La Gazette Santé Social - Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Lutte contre la pauvreté | 05/12/2017
Plan de lutte contre la pauvreté : le Gouvernement lance une vaste concertation
par Michèle Foin
Pauvreté-UNE © Hortigüela-Fotolia

En annonçant le 17 octobre 2017 son plan de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, Agnès Buzyn avait promis l’implication de tous les acteurs et des territoires. Le 4 décembre 2017, elle a tenu parole avec une méthode de concertation très décentralisée et qui mobilise tous les grands réseaux de lutte contre la pauvreté.

Email Email

Cet article fait partie du dossier:

Pauvreté, l’état d’urgence sociale

voir le sommaire

C’est devant le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a lancé le 4 décembre 2017 la concertation qui doit aboutir à une stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes.

Une stratégie « qui devra répondre à l’exigence du président de la République de rompre le déterminisme de la pauvreté dans une logique de prévention et d’investissement social », a rappelé la ministre à l’issue du lancement.

Les associations, qui s’inquiétaient de la vision trop restrictive de cette stratégie uniquement ciblée sur les enfants et les jeunes, semblent avoir été entendues.

Agnès Buzyn a en effet insisté sur le fait que cette priorité n’empêcherait pas une « approche plus globale », qui puisse « prévenir les fragilités susceptibles de toucher toutes les personnes ».

Quatre chantiers prioritaires

La ministre a insisté sur les quatre principaux chantiers pour cette concertation :

la construction d’une politique affirmée de prévention de la pauvreté mobilisant le droit commun ;

  • le repérage et l’accompagnement des personnes en situation de pauvreté dans une logique d’intervention précoce et de parcours, avec un accent particulier pour diminuer le non-recours aux prestations et aux services auxquels ces personnes ont droit ;
  • le recours à des dispositifs d’accompagnement spécifiques pour les personnes en très grande précarité ;
  • enfin, pierre d’achoppement du précédent plan de lutte contre la pauvreté, un renouvellement de la gouvernance nationale et territoriale de ces politiques qui permette une meilleure prise en compte des réalités des territoires, tout en valorisant les innovations locales.

Une méthode renouvelée

C’est Olivier Noblecourt, nommé il y a trois semaines délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, qui est chargé d’organiser cette concertation.

« La volonté est forte au plus haut niveau de l’État, de se situer clairement du côté de la prévention et de l’investissement social. C’est une évolution importante des politiques publiques de lutte contre la pauvreté qui nécessite la mobilisation de l’ensemble des acteurs. C’est un défi qui doit être porté collectivement », a-t-il insisté.

De fait, la méthode de concertation choisie fait la part belle aux acteurs de terrain, qui sont impliqués dès la conception de la stratégie.

10 journées territorialisées

Dix journées de concertation thématiques seront donc organisées dans les territoires de décembre 2017 à mars 2018, et répondront à trois exigences.

En tout premier lieu, sur chacune de ces journées, le ou la ministre en charge de cette thématique sera présent(e). « Il est important que les acteurs de l’action sociale puissent avoir un temps d’échange au plus haut niveau avec les responsables de l’État », a expliqué Olivier Noblecourt.

Ensuite, les personnes concernées devront être impliquées. « Cela pourra être les comités régionaux des personnes accompagnées, ou des jeunes qui font l’objet d’un suivi spécifiques… », a indiqué le délégué interministériel.

Enfin, ce sera aux acteurs des territoires eux-mêmes – collectivités, associations – d’organiser une revue d’initiatives et de bonnes pratiques en lien avec la thématique de la journée, pour montrer ce qui fonctionne et peut inspirer les politiques publiques régionales ou nationales.

Six groupes de travail transversaux

Et comme ces dix journées n’épuiseront pas tous les sujets, six groupes de travail thématiques ont été constitués, chacun comptant une vingtaine de membres regroupant des élus locaux ou nationaux, des représentants associatifs, et des personnes en situation de pauvreté.

À la tête de chacun de ces groupes de travail, un binôme a été désigné. Ainsi, Nathalie Casso-Vicarini, présidente de l’association Ensemble pour l’éducation de la petite enfance, et Frédéric Leturque, maire d’Arras, coprésideront le groupe « Éradiquer la pauvreté des enfants ».

Leur travail s’articulera autour de trois grandes problématiques : l’accès aux structures d’accueil collectif pour les moins de 3 ans, la réussite scolaire des enfants issus de familles en situation de pauvreté, et le soutien à la parentalité, « pour prévenir et anticiper les ruptures et les distensions du lien familial à la base du développement de l’enfant », a précisé Nathalie Casso-Vicarini.

