris Sup, préparant les étudiants aux relations internationales. « Au détour d’une conservation, nous avons décidé avec France terre d’asile et la Fédération de badminton de créer des binômes ou des trinômes d’étudiants et de réfugiés pour une pratique du badminton dans treize clubs solidaires en Ile-de-France. Ce sport est non-violent, et il peut être joué par des équipes mixtes. Il est arrivé comme une solution pour faciliter l’intégration des réfugiés ».

Le 15 mars dernier, au gymnase Suzanne Berlioux, près de Châtelet à Paris, 57 étudiants et réfugiés ont donc joué au badminton. « Après cette première expérience, conclue par une réussite, les binômes et trinômes ont continué à se voir pour jouer dans les clubs partenaires, de Malakoff à Sarcelles en passant par Paris. Le sport n’est qu’une excuse, bien sûr. Entre eux, ils parlent, ils échangent. Les réfugiés apprennent le français, se déplacent, sortent de leur isolement. L’inclusion sociale devient possible », poursuit la chercheuse.

Dépasser l’image de l’étranger

L’Iris n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Carole Gomez travaille actuellement sur les données recueillies au cours de cette première expérience pour la généraliser, à Paris et en province.

« L’idée en germe est de trouver un financement, public ou à travers une fondation, pour aller plus loin. Nous allons publier un guide en direction des clubs sportifs pour les éclairer dans la mise en œuvre d’une telle démarche, qui n’est pas si évidente que ça à conceptualiser ».

Dans de nombreuses disciplines, comme la lutte ou le taekwondo, cette logique d’intégration sociale des réfugiés mais aussi des jeunes des cités est fortement ancrée.

« Mais l’idée, c’est de dépasser l’image de l’étranger, du réfugié, qui parce qu’il est doué sur un plan athlétique, réussit son intégration sociale. Il faut permettre aux réfugiés en l’occurrence mais aussi aux migrants, même si leur situation légale est moins stable, de passer par le sport pour mieux connaître la société dans laquelle ils sont arrivés au bout d’un parcours de vie chaotique ». Car on peut être habité d’un esprit humaniste et solidaire et passer à côté de l’inclusion sociale par le sport, « qui impose une ingénierie », conclut Carole Gomez.

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