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[Vu d'ailleurs] Enfance | 14/02/2018
Au Japon, le carnet de santé maternelle et infantile fait des émules
par Auteur Associé
Enfant-Bébé-Japon © Ryanking999-stock.adobe

Le Japon est le deuxième pays du monde où la mortalité infantile est la plus basse. Si le carnet de santé materno-infantile n’est pas le seul facteur explicatif de cette performance, les chercheurs s’accordent à dire qu’il n’y est pas étranger.

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Par Thomas Roby, consultant, groupe Eneis

La première partie du carnet de santé materno-infantile (SMI) japonnais est identique au carnet de santé français, à la différence qu’il commence dès la grossesse. Il permet ainsi de recueillir des informations sur l’état de santé de la mère (poids, pression sanguine, protéinurie…) puis sur celui de l’enfant, jusqu’à ses 6 ans. Il permet ainsi d’assurer un suivi sanitaire efficace en rassemblant l’ensemble des informations médicales relatives à la mère et à l’enfant.

La seconde partie est un guide destiné aux parents, qui contient des recommandations destinées à la mère (alimentation notamment) et sur la santé du jeune enfant. Le SMI comporte également des éléments d’information sur les différents modes de garde du jeune enfant. Depuis 1991, cette partie peut être adaptée localement.

Un carnet de santé préconisé par l’OMS

C’est la raison pour laquelle ce carnet est depuis une vingtaine d’années décliné dans de nombreux pays en voie de développement, encore confrontés à une mortalité infantile très élevée.

L’agence japonaise de coopération internationale (JICA) a ainsi conduit dès 1998 un projet de ce type en ­Indonésie, où le gouvernement local distribue désormais cinq millions d’exemplaires par an à des femmes enceintes. Ont suivi l’Angola, les ­Philippines, le ­Cameroun…

Le dernier État à l’avoir adopté est le Tadjikistan, à l’automne 2017. Afin d’être au plus près des populations vulnérables, le dispositif a été mis en place dans les camps de réfugiés palestiniens dans les territoires palestiniens, en Jordanie, en Syrie et au Liban.

Traduit et utilisé dans près de quarante pays, le SMI est préconisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un moyen d’atteindre l’un des objectifs de développement durable des Nations unies : un taux de mortalité infantile inférieur à 25 décès pour 1000 naissances dans l’ensemble des pays du monde en 2030.

Adaptation du SMI au contexte local

Le SMI constitue l’outil central de diffusion du savoir-faire japonais. Son adaptation au contexte local, notamment sur la deuxième partie du carnet qui porte sur les recommandations et conseils, favorise son appropriation, par les familles comme par les autorités sanitaires locales.

Sa généralisation constitue un levier d’amélioration globale de l’état de santé. Une étude de 2010 a en effet démontré que l’utilisation de ce carnet en Mongolie avait permis d’augmenter substantiellement le nombre de visites médicales anténatales, d’identifier précocement les complications de grossesse, et de réduire le tabagisme passif.

Pour éviter les ruptures de suivi en cas de perte du livret, les réfugiées en Jordanie y ont désormais accès depuis une application sur leur smartphone, une initiative ayant vocation à être déployée ailleurs. Le Japon semble donc bien parti pour consolider sa place d’acteur majeur de la santé maternelle et infantile au niveau mondial.

© C. Betinyani ChacurStéphane Durin, directeur associé du Groupe ENEIS Conseil en charge de l’international

« Une approche globale et une visée longitudinale »

La politique japonaise en matière de santé mère-enfant présente une similitude avec la PMI française : une appréhension large de la santé, allant au-delà du soin pour tendre vers « un complet bien-être physique, mental et social », selon les termes de la charte d’Ottawa de 1986 pour la promotion de la santé et permettant d’enclencher des réponses globales pour les familles. La plus-value du Japon en la matière repose de ce fait essentiellement sur le SMI, qui a largement prouvé son adaptabilité, sur le fond comme sur la forme, pour pouvoir répondre aux enjeux spécifiques des pays ou zones dans lesquels la JICA déploie ses interventions. Ses principaux atouts sont une approche globale, s’adressant à la fois à l’enfant et aux parents, dans le registre de la santé mais également du soutien à la parentalité et des services aux familles, et une visée longitudinale, permettant la mise en œuvre d’un « fil rouge », d’une continuité, d’une « mémoire », qu’il s’agisse des besoins de la famille (au regard, par exemple, de son état de santé) ou des réponses et services apportés.


Chiffres Clés

  • Population : 126 millions (2017).
  • PIB par habitant : 41 534 $US (OCDE, 2016).
  • Indice de développement humain : 0,903, 19e mondial (PNUD, 2015).
  • Espérance de vie à la naissance : 83,9 ans (OCDE, 2015).
  • Taux de fécondité : 1,46 enfant/femme (Banque Mondiale, 2015).
  • Mortalité infantile:2,1°/°°, 2e plus faible taux mondial derrière Monaco (OCDE, 2015).

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