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[Entretien] Mal-logement | 30/01/2018
« Le surpeuplement est une forme méconnue du mal-logement » – Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre
par Stéphane Menu
Christophe-Robert-fondation Abbé-Pierre-UNE © Séb!Godefroy

La Fondation Abbé-Pierre présente chaque année son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Christophe Robert, son délégué général qui a en charge la coordination de ce rapport depuis 2007, nous explique les principales tendances du rapport 2018 et pourquoi la fondation met l’accent cette année sur le surpeuplement. Il fait le lien entre les constats du rapport et les orientations gouvernementales et pointe les risques liés à la baisse des APL et des politiques de soutien au logement social.

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Quelles solutions pour lutter contre le mal-logement ?

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Quels sont les principaux enseignements du rapport 2018 sur le mal-logement ?

Le premier constat reprend celui de l’année dernière : la France compte toujours 4 millions de personnes mal-logées, soit 6 % de la population française, et 12 millions de personnes fragilisées dans leur habitation.

Nous avons analysé aussi une des mesures essentielles annoncées par le Gouvernement, à savoir l’objectif zéro sans-domicile, programme que nous avions proposé aux candidats à la présidentielle et dont s’était saisi Emmanuel Macron.

Des mesures encourageantes ont été annoncées, comme la priorité d’accès au parc social pour les sans-domicile, l’accent mis sur la production de logements très sociaux (40 000 PLAI par an) et de pensions de famille (10 000 places en cinq ans) ainsi que le développement de l’intermédiation locative (40 000 places de plus en cinq ans).

Avec son projet de loi « Le logement d’abord » dont on attend l’officialisation, le Gouvernement va dans le bon sens. Mais d’autres manières de faire contredisent ces bonnes dispositions.

C’est-à-dire ?

Le gouvernement affiche pour l’heure plus de contradictions que de clarté. Les coupes dans les APL, la ponction sur les HLM ou les attaques contre l’hébergement des personnes migrantes en situation irrégulière sèment le trouble.

Comment « protéger ceux qui sont les plus fragiles », pour reprendre les termes du Premier ministre, quand les coupes budgétaires et les critiques sur l’encadrement des loyers prennent le dessus ? La baisse de 5 euros par mois, entrée en vigueur au 1er octobre 2017 sans limitation de durée, et le gel des APL programmé pour le 1er octobre 2018 sont une attaque contre le logement social.

Les travaux de l’ingénieur du CGEDD Jacques Friggit n’ont mis en évidence aucun effet déflationniste de la baisse des APL sur les loyers.

Au final, on va se retrouver avec 3,2 milliards d’euros de coupes chaque année à partir de 2020, ce qui risque d’entraîner une chute de la construction, de la réhabilitation mais aussi de la rénovation thermique. Comment imaginer atteindre les objectifs quand tout concourt à fragiliser les piliers solidaires de la politique du logement ?

Pourquoi avoir consacré un chapitre important au surpeuplement ?

Le surpeuplement est une forme méconnue du mal-logement. En France, 934 000 personnes vivent en situation de surpeuplement accentué et 7,6 millions sont dans une situation inconfortable de surpeuplement « modéré ». Le phénomène a connu une progression de 17 % entre 2006 et 2017. Ce qui veut dire que de plus en plus de personnes s’entassent dans des logements de plus en plus petits.

Beaucoup d’enfants ne peuvent faire leurs devoirs dans de bonnes conditions, certains révisent dans le couloir en rallumant la minuterie toutes les trois minutes ; les tensions naissent régulièrement au sein d’un foyer où il est difficile, spatialement, de dégager sa propre intimité.

Nous invitons les acteurs du logement à mener une action volontariste en la matière, notamment dans le parc social où 117 000 locataires vivent dans des logements trop grands pour eux et pourraient céder la place à d’autres qui en ont plus besoin. Mais, à entendre les bailleurs sociaux, nous ressentons une forme de déni de la situation, voire de déresponsabilisation, comme s’il ne fallait pas se plaindre d’avoir déjà un toit. Explication que l’on ne peut tolérer, bien entendu.

Délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, Christophe Robert a notamment en charge depuis 2007 la coordination du rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Docteur en sociologie, il a exercé pendant dix ans une activité de chercheur dans un bureau d’études à Paris dans les domaines de l’habitat, de la politique de la ville ainsi que sur les thèmes de l’exclusion et du développement culturel.

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