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Sexualité en Ehpad | 09/04/2018
À Guipavas, l’amour est dans l’Ehpad
par Nathalie Levray
Sexualité couple ehpad senior © Photographee.eu-AdobeStock

Les professionnels des trois Ehpad du Sivu de Guipavas (Finistère) ajustent leurs pratiques et adaptent l’organisation institutionnelle pour rendre possibles des relations affectives, amoureuses et sexuelles des résidents.

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Sexualité en Ehpad : le désir ne s’efface pas avec l’âge

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C’est après que l’équipe d’un des trois établissements gérés par le Sivu de Guipavas a mis un terme aux visites régulières d’une prostituée à un résident que la direction initie en 2013 une réflexion sur l’intimité et la sexualité des personnes âgées.

Chacun des 100 professionnels reçoit une formation de quatre jours pour « préciser les enjeux, redéfinir que le désir n’a pas d’âge, clarifier les tabous et les représentations collectives, travailler sur la relation au corps et à la nudité », témoigne Marie Nicolas, psychologue au Sivu (1).

Ni déviance, ni pathologie

Tous les professionnels ne sont pas à l’aise mais le projet ne suscite pas de réticences. Ils confrontent leurs expériences de situations de séduction et d’érotisme, et de manifestations à caractère sexuel : « l’enjeu était de ne plus voir le besoin sexuel comme une déviance ou une pathologie, mais d’admettre que la personne âgée est un individu à part entière avec ses désirs sexuels », poursuit la psychologue.

Avec Laurence Gouriou (2), sa collègue psychologue, elle organise ensuite des cafés rencontres avec les résidents sur le thème de la préservation de l’espace privé. « Ce recueil de paroles, transmis aux professionnels et aux résidents, a conduit à un réajustement des pratiques pour respecter au mieux l’intimité ».

Quatre ans après, « c’est le positionnement du professionnel qui a changé », estime Marie Nicolas. Laurence Gouriou raconte : « un couple, qui arrive bientôt chez nous, a signalé avoir des relations sexuelles régulières.

L’information a été partagée au sein de l’équipe sans inquiétude, ni gêne dans le but de construire un plan d’accompagnement individualisé qui marque davantage l’espace privé, valorise l’intimité et limite l’intrusion du personnel dans le logement, par exemple au moment de la distribution du linge ».

L’équipe travaille aussi pour proposer au couple un lit médicalisé 2 places ou l’installation du lit conjugal à la résidence. « C’est très intéressant de n’avoir pas eu à intervenir. Il y a quelques années, certains actes ou paroles auraient nécessité d’être repris en équipe, voire d’être abordés avec le couple en ma présence. Aujourd’hui, ce peut être accueilli par tout professionnel », note la psychologue.

Moment intime

Le respect de l’intimité n’est pas seulement lié à des relations sexuelles. Pour preuve, la situation de ce couple qui se lâche brusquement la main à l’entrée d’une professionnelle : « elle a été gênée d’être témoin d’un moment intime et a su le partager avec le couple », explique Laurence Gouriou.

Si la psychologue trouve « normale » cette gêne qui « montre que le soignant n’a pas toujours sa place dans le logement privé », elle pointe une évolution : « avant, il était difficile de penser que de tels rapprochements puissent exister et la gêne aurait été d’y assister ; aujourd’hui c’est l’intrusion générée et ressentie par le professionnel qui provoque la gêne ». Et la différence majeure, c’est que le professionnel sait en parler.

DRLaurence Gouriou, psychologue en Ehpad, Sivu de Guipavas

« La notion d’intimité figure au plan d’accompagnement individualisé »

« Le plan d’accompagnement individualisé (PAI) des résidents comporte une rubrique « intimité » qui porte sur quatre thématiques : l’espace – identifié comme espace privé par une affiche, préservé par la possibilité de le fermer à clé, protégé par une pancarte « Ne pas déranger » – ; l’information donnée au moment de l’accueil et l’expression du choix sur le lieu où prendre ses repas, avec qui, sur la demande de ne pas être dérangé la nuit ou encore d’adapter l’organisation institutionnelle, etc. ; le corps dans sa dimension de bien-être et de plaisir ; et l’intimité relationnelle, affective et sexuelle. L’institution dans son ensemble a fait évoluer son regard sur la personne et ses besoins d’intimité.
C’est un travail permanent et tout le personnel est concerné par l’accueil et l’accompagnement du résident. Chaque semaine, le Sivu propose à ses équipes des temps collectifs pour une réflexion soutenue et constante en termes éthiques. C’est la garantie pour maintenir la démarche et c’est une force pour le professionnel pour lui permettre de prendre de la hauteur par rapport à sa pratique. »

Note (01)

m.nicolas@sivu-elorn.fr - Retourner au texte

Note (02)

laurence.gouriou@sivu-elorn.fr - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • Le syndicat intercommunal à vocation unique (Sivu) des rives de l’Elorn regroupe 3 établissements.
  • Sur la commune de Guipavas, la résidence Georges-Brassens offre une capacité d’hébergement de 80 places et la résidence Jacques-Brel, ouverte en 2010, propose 72 places. À Relecq-Kerhuon, la résidence Kerlaouena reçoit 101 résidents.
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