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Handicap | 31/08/2017
Un jeu pour aborder la sexualité des handicapés mentaux
par Géraldine Langlois
couple trisomique-sexualité-handicap-UNE © Muro-Fotolia

Pour aborder la vie sexuelle et affective avec les personnes qui présentent un handicap mental, l'Adapei de l'Oise a créé un jeu, "Keskesex". Un moyen de libérer la parole et de mieux accompagner.

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Handicap et sexualité : la déontologie face au besoin d’aimer

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Le tabou social sur la vie sexuelle et affective des personnes porteuses d’un handicap mental se lève peu à peu, notamment grâce à des initiatives comme Keskesex.

Conçu par des professionnels de l’Adapei de l’Oise, ce jeu (1) a remporté au printemps 2017 le grand prix du concours « Droits des usagers de la santé » de l’ARS Hauts-de-France et il est l’un des cinq projets lauréats du même concours au niveau national.

Il est issu de la formation que l’association a décidé de faire suivre « aux professionnels de son secteur « habitat » en 2010, les personnels éducatifs mais aussi les chefs de service, les psychologues, les infirmières et les surveillants de nuit. Une trentaine de personnes en tout », explique Martine Michel, directrice du secteur (2).

Trois à cinq joueurs

Un axe de travail fort pour l’association alors que « la société, les professionnels et les parents ont longtemps considéré que les personnes porteuses d’un handicap mental n’avaient pas de vie sexuelle. Or, comme elles parlent peu de ces sujets, elles s’exprimaient parfois par des troubles du comportement en lien avec la sexualité », ajoute-t-elle.

De 2013 à 2016, l’équipe des Résidences du Vexin, à la Villetertre, a conçu et testé le jeu Keskesex, avec ses résidents, travailleurs en Esat. Il combine les logiques du jeu de l’oie, du Trivial pursuit et du puzzle.

Une partie dure une vingtaine de minutes et compte trois à cinq joueurs maximums, explique Cécile Lecoq, monitrice éducatrice aux Résidences du Vexin.

Un joueur lance le dé, il avance son pion sur la case de la couleur affichée et à laquelle correspond une thématique : la connaissance du corps, les étapes de la vie, les différences homme-femme, les attirances, le respect des codes sociaux, le respect de l’intégrité corporelle, le consentement… L’animateur du jeu, toujours un professionnel, lui pose une des dix questions sur cette thématique. Il peut choisir entre plusieurs « niveaux » de questions. « C’est très important de prendre en compte là où en est chacun et où il peut et veut aller », insiste Martine Michel. Une vie affective et/ou sexuelle épanouie ne signifie pas la même chose pour tous…

Ajuster l’accompagnement des personnes

Si la réponse est bonne, le joueur reçoit une pièce de puzzle et le premier joueur qui complète son puzzle gagne. Le professionnel dispose des « bonnes réponses », validées, afin, explique la directrice du secteur « habitat », de « ne pas être dans la projection », principal écueil de l’accompagnement des personnes déficientes intellectuelles sur la vie affective et sexuelle.

Pour Cécile Lecoq, la présence de deux professionnels est utile. L’un anime, l’autre observe et peut noter, dans un carnet de bord les éléments qui lui semblent utiles, notamment, pour ajuster l’accompagnement des personnes.

Une designer travaille sur le graphisme du jeu, qui devrait être édité à une centaine d’exemplaires en 2018, indique Martine Michel. Sa promotion devrait être assurée par les professionnels et résidents qui l’ont conçu et y jouent.

« Les résidents ont confiance dans les échanges qu’ils ont entre eux et avec l’équipe » – Cécile Lecoq, monitrice éducatrice aux Résidences du Vexin

« Le jeu répond à plusieurs objectifs professionnels. Il peut nous permettre de réaliser un diagnostic pour savoir où en est une personne avec sa sexualité ou la sexualité. Quand une personne vit une problématique, une violence ou un souvenir lié à ces sujets, on peut utiliser le jeu pour l’amener à évoquer son traumatisme.
Le jeu nous permet aussi de faire de la prévention sur le respect du corps, les conventions sociales, les interdits ou le consentement. La façon dont un joueur assemble son puzzle nous permet aussi de voir sa perception du schéma corporel.
Le jeu n’a pas tout chamboulé mais il a permis que des personnes puissent exprimer leurs questions sans tabou ni gêne. Il a libéré la parole.
Les résidents ont confiance dans les échanges qu’ils ont entre eux et avec les membres de l’équipe et ont aussi plus de connaissances sur ce sujet. Le jeu a également permis à des personnes de se sentir plus apaisées dans leurs relations et de pouvoir vivre une vie affective et sexuelle plus épanouie.

Note (01)

Public : adultes présentant une déficience intellectuelle ou un handicap mental - Retourner au texte

Note (02)

Contact : Martine Michel, directrice du secteur Habitat, Adapei de l'Oise, 03 44 36 10 50, martine.michel@adapei60.org - Retourner au texte

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