La Gazette Santé Social - Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

[Entretien] Numérique | 28/06/2017
« Le secteur social ne traînera pas les pieds face au numérique », Denis Guihomat, président de l’ANCCAS
par Laurent Thoviste
DENIS-GUIHOMAT-PRESIDENT-ANCCAS © ANCCAS

Alors que s’ouvrent aujourd’hui à Cabourg les 40es rencontres de l’ANCCAS sur le thème de l’action sociale 3.0, son président, Denis Guihomat, explique en quoi la fracture numérique interroge les pratiques des travailleurs sociaux et quelles réponses les professionnels et les structures tentent d’apporter pour faire face au défi numérique.

Email Email

Cet article fait partie du dossier:

Numérique : vers une action sociale 2.0

voir le sommaire

Le 40e congrès de l’ANCCAS a pour titre « Action sociale 3.0 : connexion des services ou… au service des connexions ? ». Pourquoi ce thème et pourquoi maintenant ?

Nous voulions traiter d’un sujet de fond, structurant pour nos organisations. Le numérique n’est certes pas une question nouvelle mais nous sommes tous en plein dedans ! Du point de vue de nos usagers, il y a une triple fracture sociologique, générationnelle et économique.

Sur le plan sociologique, elle épouse à quelques exceptions près celle de l’analphabétisme. Sur le plan générationnel, les plus âgés sont les plus concernés mais nous avons maintenant l’habitude de prendre en compte leurs besoins et nous avons mis en place de nombreux dispositifs.

Enfin, il y a l’aspect économique qu’il ne faut pas sous-estimer. Certains CCAS interviennent dans le cadre de l’aide sociale facultative. Dans une société où il faut être connecté, le numérique fait-il partie des besoins primaires ? C’est une question.

Quelles sont les implications sur les travailleurs sociaux ?

Les fonctionnements de nos organisations sont fortement impactés. Le numérique devient le centre de notre action. Il y a bien sûr les procédures, mais il y a aussi toutes les questions liées à l’archivage et à la conservation des données personnelles. Cela met certains agents en difficulté car ils n’ont pas été formés pour cela. D’autant que le problème avec le numérique c’est que cela ne s’arrête jamais et qu’une évolution en cache une autre.

La confidentialité est également un aspect très sensible pour les travailleurs sociaux. Avant, quand on enfermait un dossier dans une armoire, on savait qui avait la clé. Aujourd’hui, sur le « Cloud », on se dit qu’on ne sait pas qui va pouvoir y accéder. Cela a un côté très irrationnel car les procédures sont aussi sécurisées voire plus que pour la conservation physique mais c’est une question de culture.

Pensez-vous qu’à terme cela libérera du temps pour l’accompagnement ?

Peut-être mais dans un premier temps il y a un gros effort à faire pour acquérir ces compétences. Au-delà même des coûts, il faut trouver le temps d’envoyer le personnel se former sachant que dans beaucoup de spécialités, il est impossible de trouver des remplacements. À court terme, c’est donc une charge en plus.

Cette montée en compétences s’accompagne en outre d’une revalorisation des fonctions. Aujourd’hui, quand un catégorie C part à la retraite, on recrute un catégorie B. Cela ne concerne donc pas les mêmes personnes. En revanche, il est vrai qu’on ne crée pas forcément de nouveaux postes alors que les besoins évoluent. L’objectif reste souvent d’accomplir le même service avec moins de personnes.

Quel est le rôle des managers dans ce contexte ?

Tout d’abord, il faut reconnaître que nous avons nous-mêmes des problèmes de compétence. Nous n’avons pas été formés pour cela. Il faut donc que dans nos équipes nous recrutions du personnel qui va pouvoir nous aider. Comme tout phénomène de changement, il entraîne aussi des problématiques de bien-être au travail avec une fracture entre ceux qui sont à l’aise, ceux qui ont du mal et ceux qui y sont réfractaires.

Il nous faut faire preuve de compréhension pour ne pas mettre nos personnels en danger. Heureusement, il y a une grande solidarité et une entraide sur ces questions. Enfin, nous devons véhiculer un message clair : on ne reviendra pas au tampon encreur ! Alors il faut y aller. Les CCAS et plus globalement le secteur social ne traîneront pas les pieds face au numérique.

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>