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Sexualité en Ehpad | 17/04/2018
En Suisse, l’assistant sexuel intervient en Ehpad
par Nathalie Levray
sexualité ehpad assistant sexuel © balinska_lv-stock-adobe.com

À l’instar de plusieurs pays d’Europe occidentale, la Suisse réglemente l’accompagnement, par des professionnels formés, des personnes âgées dans la satisfaction de leurs besoins affectifs et sexuels.

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Sexualité en Ehpad : le désir ne s’efface pas avec l’âge

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«Les accompagnants sexuels sont des hommes et des femmes entre 30 et 55 ans, […] kinésithérapeute, ergothérapeute, infirmier, aide-soignant, accompagnant professionnel, psychologue, etc., mais [venant] également du milieu de la prostitution », écrit Marcel Nuss, président de l’Association pour la promotion de l’accompagnement affectif et sexuel (APPAS), dans sa contribution à l’ouvrage dirigé par Philippe Pitaud « Sexualité, handicaps et vieillissement » (1).

Contact corporel

Les pays d’Europe occidentale considèrent ces professionnels selon leur regard, plus ou moins libéral, sur la prostitution.

Pris en charge par l’assurance maladie pour les personnes handicapées, l’accompagnement sexuel est proposé depuis 1982 aux Pays-Bas, et le Danemark le sort du champ du proxénétisme à la fin des années 1980.

En 1995, l’Allemagne crée un « service de contact corporel », SENSIS, mais le rapport sexuel n’est possible que dans certains Länder.

Dans les années 2000, la Suisse emboîte le pas à ces précurseurs. « En Suisse, le travail d’assistant sexuel est considéré, sauf à Genève, comme de la prostitution, une profession légale, mais il est réglementé différemment », explique Judith Aregger (2).

Cette assistante sexuelle de Suisse romande a suivi une formation en 2008, « la première de cette nature au monde », précise-t-elle, même si des formations de « caresseuse » étaient proposées en Suisse alémanique depuis 2002.

Aujourd’hui en Suisse romande, une vingtaine d’EMS, l’équivalent des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, a recours à l’assistance sexuelle et une douzaine de professionnels la pratique.

Faciliter l’intimité

« Mes bénéficiaires sont âgés de 20 à 94 ans », témoigne Judith Aregger. « Leurs besoins sont différents et mes réponses sont individualisées ».

Appelée par le personnel d’un établissement ou, cela arrive, par l’épouse d’un résident, elle indique que son intervention est précédée d’une « discussion avec l’équipe pour cerner le besoin et le consentement de la personne ».

Son rôle, dont elle fixe elle-même les limites, est de « faciliter une intimité ou donner l’occasion de vivre l’acte sexuel aux personnes ». Elle déplore toutefois d’être parfois sollicitée un peu trop tard, « quand la personne devient trop agitée ou agressive ».

Établissements partagés

La professionnelle reste modeste : « ma prestation peut améliorer une situation, mais n’est pas forcément la solution ».

Quant aux établissements, ils sont partagés entre le bienfait de la pratique pour les résidents et la crainte de sa généralisation qui rendrait « la situation ingérable ».

La tarification, 150 francs suisses pour 1 h à 1 h 30, limite le risque. Seuls deux établissements subventionnent les séances via des fonds privés.

© Wollodja JentschJudith Aregger, assistante sexuelle en EMS et formatrice, Suisse

« Une formation certifiante en 2018 »

Une formation est proposée dans certaines écoles de santé, du travail social et des infirmières. Les modules diffèrent selon les écoles mais globalement il s’agit d’expliquer ce qu’est l’accompagnement sexuel des personnes âgées ou handicapées, les diversités de formes de travail sexuel ainsi que les différentes acceptions d’un acte sexuel. L’apport de contenus sexologiques et les témoignages de professionnels visent à faire disparaître les fantasmes autour de ce métier. Les assistants sexuels de Suisse romande sont regroupés dans l’association Corps solidaire. Pour 2018, une formation certifiante, ciblée sur les personnes âgées, est proposée en lien avec l’association française CH(s) OSE (ou Collectif Handicap et Sexualité Ose). Elle abordera les questions de préjugés, le besoin de tendresse et de toucher des personnes âgées mais aussi les modalités pratiques pour gérer une incontinence ou un problème médical. Des informations seront apportées sur les troubles et déficiences cognitifs et la démence.

Note (01)

« Accompagnement à la vie affective et sexuelle », Érès « Pratiques du champ social », 2011, p. 183-194. - Retourner au texte

Note (02)

L’association Suisse romande assistance sexuelle et handicap « Corps solidaire », créée en 2009, soutient et promeut l’assistance sexuelle destinée aux personnes en situation de handicap. Les assistants sexuels certifiés bénéficient de sa plateforme d’échange et d’une formation initiale et continue. Ils respectent la charte de l’association. - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • Population : 8,372 millions d’habitants (2016).
  • En moyenne, la part des plus de 65 ans passera de 18 % à 26,4 % d’ici à 2045 (Office fédéral de la statistique, 2015).
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  1. 74 ans et je suis atteint d’une polyneuropathie des 4 membres depuis 13 ans.
    J’ai des envies mais seul c’est devenu impossible.
    Je peux me déplacer en voiture.
    Je ne sais plus que faire, à l’aide s.v.pl.
    J’habite La région Lausannoise

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