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Insertion | 23/05/2018
Insertion des jeunes : va-t-on enfin faire mieux ?
par Michèle Foin
Insertion emploi jeunes © Industrieblick-AdobeStock

Après deux décennies de chômage massif, et malgré un accès toujours plus important à l’enseignement supérieur, de plus en plus de jeunes parmi les moins qualifiés restent exclus du marché du travail. Pour y remédier, le gouvernement prévoit un investissement massif sur la formation. La réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle qui devrait être adoptée d’ici à l’été en fait partie. Mais Emmanuel Macron veut aussi s’attaquer aux racines au travers d’une stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. La voie vers un système de solidarité renouvelé ? Les associations veulent y croire.

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Insertion des jeunes : va-t-on enfin faire mieux ?

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En 2012, François Hollande se présentait comme le candidat de la jeunesse et promettait que les jeunes vivraient mieux en 2017. Un mandat plus tard, la série de réformes mises en place dans le cadre de son programme « Priorité jeunesse » n’a pas eu l’impact escompté et leur situation est toujours aussi alarmante.

Le taux de chômage des 15-24 ans est toujours au plus haut. 25 % d’entre eux sont au chômage, contre 9 % des 30-49 ans, d’après les derniers chiffres de l’Insee (1). Soit une hausse de 1,1 % par rapport à 2012, et près de dix points de plus qu’en 2000.

Jeunes chômeurs

La France se situe dans la moyenne haute de l’Union européenne, loin derrière l’Allemagne, avec ses 6,2 % de jeunes au chômage. La pauvreté frappe aussi plus durement les jeunes adultes. Le taux de pauvreté (2) des 18-29 ans a augmenté de 8 % à 12,5 % entre 2004 et 2015, la catégorie d’âge pour laquelle la progression a été la plus forte. Sans surprise, les non-qualifiés sont les plus impactés.

Selon la dernière étude du Cereq (3), trois ans après leur entrée dans la vie active, les jeunes sortis sans diplôme en 2013 ont un taux de chômage proche de 50 %.

Enfin, selon les chiffres de l’OCDE, 17,2 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation en 2016, soit trois points de plus que la moyenne des pays de l’OCDE. Seule éclaircie dans ce sombre tableau : le flux des élèves quittant le système scolaire sans diplôme a, lui, nettement diminué, passant de 140 000 élèves par an au début des années 2000 à 100 000 en 2015.

K. Colnel-Territorial

Développer la formation professionnelle

Pour s’attaquer à ce fléau endémique, ­Emmanuel Macron a promis des réformes de fonds : un investissement massif sur la formation, qui s’accompagne d’une réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle.

Le plan d’investissement dans les compétences (PIC), doté de quinze milliards d’euros, prévoit la formation d’un million de jeunes éloignés de l’emploi ainsi que d’un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés d’ici à la fin du quinquennat.

Le projet de réforme de la formation professionnelle, présenté en conseil des ministres le 27 avril et qui pourrait être adopté cet été, prévoit que les droits à la formation soient plus accessibles, et majorés pour les salariés non qualifiés (800 euros par an plafonné à 8 000 euros au lieu de 500 euros pour les autres, plafonné à 5 000 euros).

En effet, sur les 5 millions de personnes qui ont activé leur compte personnel de formation (CPF) depuis la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale, seules 277 000 en ont bénéficié l’an dernier.

« Notre objectif est de toucher quatre ou cinq fois plus de personnes », a déclaré Muriel Pénicaud, ministre du Travail.

Favoriser l’apprentissage

La réforme de l’apprentissage, elle, concerne directement les jeunes. Le gouvernement y voit un moyen de résorber le chômage.

Aujourd’hui, seuls 7 % des 16-25 ans sont en apprentissage, alors que ce pourcentage est en moyenne de 15 % dans les pays européens où le taux de chômage des jeunes est bas.

De fait, 70 % des apprentis trouvent un emploi dans les sept mois suivant leur formation. Le gouvernement entend donc s’attaquer aux obstacles qui freinent le développement de l’apprentissage.

Une information sur les métiers doit être proposée plus tôt, dès la classe de 4e, puis chaque année jusqu’en première. Les régions seront chargées de cette mission. L’apprentissage sera accessible jusqu’à 30 ans, au lieu de 26 ans actuellement. Pour inciter davantage d’entreprises à conclure des contrats d’apprentissage, les aides à l’embauche d’un apprenti doivent être simplifiées, de même que les procédures administratives pour l’enregistrement du contrat.

