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Développement durable | 24/04/2018
Le manager en développement durable n’est ni un gadget ni un luxe
par Nathalie Levray
Laurent-Chatagnon Ugecam Hauts-de-France © Maxime Dufour photographies

Laurent Chatagnon, responsable du pôle régional Achats, patrimoine et développement durable, met en œuvre la responsabilité sociétale des entreprises dans les dix-neuf établissements de l’Ugecam. Un outil pour un management positif, tant au niveau social, économique, environnemental que culturel.

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Développement durable : un levier de performance

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Sensibilisé à la protection de l’environnement, Laurent Chatagnon l’a été dès son enfance aux côtés des Éclaireurs de France. « En grandissant, j’ai laissé cette préoccupation loin de mon parcours professionnel », reconnaît-il. Mais quand, comme l’impose la loi, cet ancien directeur adjoint administratif et financier (DAAF) du Centre lillois de pré-­orientation (CPO) et de rééducation professionnelle (CRP) doit veiller à intégrer des critères et des clauses sociales et environnementales dans les marchés publics de l’établissement, il s’interroge avec son collègue acheteur : « comment estimer la qualité de la démarche d’un fournisseur soumissionnaire ou en évaluer la sincérité ? ».

Prise de conscience

Désireux de bien faire, même s’ils redoutent un « enseignement bobo », les deux collègues s’inscrivent à la formation « Achats écoresponsables » proposée par la CAHPP et animée par Olivier Toma, alors président du Comité pour le développement durable en santé (C2DS).

« Cette rencontre a été déterminante », s’enthousiasme Laurent Chatagnon. Il évoque une prise de conscience : « nous faisions du développement durable sans le savoir ».

Commence l’histoire d’une passion : « nous nous sommes amusés à répertorier toutes les actions déjà entreprises dans notre établissement en précisant le pilier du développement durable (DD) concerné. Un code couleur, du vert au rouge, en donnait l’état d’avancement ! »

Laurent Chatagnon, « dinosaure », de l’assurance maladie où il débute aide-comptable en 1983, il n’a cessé de se former. Économe en établissement médico-social en 1992, cadre financier à l’Ugecam Nord Pas-de-Calais Picardie huit ans plus tard, il intègre le Centre lillois en 2004 et en devient le DAAF. Diplômé en Management du développement durable en santé en 2017, il vient d’être nommé responsable du pôle Achats, patrimoine et développement durable de l’Ugecam Hauts-de-France.

Équipe dédiée

Une trentaine de lignes dans un tableau témoigne d’un catalogue déjà élogieux : gaspillage alimentaire, tri des déchets, reprise des piles, ampoules et néons et autres équipements électriques et électroniques (EEE), etc. S’ensuivent un dossier, une réunion avec le directeur de l’établissement, trois mois de travail, un état des lieux approfondi et un plan d’action.

« Le Centre lillois compte un parc arboré de 6,5 hectares. Nous avons proposé de remplacer les 16 heures hebdomadaires de tonte des 3,5 hectares de réserve foncière avec un tracteur par vingt moutons d’une race en voie d’extinction », cite le DAAF à titre d’exemple. Le plan d’action est validé et une équipe dédiée est créée. « Nous voulions embarquer le plus de professionnels et de stagiaires avec nous », témoigne Laurent Chatagnon. C’est chose faite : partis à deux, ils sont désormais huit membres du personnel et quatre bénéficiaires à composer le comité d’action DD. Depuis juillet 2016, l’axe DD est officiellement intégré au projet d’établissement.

Management positif

Non seulement l’engouement de Laurent ­Chatagnon se concrétise mais il est soutenu par son employeur. Au prix d’un « investissement financier pour le Centre lillois » et d’un « engagement personnel pour étudier une semaine par mois à l’université de Montpellier », le DAAF suit, entre mars 2016 et mars 2017, une formation proposée par le C2DS et le Centre d’études supérieures en économie et gestion hospitalière (CESEGH), et assurée conjointement par des intervenants universitaires et des professionnels du secteur de la santé. Il obtient le diplôme universitaire (DU) « Management développement durable en santé ».