Antoine Dulin, vice-président du Cese, et Véronique Fayet, présidente du Secours catholique, coprésideront le groupe chargé de « prévenir la vulnérabilité des jeunes et favoriser leur insertion ».

Selon Antoine Dulin, quatre chantiers s’ouvrent à eux : le décrochage scolaire, les freins à l’emploi et à l’insertion professionnelle, le suivi des jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance (ASE), et de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), et enfin la simplification des dispositifs destinés aux jeunes.

Le député Olivier Véran, et la présidente du Secours Catholique, Véronique Fayet, auront en charge de « développer l’accompagnement global et les leviers de prévention de la pauvreté ».

Si les contours du travail de ce groupe restent encore flous, son objectif est d’essayer « de prévenir toutes les ruptures qui entraînent l’isolement des personnes, et qui pénalisent les enfants », a expliqué Véronique Fayet, citant pêle-mêle les ruptures familiales ou sociales, la lutte contre la précarité énergétique et bancaire, le surendettement, l’accès à la formation professionnelle…

Matthieu Angotti, directeur général du CCAS de Grenoble, et la députée Aurore Bergé, devront se pencher sur « l’accès aux droits et aux services dans la lutte contre le non-recours ».

Outre l’accès au droit, ce groupe s’attachera à trouver les moyens d’améliorer la détection et l’accompagnement des personnes. La députée évoque la formation et le recrutement des personnes en charge de ce suivi et compte associer à la réflexion les jeunes en situation de vulnérabilité.

Christine Laconde, directrice du Samu Social de Paris, et le préfet Alain Régnier devront quant à eux mener les réflexions sur la grande précarité grâce à « un accompagnement renforcé dans la lutte contre l’exclusion ».

Pour Alain Régnier, la clé de voute de cet accompagnement réside dans le suivi des dossiers au long cours. Comment décloisonner les dispositifs ? Comment responsabiliser les acteurs sur cet accompagnement ? s’interroge-t-il, évoquant la piste des « travailleurs pairs », ces personnes passées par des situations de pauvreté et qui deviennent intervenants sociaux.

Enfin, Joëlle Martinaux, présidente de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas), et Mathieu Klein, président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, devront réfléchir à la meilleure façon de « piloter la lutte contre la pauvreté à partir des territoires ».

Mais il ne s’agit pas de faire table rase de ce qui existe déjà, a rappelé Joëlle Martinaux. Cette gouvernance « devra tenir compte des réalités des territoires et des plans qui existent déjà, comme les pactes territoriaux d’insertion, les plans d’action pour le logement, les schémas départementaux enfance et famille et les plan d’accès et de prévention aux soins…Il s’agira aussi de repenser le rôle de l’État, sur les territoires déconcentrés, et de repenser les modes d’action et d’organisation au niveau de la cohésion sociale », a-t-elle insisté.

Les travaux de ces groupes de travail doivent aboutir à la mi-mars 2018 à la production d’un document de synthèse contenant des propositions concrètes d’actions ou d’évolutions à conduire.

Un espace dédié au public

Parallèlement, mais aussi en appui à ces groupes de travail, un groupe d’experts scientifiques assurera la sélection des expérimentations à mener ainsi que leur évaluation.

Le public sera également associé à cette concertation dès janvier 2018, avec l’ouverture d’un espace dédié sur le site internet de la délégation interministérielle, à l’image de la stratégie nationale de santé qui a recueilli plus de 6000 contributions.

Des indicateurs de suivi

Le fruit de cette vaste concertation alimentera les choix du Gouvernement qui doit arrêter sa stratégie en mars 2018. La ministre ambitionne un véritable suivi de cette stratégie dans le temps, grâce aux indicateurs existants mais aussi en en construisant de nouveaux.

Un objectif qui sera au cœur des six groupes de travail. Et à ceux qui soupçonnent la ministre de vouloir piloter l’action sociale par la performance, celle-ci répond : « l’objectif n’est pas de construire des indicateurs qui vont biaiser les résultats pour qu’on soit exemplaires à la fin. L’objectif est de réussir une politique publique indispensable pour notre pays ».

Pour Olivier Noblecourt, il s’agit surtout « de mesurer et rendre compte démocratiquement de l’avancée de ces nouvelles politiques publiques. »

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>