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[Tribune] Pauvreté | 12/03/2018
Et si on cessait de blâmer les pauvres
par Auteur Associé
Paillard-Claudine_ANCCAS © D.Levasseur
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Par Claudine Paillard, secrétaire générale adjointe de l’Anccas, directrice solidarité santé de Rennes

Deux parutions récentes méritent attention : le rapport annuel du Secours Catholique, et le dossier du journal « Le Monde » sur le « cancer » de l’assistanat. Le premier souligne la banalisation de la pauvreté et les signes négatifs vis-à-vis des pauvres : le revenu de solidarité active (RSA) est la seule allocation à ne pas avoir été revalorisée, « manière de dire que les pauvres sauf s’ils sont vieux ou handicapés n’ont qu’à travailler ». Le second relève que « 71 % des Français estiment que la lutte contre l’assistanat est une priorité », preuve s’il en fallait que les réquisitoires visant les pauvres comme personnellement responsables de leur situation se diffusent dans la société.

Pourtant, nombre d’acteurs sociaux de proximité luttent quotidiennement contre cette stigmatisation. Ils œuvrent pour diminuer le non-recours. Ils travaillent pour favoriser la cohésion sociale. Des actions managériales sont impulsées pour qu’à tous les niveaux les publics en difficulté soient accueillis sans jugement, avec respect. Mais ces approches sont contrecarrées par la force des discours dominants. Ils se trouvent ainsi au cœur de paradoxes inextricables.

Que cherche-t-on vraiment à travers cette stigmatisation sans cesse renouvelée ? Justifier une future diminution des crédits RSA dont le système de financement se trouve dans l’impasse ? Renvoyer l’aide pour les pauvres vers l’assistance privée ? Cliver la société et favoriser les extrémismes ? Ou s’agit-il simplement d’un discours démagogique qui ne mesure pas bien les risques ainsi pris ?

Certains réagissent. Ainsi récemment, Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi, suite à des propos publics critiques vis-à-vis de chômeurs qui se « permettent » de partir en vacances à l’étranger, s’est-il insurgé contre les amalgames. Parallèlement, la société civile s’organise. Après les territoires « zéro chômeur » soutenus par ATD-Quart monde, le Mouvement français pour le revenu de base lance une expérimentation citoyenne et offre, dès qu’il en a les ressources, 1 000 euros par mois pendant un an à une personne désignée par tirage au sort. Un autre regard sur le sens de l’argent et du rapport au travail. Gageons que ce type d’initiatives permette aussi d’endiguer le discours méprisant sur la pauvreté. u

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