La Gazette Santé Social - Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

[Tribune] Politique de la ville | 23/05/2018
Soyons sérieux ! Arrêtons l’intox sur la politique de la ville !
par Auteur Associé

En lisant ou en écoutant les dernières livraisons des médias, je ne m’étonne plus guère des analyses qui y sont livrées sur les errances de la politique de la ville, des analyses uniquement à charge contre le gouvernement et dans une critique uniquement fiscalo-financière, elle-même d’ailleurs silencieuse sur bien des points critiques en la matière.

Email Email

Par Claude Jacquier, directeur de recherche honoraire au CNRS

Ainsi, en particulier, ce qui est une des causes majeures de la fragmentation de nos villes et métropoles est liée à l’absence de révision régulière depuis… 1970 (près de 50 ans) des bases d’imposition de la fiscalité locale ce qui a permis un impressionnant transfert de ressources des habitants des quartiers alors neufs et dotés du confort (les grands ensembles) vers les quartiers anciens ou résidentiels où se sont réfugiées les classes sociales plus aisées.

Certains parlent de Robin des bois à l’envers à propos de ce gouvernement sans voir que ce Robin des bois est à l’œuvre depuis les années soixante-dix dans les villes et cela au profit des bobos de droite, de gauche et écolos qui les ont gouvernées et les gouvernent encore.

Et en plus, si ces difficultés de la politique de la ville n’étaient qu’une question de moyens financiers, ça se saurait ! Et si le malaise de la ville était aussi, et surtout ailleurs, et notamment ce sur quoi les médias ne disent rien, à savoir, d’une part, l’usine à gaz institutionnelle française avec une multitude de niveaux politico-administratifs empilés (État déconcentré, collectivités territoriales et satellites) et sectorisés (combien de vice-présidents et d’adjoints veillant à leurs chasses gardées bureaucratiques) qui consomme une grande partie des crédits de cette politique tout en restant, c’est un euphémisme, très peu efficace et, d’autre part, le silence assourdissant sur les communautés, notamment le rôle essentiel des femmes, qui vivent dans ces quartiers, bien souvent étrangères et issues de l’immigration, qui ne votent pas ou plus et à qui on propose «la participation citoyenne à la française» dont on commence à mesurer, enfin, le fiasco.

Dans la plupart de ces territoires, aux dernières municipales de 2014, seulement 10 % de la population en âge de voter se sont exprimés. Cette population ne participe pas ou plus aux réjouissances des conseils et tables de quartiers alibi ! Nous sommes rendus à un suffrage censitaire d’un nouveau style. C’est ainsi que nous sommes des démocrates modernes !

Deux obstacles donc me semblent particulièrement handicapants et si les politiques ne s’attachent pas à les lever, mieux vaudrait qu’ils renoncent à toute prétention en ce domaine :

  • Le premier obstacle n’est pas ce qui est habituellement et abusivement ciblé dans les composantes des quartiers à savoir d’un côté les lieux (place, environnement) dont on cherche à faire en partie tabula rasa (ANRU), de l’autre les gens (people, le social), ce peuple qu’il faudrait dissoudre comme disait ironiquement Brecht, mais bien les institutions (l’économique et le politique) en charge de la régulation des territoires et que nous avons tant de peine à réformer et à transformer (à quand un service public au service du public ?).
    La politique de la ville et ses projets n’avaient-ils pas pour mission, rapport Dubedout de 1984, sinon de les lever, au moins de les contourner au mieux, et qui sait, de les subvertir par recherche d’efficacité. Conspirateurs des réformes recherchent complices dans les institutions !
  • Le second obstacle tient au peu de considération accordée aux communautés, souvent des diasporas de diverses origines géographiques qui vivent et irriguent ces territoires branchés sur le monde, plus encore aujourd’hui à l’heure d’internet, et que des «experts» français ont, un jour, décrété «enclavés».
    Dans ce mot tabou de communauté, nous avons oublié ce que la «community» anglophone, tant valorisée ailleurs, doit au vieux français «communité» et commune comme nous avons oublié ce que l’empowerment dont on use et abuse désormais devait au vieux français «empovoirment» ou «empouairment». Bref nous préférons ce pauvre mot alibi de «participation» dans une politique de la ville qui, en ces territoires, n’est jamais vraiment entrée… en politique.

Il faudrait sans doute pour cela que les politiques scient la branche sur laquelle elles et ils sont assis(es). Écoutons un homme spécialiste des turpitudes humaines : « Les gens ne rompent avec les commodités de la vie que contraints par la nécessité ». Vous l’avez reconnu, Machiavel.

Tout cela est bien sûr moins grave que si c’était pire !

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>