La rupture du contrat n’exigera plus de passer devant les prud’hommes, mais des dispositifs de médiation préalable seront instaurés. Et pour les jeunes qui ne disposent pas des connaissances requises pour prétendre à l’apprentissage, des « prépa-apprentissage » seront mises en place dans les centres de formation des apprentis et financées par le PIC.

Sortir des dispositifs illisibles

Ces mesures ne suffiront sans doute pas pour les plus vulnérables. Emmanuel Macron, qui croit fortement à l’investissement social et veut s’attaquer aux racines de la pauvreté, a lancé en décembre 2017 une concertation nationale devant aboutir à une « stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes ».

Six groupes de travail ont planché sur la question et rendu leurs propositions le 15 mars 2018. Les arbitrages interministériels se feront sur cette base, la stratégie devant être annoncée par le chef de l’État avant l’été. Antoine Dulin, vice-président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et Fiona Lazaar, députée, ont coprésidé le groupe de travail sur les jeunes. Et c’est une véritable révolution dans la façon d’envisager le soutien à la jeunesse qu’ils proposent, avec deux objectifs : sortir des dispositifs illisibles et privilégier les mesures de droit commun.

La première mesure phare concerne l’allongement de la période de formation obligatoire qui passerait de 16 à 18 ans, en mettant l’accent sur des formations hors du champ classique du système scolaire : microlycées, chantiers éducatifs ou d’insertion, école de production… Tout ce qui pourrait être une alternative pour les jeunes en difficulté scolaire.

Pour François Soulage, président du Collectif Alerte qui réunit les associations de solidarité, « cela permettrait de réintroduire dans le champ des financements des formules qui n’obtenaient pas la reconnaissance de l’Éducation nationale ».

Ce qu’espère surtout le groupe de travail c’est que derrière cette obligation universelle, la collectivité publique n’ait pas le choix. Car « le droit au retour à la formation pour tout jeune sorti du système scolaire, qui existe depuis 2016, n’est pas appliqué », faute de financements et de volonté des acteurs, regrette François Soulage.

Contractualiser un parcours d’accompagnement

Autre mesure importante préconisée par le groupe de travail : faire évoluer le parcours contractualisé d’accompagnement des jeunes vers l’emploi et l’autonomie (Pacea), instauré par la loi du 8 août 2016.

Limité à vingt-quatre mois, il n’offre pas une garantie de ressources. Il s’agirait de le transformer en « parcours d’accompagnement des jeunes vers l’insertion » (Paji), sans durée limitée assorti d’une garantie de ressources équivalente à la garantie jeunes. Il s’adresserait à tous les jeunes ni en emploi ni en formation ni en études qu’ils soient ou non diplômés, pour éviter l’effet stigmatisant.

« Cela correspond à ce que nous souhaitons. Nous aurions enfin un ensemble cohérent qui combine évaluation préalable, accompagnement, formation et garantie de ressources », se réjouit François Soulage. Une série d’expérimentations pourrait permettre de tester l’efficacité de ce Paji sur quelques territoires.

Créer un capital formation

Enfin, le groupe de travail propose la création d’un capital formation de trois à cinq années, que tout individu pourrait utiliser à sa guise pour se former tout au long de sa vie. Une utopie ?

« Cette proposition ne se réalisera pas tout de suite, certes, mais c’est la voie qui nous pousserait à réfléchir à un système de solidarité renouvelé », insiste Antoine Dulin. Le coût de ces mesures n’effraie pas les coprésidents. L’unanimité que recueillent leurs propositions de la part d’acteurs très divers les encourage même à être confiants dans la volonté de réforme du gouvernement. L’occasion pour Emmanuel Macron de troquer son blason de « président des riches » ?

Note (01)

Source Insee. Seuil à 50 % du niveau de vie médian. - Retourner au texte

Note (02)

Formations et emploi, édition 2018 - Insee Références. Cette nouvelle édition présente un ensemble d’indicateurs et d’analyses sur le système éducatif, l’insertion professionnelle des jeunes et la formation tout au long de la vie. - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 9 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans sont considérés comme sortants précoces en 2016. Peu ou pas diplômés, ils ne suivent pas de formation.
  • L’objectif est de limiter ce taux à 10 %, pour l’ensemble de l’Union européenne.
  • En France, ce taux a diminué de plus de 20 points depuis 1985.

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