La Gazette Santé Social - Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Santé | 17/10/2017
La France veut jouer un rôle moteur dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens en s’appuyant sur ses villes
par Laure Martin
Perturbateurs endocriniens-UNE © D-Plume-Fotolia

Bisphénol A, perchloroéthylène, phtalate, les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreuses substances du quotidien. L’inconvénient, c’est qu’ils mettent la santé en danger. Outre la perturbation du système hormonal, ils sont soupçonnés de provoquer des cancers, d’être responsables du diabète, de l’obésité, de l’infertilité, etc. Le rejet de la proposition de réglementation de la Commission européenne jugée beaucoup trop laxiste ouvre la voie à une politique plus ambitieuse. La France qui a été, en 2014, le 1er pays à se doter d’une Stratégie nationale perturbateurs endocriniens avec pour principal objectif de réduire l’exposition de la population doit jouer un rôle moteur en s’appuyant sur les initiatives déjà mise en œuvre au niveau local notamment dans les établissements de santé et de petite enfance. C’est en substance le message transmis à l’occasion du 1er colloque européen des Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens qui s’est tenu le 10 octobre à Paris.

Email Email

Le 4 octobre, le Parlement européen a rejeté, à la majorité absolue, la proposition de réglementation de la Commission européenne sur les perturbateurs endocriniens, jugée beaucoup trop laxiste. Une problématique qui dure depuis quatre ans.

« Nous avons écrit aujourd’hui avec Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, à la Commission européenne pour réclamer une définition plus ambitieuse des perturbateurs endocriniens, a fait savoir Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre, présente à la rencontre organisée par le Réseau santé environnement (RES). La France est prête à travailler sur une stratégie globale car au-delà des pesticides, la question des perturbateurs endocriniens concerne notre consommation au quotidien. »

Un site internet d’ici l’été prochain

Mais « nous ne pouvons pas tout attendre de l’Union européenne, nous devons initier de nouvelles actions au niveau national », a-t-elle ajouté. En France, un site internet permettant une information renforcée du public va être lancé d’ici l’été prochain tout comme la Journée nationale sur les perturbateurs endocriniens.

« Les efforts de recherche vont être accrus avec 2 millions d’euros attribués dès 2018 au financement d’un programme de recherche dédié aux perturbateurs endocriniens, en addition des sommes consacrées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Par ailleurs, la secrétaire d’État estime « qu’au-delà des actions réglementaires au niveau de l’Union européenne et national, c’est la mobilisation des citoyens, des villes et des territoires qui doit prendre le relais dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens ».

Paris 2 mise sur l’alimentation biologique dans les cantines

Le 2e arrondissement de Paris, par exemple, a instauré l’alimentation biologique dans ses cantines dès 2002. « Nous sommes sensibles à cette question car nous sommes des élus écologistes en responsabilité depuis seize ans et nous avons pensé que les questions de santé étaient intrinsèquement liées à la question environnementale. Dans nos politiques publiques, nous avons donc mené des actions afin de faire en sorte que les perturbateurs endocriniens ne se retrouvent pas dans nos organismes », a rapporté Jacques Boutault, maire de l’arrondissement. Aujourd’hui, 91 % des ingrédients qui composent les repas sont issus de l’agriculture biologique.

Grande-Synthe se veut ville sans perturbateurs endocriniens

À Grande-Synthe (Nord), le maire, Damien Carème, a décidé de faire de sa commune, une ville sans perturbateurs endocriniens. « Les habitants de ma commune sont éloignés du développement durable et des perturbateurs endocriniens. Il y a 24 % de chômage et 30 % des foyers sont en dessous du seuil de pauvreté. Donc quand on parle aux habitants du 100 % bio dans les cantines, on leur explique que c’est pour préserver leur santé », a-t-il reconnu. Les 20 % d’augmentation de coût de fabrication du repas ont été pris sur d’autres budgets de la ville et non sur le prix facturé aux familles.

« Nous avons aussi des jardins partagés où nous invitons la population à cultiver sans produit phytosanitaire », a rapporté le maire, précisant également supprimer dans les crèches et les écoles, les produits d’entretien nocifs. Dans quelques semaines, la ville va lancer une grande enquête en coupant trois centimètres de cheveux à 400 personnes pour les faire analyser.

« Il faut brusquer les mentalités et ensuite montrer ce que nous mettons en œuvre pour éliminer ces perturbateurs endocriniens », a expliqué celui qui rêve d’un supermarché dans lequel il n’y aurait plus à réfléchir.

Limoges audite les produits et les pratiques dans ses crèches

À Limoges, une expérimentation a été menée en 2016 pour faire d’une crèche un lieu sans perturbateur endocrinien, dans l’idée de pouvoir ensuite décliner le modèle. La ville, qui a reçu le soutien de l’agence régionale de santé (ARS) et de la Mutualité française, a fait appel à des ingénieurs libéraux en santé publique environnementale afin de mener un audit et déterminer un plan d’action.

« Nous avons mis en place une méthodologie d’audit sur les produits et les pratiques. Nous avons identifié 147 points d’amélioration dont 34 immédiats, que nous avons hiérarchisés avec la ville et les services », explique Anne Lafourcade.

Les groupes de travail ont abouti à cinq grands axes d’évolution : nettoyer sans polluer, les achats exigeants (acheter des produits et non se les faire vendre), jouer plus simplement (utiliser moins de produits industriels pour jouer, peindre), mieux dans son assiette et mieux respirer. Des axes d’actions importants, lorsque l’on sait que « notre santé est en partie génétiquement programmée du jour de notre fécondation à notre mort et donc notre environnement l’impacte », a fait savoir le Pr Laurent Storme, pédiatre néonatologiste à l’hôpital Jeanne-de-Flandre à Lille.

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>