Si cet intitulé « santé » semble limiter le champ d’application des compétences, il n’en est rien. Le mot est à prendre au sens large de l’Organisation mondiale de la santé. « Le programme sensibilise et donne toutes les bases de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) applicable aux secteurs sanitaire et médico-social », précise Olivier Toma, fondateur du C2DS et de l’agence Primum non nocere®.

« Le développement durable est à considérer comme un état d’esprit, un outil pour un management positif, tant au niveau social, économique, environnemental que culturel. Il est donc valable pour tous les établissements », ajoute Jean Alagna, enseignant du DU et président de l’Union nationale de l’aide, des soins et des services à domicile à Béziers. Toutefois, le secteur médico-social manque de moyens financiers. « Les directions choisissent de former leurs collaborateurs en poste plutôt que de créer des postes dédiés », témoigne Olivier Toma.

L’Ugecam Nord Pas-de-Calais Picardie gère 19 établissements et services privés d’intérêt collectif, sanitaires et médico-sociaux à destination d’adultes et enfants handicapés, de personnes âgées dépendantes, de patients en psychiatrie ainsi qu’en soins de suite et réadaptation.

Politique de groupe

D’ailleurs dans le Nord, ce n’est plus seulement le Centre lillois qui en bénéficiera. Tous les autres établissements et services de l’Union pour la gestion des établissements des caisses de l’assurance maladie (Ugecam) Hauts-de-France – quatorze dans le médico-social et quatre dans le médical – sont concernés. ­Laurent Chatagnon raconte : « la nouvelle directrice régionale, arrivée à l’été 2016, a regardé d’un œil attentif ce que nous mettions en place. Elle a apprécié nos actions DD. Quand le poste de responsable du pôle régional « Achats et patrimoine » a été créé, j’ai postulé. Mon profil a finalement été retenu, et la mission a été étendue à la dimension développement durable. C’est désormais un axe politique pour le groupe ».

Un choix guidé par l’expérience acquise par le Centre lillois et renforcé par la sortie des premiers indicateurs chiffrés, favorables (douze filières tracées de recyclage, des déchets à l’assiette diminués de moitié, des consommations énergétiques en baisse, moins d’arrêts maladie depuis un an, etc.). Mais pas seulement : « notre psychiatre a constaté un bénéfice pour les stagiaires après la rénovation des locaux du CRP où les couleurs vives, les courbes et les reliefs sont apparus », fait valoir Laurent Chatagnon.

Légitimation d’un métier

« Cette formation a rendu évidente la RSE à mes yeux. Le DD s’impose pour toutes les activités et les pratiques professionnelles dans tous les établissements », poursuit-il. « Mes collègues en ont compris l’intérêt mais l’obtention du DU a légitimé la démarche. C’est devenu un métier. » Il a été plus facile d’embarquer les autres DAF et de les convaincre que « ce n’est ni un gadget, ni un luxe ».

Reste à convaincre les autorités de tutelle, encore trop timorées, pour imaginer que des projets de construction audacieux un peu plus chers aujourd’hui peuvent à terme fonctionner et être utilisés pour un coût moindre.

Enfin, Laurent Chatagnon attend que le nouveau pôle génère de nouvelles économies « sans sacrifier la qualité grâce à l’effet ‘‘groupe’’ des achats ». La mutualisation des achats, des expériences et des bonnes pratiques est en effet un axe fort des dynamiques écoresponsables de territoire. u Nathalie Levray

Une mission encore peu développée dans les services sociaux

En mai 2017, l’État a signé une convention relative au développement durable (DD) avec les fédérations du secteur sanitaire, social et médico-social. L’Anap a élaboré un référentiel d’indicateurs en lien avec elles et est chargée de l’Observatoire du DD. Un comité technique complète le dispositif. Pourtant, dans les établissements et les services sociaux et médico-sociaux, la mission DD reste peu développée alors que l’être humain en est le centre.
Étudiante de la 5e promotion du DU, Valérie Eymet, directrice de la résidence Massy-Vilmorin (Essonne), se dit « surprise d’être la seule en provenance du médico-social ». Elle l’explique par une certaine méconnaissance du pilier social. Intervenante au DU et architecte, Fany Cérèse confirme : « nous lisons la norme pour ouvrir le champ des possibles et lever des interdits qui n’existent pas ».

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