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ADDICTIONS | 20/06/2013
Un besoin d’« aller vers » les autres professionnels
par Olivier Bonnin

Lors de ses journées nationales, les 13 et 14 juin 2013 à Besançon, la Fédération addiction a invité les spécialistes de ce champ à partir à la rencontre des usagers et des autres professionnels concernés.

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« Aller vers… » Cette invitation à la rencontre était la thématique choisie par la Fédération addiction, pour ses 3èjournées nationales, les 13 et 14 juin 2013 à Besançon. Bien sûr, cette main tendue s’adresse d’abord aux personnes ayant des usages problématiques de tabac, de cocaïne, ou encore d’Internet. « Cette révolution n’est pas terminée », souligne Jean-Pierre Couteron, le président de la Fédération addiction : « Il nous faut sortir de nos consultations et de nos pratiques professionnelles pour aller vers l’usager, qu’il soit malade ou non. »

Maraudes

Les congressistes ont donc pu échanger sur toutes ces démarches proactives, depuis « l’intervention précoce » auprès de jeunes consommateurs de cannabis, jusqu’aux maraudes auprès de toxicomanes de la rue, en passant par l’information, via internet, aux amateurs de nouvelles drogues de synthèse… « Cette démarche de « l’aller vers » est un mouvement d’ensemble qui concerne aujourd’hui aussi bien le médico-social que le sanitaire », commente Michel Legros, vice-président du conseil des formations à l’Ecole des hautes études de santé publiques (EHESP), invité à débattre à Besançon. « On retrouve cette même démarche dans la lutte contre le VIH/sida, ou dans le souci de l’inclusion des personnes handicapées. »

Mais les professionnels des addictions doivent également veiller à « aller vers » leurs propres collègues. Bien sûr, la création de la Fédération addiction, en 2010, a déjà permis de rassembler au niveau national les spécialistes de l’alcoologie et les intervenants en toxicomanie. Mais le champ reste marqué par les divisions passées entre les partisans de l’abstinence, et les promoteurs de solutions immédiates contre le VIH ou le virus de l’hépatite C. « Nous devons encore travailler à bien nous articuler, entre acteurs de la prévention, de la réduction des risques, et des soins », reconnaît Jean-Pierre Couteron.

Psychiatrie

Au-delà, il reste à avancer en direction des autres professionnels sanitaires et sociaux. Par exemple au sein des urgences, où les « équipes de liaison et de soins en addictologie » (Elsa) sont chargés « d’aller vers » les patients repérés pour des usages problématiques. « Il nous faut déjà aller vers les urgentistes et tous nos collègues hospitaliers », a pu témoigner Sophie Kalamarides, médecin à l’Elsa de l’hôpital Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine) : sans quoi, ces spécialistes méconnus restent trop rarement sollicités…

De même, les professionnels des addictions et de la psychiatrie se sont trop longtemps ignorés. Ils partagent pourtant nombre de patients : par exemple, 30 % des personnes dépressives développent une addiction, tandis que 54 % des héroïnomanes risquent de développer une dépression, comme l’a rapporté Joël Boiteux, psychiatre au CHU de Besançon. « Il est important de garder le lien entre nous, professionnels, afin de garder le lien avec le patient », a commenté une participante.

Police

De tout autres spécialistes peuvent même être utilement sollicités. Jean-Felix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’étude des addictions, a ainsi expliqué comment les professionnels suisses avaient pu obtenir des solutions pragmatiques, telles que les salles de consommation à moindre risque, en construisant, au niveau local, et par le compromis, des coalitions avec les forces de l’ordre ou les administrations. Et cette démarche peut être rapprochée des intentions de Danièle Jourdain-Menninger, la présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) (voir encadré).

Lors de ses prochaines journées à Nantes, en juin 2014, la Fédération addiction compte bien étudier comment mieux « travailler avec » l’ensemble des professionnels concernés. « Entre les acteurs de l’éducation, de la police ou du sanitaire, ne peut-on pas veiller à ce que nos discours sur les addictions ne se disqualifient pas  ? », s’interroge Jean-Pierre Couteron. Pour l’heure, la Fédération addiction a déjà engagé cette ouverture : son conseil d’administration rassemble désormais des représentants de la médecine de ville, de l’hôpital, comme du médico-social…

« Développer un travail commun entre les administrations »

Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle à la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt).

« Le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives pour 2013-2017, que je remettrai au Premier ministre à la mi-juillet, favorisera le travail en commun entre toutes les administrations qui ont à intervenir face aux addictions. Ainsi, dans le domaine de la prévention, je souhaite faire coopérer les agences régionales de santé (ARS), l’Education nationale, la police et la gendarmerie, et bien sûr les chefs de projets, départementaux et régionaux, de la Mildt. En matière d’accompagnement également : le projet de salle de consommation à moindre risque, à Paris, offre un bon exemple de travail pluridisciplinaire ; des magistrats, des policiers, des associations, et nos chefs de projets, sont tous réunis au sein du comité de pilotage. Il est important que chacun acquière des éléments de langage communs, et parvienne à mieux connaître et comprendre ses interlocuteurs. »

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