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PETITE ENFANCE | 01/06/2011

Assistants maternels : les MAM en rodage

par GazetteSanteSocial

Depuis le 9 juin 2010, les assistants maternels agréés peuvent se regrouper au sein de « maisons ». Et trouvent leurs marques.

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Pas si simple de passer du domicile à la collectivité et de pratiquer la fameuse « délégation de pouvoir » ! Marie-Pierre David (lire son témoignage ci-dessous) en a fait la douloureuse expérience. Cofondatrice avec deux collègues de la maison d’assistants maternels (MAM) Petit à petit, en 2009 à Nantes (Loire-Atlantique), à titre expérimental, elle se retrouve aujourd’hui seule à bord. Différences de pratiques, difficulté à travailler avec davantage d’enfants : ses collègues n’ont pas résisté. « Nous avions l’envie d’exercer ensemble, mais la délégation de tâches s’est avérée difficile. En outre, les textes n’envisagent pas de hiérarchie, or il faut un gestionnaire. J’ai fini par tout assumer, sans entraide. Et apparemment, je suis très exigeante sur la propreté des jouets ou les dates de péremption des produits. »
De fait, il faut adapter les pratiques. « A la maison, chaque enfant dormait seul. Ici, nous avons des dortoirs et, au début, les enfants riaient et s’excitaient. Nous avons donc observé leurs horaires et, depuis, nous les couchons en trois vagues » , illustre Béatrice Slupek, des Petits Renardeaux, MAM ouverte en juin 2010 à Valenciennes (Nord).

Gestion administrative

Pour parer les tensions, certains ont anticipé la répartition des tâches longtemps à l’avance. « Tout est planifié, rien n’est laissé au hasard : nous avons mis au point un calendrier et un roulement pour les repas, la vaisselle, les courses et le ménage, témoigne Murielle Poty, à Valenciennes. Ainsi, l’une d’entre nous peut aller chercher les enfants à la sortie de la maternelle, sans réveiller les plus petits. La délégation de pouvoir a changé notre vie. »

Plusieurs MAM ont également constitué une association chargée de la gestion administrative de la structure. De son côté, Marie-Pierre David, bien décidée à poursuivre l’aventure, élargit le recrutement à une auxiliaire de puériculture et à une titulaire d’un CAP « petite enfance » .

Un temps méfiantes, les collectivités territoriales s’investissent désormais davantage. « Nous avons été bien entourées : la mairie a rénové les locaux, organisant le coucher à l’étage, la cuisine aménagée pour les repas et deux pièces distinctes pour les activités au rez-de-chaussée. La protection maternelle et infantile [PMI] a fait poser du plexiglas entre les barreaux de l’escalier et un escalier de secours à l’extérieur » , détaille Sylvie Soyez, à Valenciennes.

Les collectivités n’hésitent d’ailleurs pas à lancer leurs propres initiatives, à l’instar de la MAM Comme à la maison, côté mer, ouverte en octobre 2009 à Tourgéville (Calvados). « Les mairies de Tourgéville et de Saint-Arnoult ont convié les assistantes maternelles à une réunion de présentation de leur projet et se répartissent les apports : la première prête les locaux de 120 m², la deuxième fournit les produits ménagers, décrit Delphine Marie. Ce soutien nous a considérablement facilité la vie : la maison est aménagée de façon à répondre aux normes de sécurité. Je ne sais pas où nous aurions trouvé les financements nécessaires pour respecter ces exigences si strictes. »

Enjeux locaux

Au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), la MAM Les Etoiles filantes a ouvert ses portes le 17 mars. « Les responsables du centre communal d’action sociale [CCAS] et du relais assistantes maternelles [RAM] cherchaient une solution d’accueil moins coûteuse qu’une crèche municipale pour répondre aux besoins des parents, tout en privilégiant l’emploi local. Il s’agissait également d’offrir la possibilité d’exercer aux nombreuses femmes souhaitant devenir assistantes maternelles, mais dont les logements sont trop petits, explique Sylvie Bruel, responsable du RAM. Nous avons trouvé le lieu, acheté le mobilier, diffusé des offres d’emploi sur les panneaux lumineux de la ville, puis sélectionné les candidates. »

De ce fait, la mairie a choisi de recruter des assistantes maternelles n’ayant jamais exercé à domicile. Pendant un an, les trois recrues se sont réunies avec le RAM une fois par semaine en soirée pour coucher par écrit la manière d’accueillir les enfants, de s’adresser à un petit qui rechigne à manger, de consoler les pleurs ou encore, la meilleure façon d’occuper l’espace entre collègues. Depuis, en liaison constante avec le relais, les assistantes maternelles reçoivent la visite de la psychologue tous les jeudis et débriefent tous les quinze jours. L’enjeu, pour la ville, est d’importance : si le projet réussit, le Pré-Saint-Gervais envisage d’ouvrir d’autres MAM.
Aujourd’hui, les MAM gagnent en confiance : « Nous accumulons les contrats de trois jours. Pour stabiliser notre salaire, nous avons donc imposé un seuil de 30 heures hebdomadaires aux parents » , précise Delphine Marie. « Nous percevons le même salaire, mais nous bénéficions de meilleures conditions de travail. Le fait d’être trois collègues dans un espace spécialement conçu pour les enfants nous sécurise  », analyse Murielle Poty. « Nous travaillons avec des adultes à qui parler en cours de journée. Et, face à un problème, nous sommes immédiatement soutenues  », se réjouit Sylvie Colimbert, à Tourgéville. Sans compter qu’elles ont toutes retrouvé leur « chez-soi  » !

Structuration

Mais les assistantes maternelles avouent également une plus grande fatigue. « A la maison, nous disposions toujours de petites pauses. Ici, quand on a fini de s’occuper des enfants, il faut gérer les courses, les repas ou le ménage, de façon à éviter de mordre sur les soirées et les week-ends. Le travail est plus concentré  », constate Marie-Pierre David.

Cependant, le fonctionnement des MAM diffère selon les structures. Si Les Petits Renardeaux ont choisi une large amplitude horaire (5 h 30-21 heures), Comme à la maison, côté mer et Les Etoiles filantes ferment, elles, à 18 h 30. A Valenciennes, l’équipe souscrit au programme Epode de lutte contre l’obésité infantile et confectionne sur place des repas à base de produits frais, tandis qu’à Tourgéville, les parents amènent les repas tous les jours. La MAM du Pré-Saint-Gervais, qui n’a pas obtenu l’accord de la PMI pour la cuisine, reçoit les repas en liaison froide.

Néanmoins, les MAM partagent souvent les mêmes questionnements et les professionnelles ressentent le besoin de structurer leur secteur : l’Association nationale de regroupements d’associations de maisons d’assistant(e)s maternel(le)s [ANRAMAM] a ainsi vu le jour, mais elle n’a pas souhaité s’exprimer dans nos colonnes. Surtout, localement, les équipes recherchent l’entraide de leurs pairs, et se rendent visite.

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